Qualifiés pour la Coupe du Monde 2026 avec un parcours historique, les Tunisiens abordent la CAN 2025 avec des ambitions élevées mais des doutes persistants. Entre solidité défensive record et lacunes offensives criantes, l’équipe de Sami Trabelsi devra confirmer sur le continent africain.
Un état d’esprit contrasté à l’aube de la compétition
L’atmosphère qui entoure l’équipe nationale tunisienne en cette fin d’année 2025 est empreinte d’une complexité difficile à déchiffrer. D’un côté, la qualification historique pour la Coupe du Monde 2026, arrachée contre la Guinée équatoriale le 8 septembre à Malabo, a provoqué une explosion de joie. Le bilan des éliminatoires mondiales est d’ailleurs exceptionnel : neuf victoires et un match nul pour 28 points, soit le meilleur total parmi les neuf groupes de la zone Afrique. Plus remarquable encore, la Tunisie est devenue la première équipe de l’histoire à atteindre une Coupe du monde sans encaisser le moindre but lors de sa campagne de qualification, avec 22 buts marqués et une cage inviolée sur dix matchs.
Pourtant, cette euphorie est tempérée par plusieurs signaux d’alarme. La qualification à la CAN 2025 s’est avérée laborieuse, avec une deuxième place derrière les Comores dans un groupe où la Tunisie a concédé deux défaites.
Les récents matchs amicaux ont offert un tableau mitigé. Si la victoire contre la Jordanie (3-2), finaliste de la Coupe d’Asie 2023, et surtout le match nul historique contre le Brésil (1-1) à Lille en novembre ont redonné de l’espoir, l’élimination précoce lors de la Coupe Arabe en décembre a ravivé les inquiétudes. Toutefois, il convient de nuancer ce dernier résultat : les internationaux basés en Europe, qui constituent l’ossature principale de l’équipe, n’ont pas été libérés par leurs clubs pour participer à cette compétition. La Coupe Arabe n’a donc pas mobilisé la meilleure équipe tunisienne, rendant ces contre-performances moins représentatives du véritable niveau des Aigles de Carthage.
Dans les cafés de Tunis et sur les réseaux sociaux, les supporters tunisiens oscillent entre espoir prudent et scepticisme. Beaucoup se demandent si cette génération peut enfin briser le plafond de verre qui empêche la Tunisie de briller dans les grandes compétitions continentales depuis sa dernière victoire en CAN en 2004.
Sami Trabelsi : un sélectionneur sous surveillance
Le retour de Sami Trabelsi à la tête de la sélection nationale, douze ans après un premier passage couronné par la victoire au CHAN 2011, n’a pas suscité l’enthousiasme unanime. Nommé en février 2025, Trabelsi n’était pas le premier choix de la Fédération, sollicité seulement après le désistement de Mouîne Châabani et l’échec des négociations avec Mehdi Nafti. Cette nomination par défaut a créé un scepticisme initial qu’il doit encore dissiper.
Son bilan parfait dans les éliminatoires du Mondial 2026 lui a néanmoins valu une reconnaissance méritée. La performance contre le Brésil, où la Tunisie a tenu en échec l’une des meilleures équipes du monde avec une maîtrise tactique impressionnante, a fait taire temporairement les critiques. Une démonstration devant Carlo Ancelotti qui a prouvé que les convictions de Trabelsi pouvaient porter leurs fruits face aux plus grands.
Pourtant, la popularité de l’ancien international (66 sélections, finaliste de la CAN 1996) reste mitigée. Trabelsi est un adepte du pragmatisme défensif, privilégiant la solidité avant le spectacle. Sa philosophie, qu’il résume lui-même comme cherchant à combiner « solidité défensive, construction depuis l’arrière, attaques rapides et variées », séduit par son réalisme mais déçoit ceux qui rêvent d’un football tunisien plus audacieux et offensif.
« La Tunisie est parfois appelée ‘les Italiens de l’Afrique’ pour sa rigueur tactique et sa solidité défensive », explique-t-il. « On encaisse peu, mais on marquait aussi peu. Ma première mission a été de redresser le groupe moralement, puis de moderniser notre jeu : construire de derrière, proposer des attaques rapides, variées, placées. »
Le soutien des supporters n’est donc pas inconditionnel. Trabelsi bénéficie d’un crédit résultats grâce à la qualification au Mondial, mais la CAN 2025 sera son véritable test. Une élimination précoce remettrait sérieusement en question sa position et raviverait les débats sur le style de jeu de l’équipe nationale.
