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Venezuela : pourquoi Donald Trump ne pourra sans doute pas faire tout ce qu’il voulait

Venezuela : pourquoi Donald Trump ne pourra sans doute pas faire tout ce qu’il voulait

L’opération d’exfiltration de Nicolas Maduro a été une réussite incontestable, mais le Congrès et les sociétés pétrolières cherchent déjà à freiner les ardeurs conquérantes du président américain. Le tout est de savoir s’ils y parviendront.

«No blood for oil », le pétrole ne vaut pas une effusion de sang. C’était, il y a vingt ans, l’un des slogans préférés des manifestants qui protestaient contre l’intervention américaine en Irak. Maintenant qu’il est devenu évident que le coup de main exécuté « à l’israélienne » contre le dictateur vénézuélien avait pour objectif essentiel, dans l’esprit de Donald Trump, non pas de rétablir la démocratie dans le pays, mais de récupérer l’exploitation du plus gros gisement pétrolier du monde, le plus dur est à venir pour passer du projet à sa réalisation.

Parce que le locataire de la Maison-Blanche n’a pas les coudées aussi franches qu’il l’espérait. À commencer auprès de ses soutiens politiques aux États-Unis.

Des républicains défient Trump et votent avec les démocrates

Tout d’abord cinq sénateurs républicains ont accepté de joindre leur voix à celles de leurs collègues démocrates pour voter un texte qui bloque toute nouvelle action militaire de la Maison-Blanche au Venezuela tant qu’elle n’aurait pas obtenu l’accord du Congrès.

Pour le moment et tant que Marco Rubio, le secrétaire d’État, gère, et en apparence sans problème ni obstacle, les relations avec la vice-présidente Delcy Rodriguez, qui fait fonction de chef d’État depuis l’enlèvement de Maduro, il n’est pas question pour les Américains de monter une nouvelle opération militaire.

Celle-ci ne se justifierait aux yeux du président que dans le cas où le pouvoir, qui reste celui des « chavistes », s’opposerait aux visées économiques américaines. Celles-ci sont pourtant totales puisque Trump l’a répété : outre 30 à 50 millions de barils qu’il veut voir livrés, sans délai aux compagnies américaines, il proclame que les États-Unis resteront de façon définitive le partenaire commercial unique du Venezuela. Et comme le président ne supporte pas que les hommes et les femmes de son camp n’acceptent pas aveuglément ce qu’il décide sans le moindre contrôle, il a condamné violemment les cinq sénateurs qui avaient manifesté leur vote : « honte à ces républicains qui, en s’alliant à des démocrates veulent affaiblir notre capacité à défendre les États-Unis. J’espère qu’ils ne seront plus jamais élus ».

Un pétrole vénézuélien pas si intéressant que ça…

Mais outre ces lâchages politiques, Trump a un autre problème : les grandes sociétés américaines attendent-elles, autant qu’il le souhaite, d’exploiter à nouveau le pétrole vénézuélien ? Rien n’est moins sûr. Un premier signe est venu de l’atonie assez remarquable à la bourse des actions des pétroliers américains. On aurait pu s’attendre à un coup de chaleur des actionnaires à l’idée que les majors américaines allaient pouvoir à nouveau forer dans les réserves considérables du pays. Pourtant, rien ; encéphalogramme plat.

La première explication est sans doute purement technique : le pétrole vénézuélien est difficile à extraire par rapport à celui du Golfe. Ce qui coûte environ 50 dollars le baril en Arabie saoudite revient à 300 dollars au Venezuela.

Mais la principale raison est politique. Comme l’écrit Thomas Friedman dans le New York Times : « Trump va vite découvrir que pour faire renaître les belles heures de l’exploitation du pétrole dans ce pays, il faut d’abord y faire renaître la démocratie. »

Des investissements aussi énormes que risqués

Quelle société pétrolière va, en effet, prendre le risque d’investissements lourds et sur une longue période dans un pays où ceux qui ont gouverné par la terreur et confisqué le pouvoir à l’issue d’élections qu’ils avaient perdues sont maintenus au pouvoir par celui qui leur demande de reprendre une exploitation dont on les avait chassés sans les dédommager.

D’autant que le président qui leur demande de dépenser jusqu’à 100 milliards de dollars, a déjà bien entamé son mandat, n’est pas sûr d’avoir les coudées aussi franches après les élections de midterm et encore moins assuré d’avoir un successeur qui applique sa politique.

Les représentants des grandes compagnies pétrolières ont certes assuré Trump, qui les avait convoqués le vendredi 9, qu’ils allaient examiner sérieusement les données du problème. Mais on peut imaginer que dans cette étude ils prendront en compte la possibilité que l’opposition vénézuélienne en exil, essaiera après l’enlèvement du dictateur, de revenir au pouvoir et d’installer dans le pays un pouvoir démocratique.

Du coup de force à l’incertitude

Pacifiquement ou à la suite d’un coup de force ? C’est le genre d’incertitude que détestent les investisseurs. Ce qui a conduit Darren Woods, le patron d’Exxon, à employer ce curieux néologisme auprès de Donald Trump : « le Venezuela, pour le moment, est “ininvestissable” ».

Autant de raisons qui font qu’après avoir monté superbement son coup de force, même en prenant quelques libertés avec la légalité internationale, Trump n’est pas aussi assuré qu’il l’affirmait dans sa conférence de presse de Mar-a-Lago, au lendemain de l’exfiltration de Maduro, de réussir les lendemains de ce que Friedman dans le New York Times a baptisé, en référence au « D-Day », le « O-Day » pour Oil Day.