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Salut nazi et fantasmes de viol : un nouveau scandale embarrasse l’armée allemande

Salut nazi et fantasmes de viol : un nouveau scandale embarrasse l’armée allemande

Alors que la Bundeswehr manque d’effectifs et tente de peaufiner son image pour attirer les jeunes, le ministre de la Défense fait face aux dérives d’une unité de parachutistes infiltrée par l’extrême droite.

Des chants nazis, le bras droit levé au ciel, des propos antisémites, des agressions sexuelles et la consommation de drogues… La liste des délits commis au sein de la 26e unité d’élite des parachutistes de la Bundeswehr de Zweibrücken, dans le Land de Rhénanie-Palatinat, est accablante.

On savait depuis quelques années déjà l’armée allemande infiltrée par des éléments d’extrême droite, mais ces nouvelles révélations mettent en lumière la gravité de la situation.

Selon les premiers résultats de l’enquête menée par le commandement de l’armée de terre, quelque deux cents délits à caractère pénal et disciplinaire auraient été répertoriés à Zweibrücken.

Parmi eux : le salut nazi effectué lors d’une « soirée nazie » par des soldats vêtus d’un uniforme noir et d’un brassard rouge, une référence à la Wehrmacht, et de nombreux actes d’exhibitionnisme, des blagues pornographiques et des « fantasmes de viol » à l’adresse des femmes du régiment.

La hiérarchie dans le collimateur du ministre

Selon la Bundeswehr, 19 soldats et sous-officiers sont en passe d’être exclus de l’unité alors que l’enquête se poursuit sur les agissements de 55 membres de l’unité qui compte 1 700 soldats et soldates au total. Dans 16 cas, le parquet de Zweibrücken a ouvert une enquête judiciaire pour incitation à la haine et usage de symboles anticonstitutionnels.

Boris Pistorius, ministre social-démocrate de la Défense, n’a pas caché sa stupéfaction : « Ces révélations sont extrêmement choquantes », a-t-il déclaré sans tarder. La hiérarchie de cette unité de parachutistes est aussi dans le collimateur du ministre : « Il n’est pas admissible que ces manquements n’aient pas été immédiatement détectés sur place par le commandement et que les conséquences n’aient pas été tirées. »

Boris Pistorius exige que toute la lumière soit faite sur cette affaire et que des mesures sévères soient prises pour rétablir la confiance dans la direction militaire.

Intensification des enquêtes

En 2020, déjà, un énorme scandale avait ébranlé le pays. Une autre unité d’élite, le commando des forces spéciales (KSK), avait été gangrenée par l’extrême droite et le ministère de la Défense avait été forcé d’ordonner la dissolution d’une de ses compagnies.

Le renforcement de la discipline dans les casernes et l’intensification des enquêtes du service de contre-espionnage militaire décidé alors ne semblent pas avoir porté leurs fruits.

En 2024, le rapport annuel de la Bundeswehr faisait état de 280 incidents d’extrême droite, soit 35 % de plus que l’année précédente. Des chiffres d’autant plus préoccupants que, dans plusieurs cas, les soldats avaient accès à des armes ou étaient même des instructeurs et des supérieurs hiérarchiques.

Pénurie d’effectifs chronique

Le scandale de Zweibrücken tombe au plus mal alors que la Bundeswehr tente de peaufiner son image pour attirer de nouvelles recrues parmi les jeunes. En ce début d’année tous les jeunes, hommes et femmes, âgés de 18 ans vont recevoir un formulaire à remplir obligatoirement.

Ils devront renseigner le ministère des Armées sur leurs aptitudes physiques et répondre à une question très directe : êtes-vous prêt à vous porter volontaire pour effectuer un service militaire d’une durée de six mois minimum ? Seuls les garçons seront dans l’obligation d’y répondre. Sept cent mille jeunes Allemands sont concernés.

Le service militaire a été supprimé en 2011 en Allemagne quand, après la chute du Mur et la fin de la Guerre froide, les Allemands pensaient que la paix serait éternelle. Jusqu’à ce que Poutine n’envahisse l’Ukraine et que l’Allemagne ne se rende compte que son armée en peau de chagrin souffre d’une pénurie d’effectifs chronique.

Service volontaire rémunéré 2 600 euros

La Bundeswehr ne compte actuellement que 182 000 soldats. Le gouvernement aspire à renflouer ses rangs pour atteindre 260 000 soldats actifs d’ici 2035, plus 200 000 réservistes. Il est donc important, pour attirer les volontaires, de mettre en valeur l’attractivité de la Bundeswehr comme employeur fiable et généreux.

Plusieurs carottes sont agitées pour encourager les hésitants : ce service volontaire sera rémunéré à hauteur de 2 600 euros bruts par mois (au lieu de 1 800 auparavant). Le permis de conduire sera en partie financé et les jeunes pourront suivre gratuitement une formation en intelligence artificielle.

Ce nouveau scandale risque de freiner ces efforts. Alors que le ministre de la Défense s’est engagé à ce que la Bundeswehr soit très bientôt « Kriegstuchtig » − en mesure de participer à une guerre −, le chancelier Friedrich Merz entend faire de l’armée allemande « la plus forte armée conventionnelle d’Europe ».