Une approche tactique pragmatique et défensive
L’identité de jeu de cette Tunisie version Trabelsi est claire : la solidité défensive d’abord, l’efficacité offensive ensuite. Le bilan de zéro but encaissé lors des éliminatoires du Mondial n’est pas un hasard, mais le fruit d’une organisation méticuleuse et d’une discipline collective exemplaire.
Tactiquement, Trabelsi privilégie le 4-3-3, parfois adapté en 3-5-2 ou 5-3-2 selon les adversaires. Contre des équipes offensives comme le Brésil, il a déployé une charnière à trois défenseurs centraux pour garantir une couverture maximale. L’équipe ajuste son système en fonction de l’opposition, mais la philosophie reste constante : ne pas encaisser et exploiter les transitions rapides.
Le match contre le Brésil a illustré à la perfection cette approche. Un bloc défensif compact, parfois médian, parfois bas, une implication remarquable de tous les joueurs dans les tâches défensives, et une production de jeu qui a étouffé les attaques brésiliennes. La stratégie n’était pas sans rappeler celle déployée par l’ancien sélectionneur Jalel Kadri contre le Danemark lors de la Coupe du Monde 2022 : défendre en bloc et frapper en contre-attaque.
Trabelsi a également ajusté les zones de récupération de son équipe. Plutôt que d’attendre systématiquement bas dans son propre camp, la Tunisie cherche désormais à presser plus haut, à éloigner le danger de sa surface et à récupérer le ballon dans des zones où les transitions offensives deviennent plus dangereuses. Cette évolution marque une volonté de ne plus subir constamment mais de prendre davantage l’initiative.
Cependant, les observateurs notent que l’équipe semble plus à l’aise lorsqu’elle est privée du ballon qu’en situation de domination territoriale. L’animation offensive en attaque placée reste incohérente et laborieuse, un problème récurrent que la Tunisie connaît à chaque CAN face à des adversaires de niveau comparable. Les buts proviennent principalement de coups de pied arrêtés, de transitions rapides et de situations de contre-attaque, rarement de séquences élaborées en zone d’occupation.
Pour cette CAN, l’accent sera donc incontestablement mis sur la défense. La Tunisie s’appuiera sur une charnière centrale solide avec Montassar Talbi, Yassine Meriah et Dylan Bronn, un milieu récupérateur avec Ellyes Skhiri et Ferjani Sassi, et un bloc compact difficile à percer. En attaque, elle exploitera la vitesse d’Elias Achouri, la technique de Hannibal Mejbri et Ismaël Gharbi, et l’opportunisme de Hazem Mastouri et Firas Chaouat. C’est un football de résultat plus que de plaisir esthétique, mais c’est celui qui correspond aux forces de cette génération.
Un groupe C à double tranchant
La Tunisie évoluera dans le groupe C de la CAN 2025, qui se tiendra au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026. Ses adversaires : le Nigeria, l’Ouganda et la Tanzanie. Un groupe équilibré où deux équipes sont favorites sur le papier, mais où les surprises restent possibles.
Le Nigeria représente le danger maximal. Vice-champions d’Afrique en titre, les Super Eagles possèdent un réservoir de talents évoluant dans les meilleurs clubs européens que peu d’équipes africaines peuvent égaler. Victor Osimhen reste l’un des attaquants les plus redoutables du continent, entouré de talents émergents comme Ademola Lookman (Atalanta) et Samuel Chukwueze (Fulham). Le match Tunisie-Nigeria, programmé pour le 27 décembre, sera probablement le match décisif pour la première place du groupe. C’est l’adversaire qui inquiète le plus les Tunisiens, celui capable de sanctionner la moindre erreur défensive.
