Ce dimanche 16 novembre, plus de 15 millions de Chiliens sont appelés aux urnes pour élire leur nouveau président. Gabriel Boric, dont la Constitution interdit la représentation pour un second mandat consécutif, laisse place à une campagne dominée par deux thèmes, la sécurité et l’immigration.
Ces dix dernières années, le taux d’homicide a triplé, passant de 2,5 à 6,7 pour 100 000 habitants, tandis que le nombre d’immigrés a considérablement augmenté, notamment en provenance du Venezuela. Premier producteur mondial de cuivre et disposant d’importantes ressources en lithium, le Chili devrait connaître cette année une hausse de son PIB d’environ 2,5 %.
« Cette élection est une bataille polarisée en ceci qu’elle oppose deux visions de la société », analyse, dans une note, Ricardo Hernandez, coordinateur de l’institut Res Publica. Deux favoris se détachent de la course électorale, Jeannette Jara et José Antonio Kast.
Jeannette Jara, la communiste qui bouscule les codes
À 51 ans, Jeannette Jara incarne l’ascension d’une fille du peuple. Née en 1974 dans un habitat précaire au nord de Santiago, elle est la fille d’un mécanicien industriel et d’une femme au foyer. « Je ne viens pas de l’élite, mais du vrai Chili », a coutume de dire celle qui a travaillé comme promotrice, ouvrière agricole saisonnière et vendeuse de rue pour financer ses études.
Son engagement politique commence à 14 ans aux Jeunesses communistes. En 1997, elle est élue présidente de la Fédération des étudiants de l’université de Santiago, battant la liste socialiste. La même année, elle est arrêtée lors d’affrontements avec la police et passe plusieurs jours à la prison pour femmes de Santiago.
Ministre du Travail de Gabriel Boric, elle a porté la réforme emblématique de la semaine de quarante heures, adoptée en 2023. Cette loi prévoit une diminution progressive de la semaine de quarante-cinq à quarante heures d’ici à 2028, sans réduction de salaire. « Je ne l’ai pas fait seule, mais main dans la main avec les travailleurs et les entrepreneurs chiliens pour parvenir à un accord », explique-t-elle.
C’est la troisième fois seulement que le Parti communiste chilien présente une candidature à la présidentielle, après Pablo Neruda en 1969 et Gladys Marín en 1999. Les derniers sondages la placent en tête au premier tour avec 30 % des intentions de vote, mais perdante au second tour.
Prenant ses distances avec certaines positions traditionnelles du Parti communiste, elle défend une politique internationale basée sur la défense des droits humains « partout où ils sont violés ». Elle a créé une controverse en déclarant qu’il y avait des prisonniers politiques à Cuba. Sur la sécurité et l’immigration, elle propose d’augmenter le financement de la police et d’introduire un contrôle biométrique aux frontières.
José Antonio Kast, le conservateur qui mise sur l’ordre
De son côté, José Antonio Kast cultive à 59 ans une image de notable rassurant. Ce père de neuf enfants est un fervent catholique, proche du mouvement allemand apostolique Schoenstatt. Après un score de 8 % en 2017 puis une défaite au second tour face à Gabriel Boric en 2021, il espère que sa troisième candidature sera la bonne.
Son parcours est indissociable d’une histoire familiale complexe. Son père, Michael Kast, était membre du parti nazi avant d’émigrer au Chili après la Seconde Guerre mondiale. Si le candidat affirme que « lui et toute sa famille détestent l’idéologie nazie », il n’a jamais caché son admiration pour certains aspects du régime Pinochet, tout en condamnant « les violations des droits de l’homme ».
En matière de sécurité, il propose des mesures radicales inspirées du modèle salvadorien de Nayib Bukele. « Nous avons une réalité du point de vue du narcotrafic que nous ne connaissions pas et un gouvernement qui n’a pas été capable d’affronter cette situation », dénonce-t-il. Sur l’immigration, il fait de la fermeture totale des frontières sa priorité absolue. « Le Chili est le pays qui a le taux d’immigration illégale le plus élevé de toute l’Amérique latine », affirme-t-il. Il propose un « programme de fermeture totale des frontières, fermeture physique, mais aussi fermeture de tout type de prestations pour les immigrants illégaux ».
Sur les questions de société, ce membre actif de l’organisation internationale Political Network for Values milite pour « la protection de la vie humaine, le mariage traditionnel, la famille et la liberté religieuse ». Sur le plan économique, Kast s’inspire de la « tronçonneuse » de l’Argentin Javier Milei. « Nous planifions un ajustement fiscal de 6 milliards de dollars en un an et demi », promet-il.
Lors de cette campagne, le candidat d’extrême droite a opté pour un discours moins radical qu’en 2021. « On ne va couper dans aucune aide sociale », a-t-il déclaré fin octobre. Les sondages le créditent de 20 % des intentions de vote au premier tour.
La montée en puissance du candidat libertarien Johannes Kaiser
Ce positionnement moins radical de Kast a laissé une place encore plus à droite avec la montée en puissance du député libertarien Johannes Kaiser. Dans les derniers sondages, il arrive en troisième position, devançant la candidate de droite traditionnelle Evelyn Matthei.
Kaiser, 49 ans, chef du Parti national libertarien, défend une ligne mêlant sécurité implacable, ultralibéralisme économique et conservatisme moral. Comme Milei et son slogan « Afuera », l’ex-youtubeur promet de supprimer la majorité des ministères, sortir des accords de Paris sur le climat. Il propose aussi de construire « des camps de reconduite à la frontière » pour les immigrés illégaux. Evelyn Matthei, ancienne ministre du Travail, peine à imprimer sa marque dans la campagne, essayant d’incarner la modération tout en martelant le discours de l’ordre. Si aucun candidat n’obtient de majorité absolue, un second tour se tiendra le 14 décembre.

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