Est-il le prochain homme fort de l’Ukraine ? Volodymyr Zelensky a évoqué, du bout des lèvres, l’éventuelle organisation d’une élection présidentielle, malgré la guerre. De nombreux noms circulent comme potentiels candidats face à l’actuel chef de l’État. Il en est un qui revient davantage que les autres : Valeri Zaloujny. Cet ancien commandant en chef de l’armée ukrainienne (de 2021 à 2024) est aujourd’hui plus populaire que le président ukrainien.
Pour l’heure, la loi martiale, en vigueur depuis 2022 et le début de l’offensive russe, interdit l’organisation d’élections. Mais, sous la pression du président américain Donald Trump, Volodymyr Zelensky a assuré être « prêt » à organiser une présidentielle en Ukraine. Il a demandé pour cela des garanties de sécurité aux alliés occidentaux de Kiev. En cas d’élection, le président élu en 2019 a affiché sa volonté de se représenter.
Face à lui, il pourrait donc trouver le général Valeri Zaloujny. En 2021, sa nomination au poste de commandant en chef de l’armée ukrainienne avait étonné. « Zaloujny était un commandant audacieux et ambitieux, mais aussi un peu bouffon, plus connu pour ses pitreries avec ses troupes que pour sa discipline », écrit le journaliste Simon Shuster dans son livre Nous vaincrons : Le Journal de guerre de Zelensky (éd. Harper Collins), publié en 2024.
À LIRE AUSSI Corruption en Ukraine : l’autre guerre de ZelenskySelon le Guardian, c’est précisément cet anticonformisme qui a séduit le président ukrainien. Et pour cause : en tant qu’ancien comédien et acteur, Volodymyr Zelensky ne sait que trop bien que les profils plus « atypiques » peuvent parfois se révéler des choix déterminants. Et celui-ci l’a été. Quand l’administration Biden a averti, quelques mois avant l’offensive de 2022, que Vladimir Poutine pourrait être en train de planifier une invasion à grande échelle de l’Ukraine, Valeri Zaloujny a insisté pour intensifier les préparatifs, tenant tête à Zelensky qui, lui, craignait de semer la panique.
Un changement de poste… en forme d’exil ?
Lorsque l’invasion est devenue réalité, chacun des deux hommes a joué sa partition. Le président a pris une stature internationale et incarné l’Ukraine aux yeux du monde. Valeri Zaloujny, lui, a imposé sa vision au sein du pays et a acquis en Ukraine un statut de héros de guerre.
En février 2024, après des mois de spéculations, Volodymyr Zelensky a limogé Valeri Zaloujny et l’a nommé ambassadeur à Londres. Oleksandr Syrsky lui a succédé à la tête de l’armée. « Il a été décidé que, malgré de nombreuses relations personnelles chaleureuses, la relation serait réorientée vers une relation diplomatique plus traditionnelle, sous l’égide du ministère des Affaires étrangères », a déclaré un responsable de la défense britannique.
D’après le Guardian, un flot constant de personnes (des députés ukrainiens, des militants, des représentants de riches hommes d’affaires, et même l’ancien conseiller de Donald Trump, Paul Manafort) lui rend visite pour prendre conseil ou même proposer leurs services au diplomate, en vue d’une future campagne électorale. Pour l’heure, il reste cependant très discret quant à ses ambitions politiques, ne confirmant aucune intention.
« Nombre de ses partisans n’ont pas compris sa décision »
Il a cependant laissé entendre quel type de programme il pourrait proposer s’il prenait cette décision. Ses proches affirment qu’il considère Israël comme un modèle, le percevant comme un petit pays encerclé d’ennemis et entièrement tourné vers sa défense. « Je ne sais pas si le peuple ukrainien sera prêt à subir des politiques rigoureuses », aurait-il déclaré lors d’une conversation privée.
Cependant, son soutien à Volodymyr Zelensky, lors de sa houleuse confrontation avec Donald Trump à la Maison-Blanche, en février 2025, a irrité les opposants au dirigeant. « C’est un militaire, il sait recevoir des ordres et travailler dans un cadre hiérarchique, mais il ne maîtrise pas les manœuvres politiques », a déclaré un ancien haut fonctionnaire. « Nombre de ses partisans n’ont pas compris sa décision », a déclaré une source proche de Zaloujny. « Mais il s’agissait d’une position de principe : l’Ukraine a été humiliée et nous devons rester unis. »
À LIRE AUSSI « On revient de l’enfer » : dans le Donbass, avec les damnés du bataillon Da VinciEn novembre, il s’est rendu à Kiev pour un sommet de six jours qui a réuni les ambassadeurs ukrainiens. Après le sommet, il est resté une semaine dans la capitale, pour rencontrer de nombreuses personnalités politiques et civiques. Pour sonder une future équipe de campagne ? « Je ne crois pas à une confrontation entre les deux Z, ce serait un désastre pour le pays et je ne pense pas qu’il soit prêt à y faire face. Il ne se présenterait donc que si Zelensky était persuadé de se retirer », a déclaré une proche de Valeri Zaloujny.
Que se passera-t-il quand un processus politique classique sera relancé ? Interrogé sur la question de savoir si la présidence considère l’ambassadeur comme une menace politique, Mykhailo Podolyak, conseiller de Zelensky, a déclaré : « Le président voit en Zaloujny un membre de l’équipe, un ambassadeur dans un pays important… » Ce qu’il se passera, quand les élections seront actées, est imprévisible. Mais Valeri Zaloujny, en lequel 73 % des Ukrainiens disent avoir confiance (devant le président, à 67 %), doit sans nul doute occuper l’esprit de Volodymyr Zelensky.

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