Nouvelles révélations sur le scandale des « safaris humains » de Sarajevo. Alors qu’aux côtés d’autres Occidentaux, des Italiens sont accusés d’avoir payé les forces serbes pour participer au siège de la capitale bosnienne de 1990, une personnalité politique est désormais visée par une plainte. Le président serbe Aleksandar Vucic est accusé d’avoir participé aux massacres.
Dans le détail, c’est le journaliste d’investigation croate Domagoj Margetic qui relaie depuis plusieurs jours sur ses réseaux sociaux des informations selon lesquelles le dirigeant arrivé au pouvoir en 2017, alors volontaire, aurait été présent dans les hauteurs de Sarajevo, où les « touristes de guerre » tiraient sur les civils. Parmi les preuves qu’il avance, on trouve notamment sur son compte Instagram une vidéo d’Aleksandar Vucic portant un fusil en 1993.
Une plainte a été déposée
Le journaliste a également déposé une plainte mercredi 19 novembre contre le chef d’État. Domagoj Margetic a indiqué avoir « informé le parquet de tout ce [qu’il sait] concernant les liens d’Aleksandar Vucic avec les safaris humains dans le Sarajevo en temps de guerre » et « joint toutes les preuves, les enregistrements vidéo, les documents photographiques, les documents audio et vidéo, ainsi que les documents médiatiques de l’époque ».
Selon le journaliste, Aleksandar Vucic était un « membre d’un détachement paramilitaire, sous le contrôle du Parti radical serbe de Serbie, pendant la guerre de 1992 et 1993 », une unité « postée au cimetière juif de Sarajevo » – qui servait de position de tireurs d’élite aux forces serbes. Ce n’est pas tout : d’après le quotidien britannique Daily Mail, des images montrant le chef d’État jeune, dans un véhicule tout-terrain dont le coffre était orné d’un crâne humain portant le casque de Casque bleu des Nations unies, ont aussi refait surface.
Le président nie en bloc
Les partisans de Vucic – et lui-même – nient en bloc ces accusations. La porte-parole du président Suzana Vasiljevic assure de son côté au Telegraph que « les allégations avancées par le journaliste croate Domagoj Margetic constituent un cas d’école de désinformation malveillante, conçue dans le but d’éroder la crédibilité institutionnelle de la République de Serbie et de son président. Le président Vucic n’a pas participé aux combats, n’a pas utilisé d’armes et n’a joué aucun rôle dans les opérations de guerre ».
Et d’ajouter que ces allégations étaient « motivées par des considérations politiques » et constituaient une tentative de « nuire à la réputation internationale de la Serbie ».
Pour rappel, si les premiers articles de presse à propos de ces « touristes de guerre » datent des années 1990, c’est seulement des années plus tard que le journaliste Luca Leone les évoque à son tour dans un livre, I bastardi di Sarajevo. En 2022, le réalisateur slovène Miran Zupanic y a consacré un documentaire, Sarajevo Safari.
Cet été, le parquet lombard a ouvert finalement une enquête après que l’écrivain milanais Ezio Gavazzeni a rassemblé des preuves dans un accablant dossier de 17 pages remis aux autorités et déposé une plainte contre X pour homicide volontaire aggravé. Le dossier est étayé des propos de l’ancienne maire de Sarajevo Benjamina Karic, de l’ex-juge Guido Salvini et du témoignage d’un membre du renseignement bosnien de l’époque.

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