L’Ouganda fait son retour sur la scène continentale après une absence depuis 2019. Une nation qui avance discrètement mais sûrement, dont les résultats en éliminatoires du Mondial n’ont certes pas été exceptionnels, mais qui a montré de la résilience en qualification à la CAN. Les sous-estimer serait une erreur potentiellement coûteuse. Trabelsi lui-même rappelle que « souvent, des nations qu’on n’attend pas réussissent à battre de grandes équipes » lors des CAN.
La Tanzanie, future co-organisatrice de la CAN 2027, cherche à marquer les esprits. C’est un football en progression, avec des clubs qui participent régulièrement aux compétitions africaines interclubs. L’équipe dispose notamment de Mbwana Samata, un attaquant qui a réalisé une belle carrière en Europe. L’effet momentum de préparer une CAN à domicile dans deux ans pourrait galvaniser cette équipe et la rendre plus dangereuse que prévu.
Sur le papier, la Tunisie et le Nigeria sont favoris pour se qualifier au second tour, mais l’écart avec leurs adversaires n’est pas immense. La Tunisie possède l’avantage de l’expérience des grandes compétitions internationales et d’une défense exceptionnellement solide. Le Nigeria dispose d’un arsenal offensif supérieur et d’une profondeur de banc enviable. Un pronostic raisonnable placerait la Tunisie légèrement derrière le Nigeria, mais dans le football africain, rien n’est jamais garanti.
Des objectifs ambitieux mais réalistes
Officiellement, Sami Trabelsi a clairement affiché son ambition : viser le top 4, voire la finale. Le sélectionneur veut que la Tunisie ne se contente plus des quarts de finale, mais joue les premiers rôles dans la compétition. Une position assumée qui reflète la qualité du groupe et l’urgence de renouer avec les sommets du football africain.
L’objectif minimal reste néanmoins de se qualifier pour le second tour. Échouer dès la phase de groupes serait perçu comme un désastre complet et remettrait en question l’ensemble du projet Trabelsi. Atteindre les demi-finales serait considéré comme un succès, d’autant que la Tunisie n’a plus remporté la CAN depuis 2004, lorsqu’elle avait battu le Maroc en finale (2-1) sur son propre sol. Cette génération dispose du potentiel technique et de l’expérience pour viser plus haut, mais elle doit le prouver sur le terrain.
Le contexte psychologique est particulier. Avec la qualification au Mondial 2026 déjà assurée, la pression est paradoxalement plus forte sur cette CAN. L’équipe n’a plus d’excuse pour ne pas performer. Un parcours décevant entacherait la qualification au Mondial et créerait une crise de confiance avant le grand rendez-vous de 2026. À l’inverse, une belle performance continentale lancerait idéalement la préparation de la Coupe du monde et restaurerait la confiance d’un public qui reste méfiant.
Il y a également une dimension générationnelle dans ces ambitions. Cette génération tunisienne doit prouver qu’elle peut enfin dépasser le plafond de verre qui limite le pays depuis deux décennies. Les échecs répétés en phase de groupes lors des Coupes du Monde et la dernière élimination précoce en CAN ont créé une frustration collective. L’heure est venue de transformer le potentiel en résultats concrets.
Les hommes clés d’une équipe en quête d’équilibre
Le destin de la Tunisie à cette CAN reposera sur les épaules de plusieurs joueurs dont les performances conditionnent les résultats de l’équipe.
Hannibal Mejbri, le métronome créatif
À 22 ans, Hannibal Mejbri est devenu l’élément d’équilibre de la sélection. Face au Brésil, il a dominé physiquement les milieux brésiliens avec des duels gagnés et une technique raffinée qui ont impressionné les observateurs bien au-delà du continent africain. Valorisé à 9 millions d’euros, Mejbri (actuellement à Burnley après des passages à Manchester United et Séville) possède cette capacité rare à orienter les transitions et à créer du danger dans les espaces réduits.
Son intelligence de jeu, sa vision et sa technique en font le joueur qui peut faire basculer les matchs serrés. Le problème réside dans son manque de temps de jeu régulier en club, qui peut affecter son rythme et sa condition physique. Si Mejbri est au sommet de sa forme, la Tunisie devient dangereuse ; s’il est en méforme, l’équipe perd son principal atout et sa capacité à déséquilibrer les défenses adverses.
