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« Tuez-les tous » : les États-Unis se sont-ils rendus coupables d’un « crime de guerre » ?

« Tuez-les tous » : les États-Unis se sont-ils rendus coupables d’un « crime de guerre » ?


« Tuez-les tous. » L’ordre a, sans l’ombre d’un doute, été suivi à la lettre. Dans la campagne américaine de lutte contre les trafiquants de drogue, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, vient, selon le Washington Post, de franchir un pas qui pourrait causer sa perte. Le 2 septembre dernier, au large des côtes de Trinité-et-Tobago, les avions de surveillance américains ont une cible. Un navire, dont ils sont convaincus qu’il transporte de la drogue.

D’après deux personnes directement informées des opérations, Pete Hegseth donne donc cet ordre radical : « Tuez-les tous. » Un premier missile frappe l’embarcation et déclenche un incendie. Les flammes se déchaînent, et le Pentagone, via un drone, n’en perd pas une miette. Soudain, la fumée se dissipe. Horreur, pour les États-Unis : deux personnes sont toujours vivantes, agrippées à l’épave encore fumante.

À LIRE AUSSI Au Venezuela, Donald Trump dos au murLeur survie, livrés à eux-mêmes dans la mer des Caraïbes, est déjà hautement incertaine. Pourtant, le commandant des forces spéciales supervisant cette attaque – la première de l’administration Trump contre les trafiquants de drogue présumés – ordonne une seconde frappe, conformément aux ordres du secrétaire à la Défense. Les deux individus sont tués sur le coup.

Des cibles légitimes ?

Cette attaque n’a rien d’anodin. Au-delà du fait que les trafiquants présumés ne représentent aucune menace imminente contre les États-Unis, selon de nombreux responsables et experts, tuer l’un de ces hommes à bord des embarcations « équivaut à un meurtre », selon Todd Huntley, ancien avocat militaire ayant conseillé les forces d’opérations spéciales pendant sept ans.

Selon lui, tuer tous les occupants d’un bateau, y compris ceux qui ne sont pas ou plus en capacité de se défendre (comme c’est le cas ici), « reviendrait essentiellement à un ordre de ne faire aucun quartier, ce qui constituerait un crime de guerre ». Conscient du potentiel explosif de cette révélation, l’amiral Frank M. « Mitch » Bradley, commandant des opérations depuis Fort Bragg en Caroline du Nord, a déclaré que les survivants restaient des cibles légitimes, car en mesure de contacter d’autres trafiquants pour récupérer leur cargaison.

La seconde frappe n’aurait fait que répondre à la directive de Pete Hegseth : tous les survivants devaient être tués. Le secrétaire à la Défense a semblé reconnaître la décision, évoquant des « frappes très efficaces conçues pour être des frappes cinétiques létales ». Dans un message publié sur X, il a écrit : « Nous ne faisons que commencer à tuer les narcoterroristes. »

Pas de preuves précises

Des documents d’information, fournis à la Maison-Blanche, précisent que ce « double tir », ou frappe de suivi, avait pour but de couler le bateau et l’empêcher de nuire, et non de tuer les survivants. Pas de quoi convaincre, y compris les républicains. Vendredi 28 novembre, les sénateurs Roger Wicker et Jack Reed, respectivement président et membre le plus ancien du Comité des forces armées du Sénat, ont annoncé leur intention de mener « une surveillance rigoureuse pour déterminer les faits liés à ces circonstances ».

« L’idée que l’épave d’un petit bateau au milieu de l’océan puisse représenter un danger pour la navigation est tout à fait absurde, et tuer les survivants est un acte manifestement illégal », a déclaré le représentant Seth Moulton, qui a assisté, fin octobre, à une réunion d’information confidentielle avec d’autres membres de la commission des forces armées de la Chambre des représentants, organisée par des responsables du Pentagone au sujet des frappes. « Croyez-moi : cela prendra peut-être du temps, mais les Américains seront poursuivis pour cela, soit pour crime de guerre, soit pour meurtre. »

Lors de réunions d’information, le Pentagone n’a pu fournir aucun nom précis de trafiquants ou de chefs de réseaux qu’ils auraient ciblés, malgré les déclarations de Pete Hegseth, qui a prétendu que le gouvernement savait « exactement qui se trouvait à bord de ce bateau. Nous savions exactement ce qu’ils faisaient et qui ils représentaient ». Donald Trump et le Pentagone ont affirmé que la frappe du 2 septembre visait des membres du gang vénézuélien Tren de Aragua, sans toutefois fournir de preuves. Le secrétaire à la Défense pourra-t-il éternellement résister à ces accusations ?