Ellyes Skhiri, le poumon indispensable
Si Mejbri est la locomotive, Ellyes Skhiri est le cœur battant de cette équipe. À 30 ans, le milieu de l’Eintracht Frankfurt (valorisé à 15 millions d’euros) est le pilier absolu de la sélection. Skhiri apporte l’expérience (plus de 180 matchs de Bundesliga, participations en Ligue des Champions), la stabilité émotionnelle et la volonté sur le terrain. Il est le métronome défensif qui permet à l’équipe de tenir son organisation, le premier rempart devant la défense, et souvent le premier relais vers l’attaque.
Avec le forfait d’Aïssa Laïdouni pour cause de blessure, Skhiri devient encore plus indispensable. Il devra gérer l’équilibre du milieu de terrain, récupérer les ballons, orienter le jeu et compenser l’absence de son complément habituel. Une tâche titanesque qui mettra sa résistance physique et mentale à rude épreuve.
Montassar Talbi, le roc défensif
À 27 ans, Montassar Talbi (FC Lorient, valorisé à 8 millions d’euros) est le leader de la défense centrale. Celui qui organise, communique et stabilise l’arrière-garde tunisienne. Face au Brésil, il est intervenu à temps pour contrer une frappe brésilienne après une erreur du gardien Aymen Dahmen, illustrant sa lecture du jeu et son sens du placement.
Sa capacité à évoluer dans un système à trois ou quatre défenseurs, son jeu aérien dominant et sa concentration sur 90 minutes en font un élément irremplaçable. Associé à Yassine Meriah qui apporte l’expérience des grandes compétitions, Talbi forme une charnière centrale sur laquelle repose toute la solidité défensive tunisienne. Perdre Talbi sur blessure ou suspension serait catastrophique pour les ambitions de l’équipe.
Mohamed Ali Ben Romdhane, le finisseur providentiel
Moins médiatisé que Mejbri ou Skhiri, Mohamed Ali Ben Romdhane (26 ans, Al-Ahly) pourrait être l’un des hommes de l’ombre qui fait la différence. Il a marqué des buts importants lors des éliminatoires du Mondial, dont le but décisif de la qualification contre la Guinée équatoriale à la 94e minute.
Milieu offensif ou ailier capable de surgir au bon moment, Ben Romdhane possède cette qualité rare des finisseurs opportunistes : être au bon endroit au bon moment. Sa capacité à jouer entre les lignes et à arriver lancé dans la surface en fait un profil moderne très précieux. Évoluant à Al-Ahly, l’un des plus grands clubs africains où la pression est constante, et malgré son début timide, il a développé la mentalité des gagnants. Une CAN réussie pourrait le propulser vers l’Europe et confirmer son statut de révélation.
Elias Achouri et Hazem Mastouri, les armes offensives
En attaque, Elias Achouri (FC Copenhague, 26 ans, valorisé à 3,5 millions d’euros) et Hazem Mastouri représentent les principales menaces offensives. Achouri possède cette vitesse explosive qui peut déstabiliser n’importe quelle défense. Sa participation à la Ligue des Champions avec son club lui a donné une maturité tactique précieuse.
Mastouri, moins connu internationalement mais auteur d’une belle saison, porte la responsabilité du secteur offensif avec Firas Chaouat. Leur capacité à concrétiser les occasions créées en transition sera déterminante pour permettre à la Tunisie de gagner les matchs serrés.
Les failles structurelles : l’attaque, talon d’Achille persistant
Au-delà de l’absence de Laïdouni, la Tunisie souffre d’un problème structurel qui pourrait compromettre ses ambitions : le manque cruel d’un avant-centre de classe mondiale. C’est LA faiblesse la plus criante de cette équipe.
Les options actuelles, Hazem Mastouri, Seifeddine Jaziri, Firas Chaouat, Elias Saad, sont des joueurs honnêtes mais pas de calibre international de premier plan. Ils manquent d’expérience au plus haut niveau, de constance devant le but et de cette capacité à créer quelque chose de rien qui caractérise les grands attaquants. Mastouri et Chaouat évoluent dans des championnats sans exposition régulière à un football de très haut niveau. Jaziri (Zamalek, Égypte) a montré des promesses mais reste irrégulier.
Le manque de profondeur à ce poste est inquiétant. Face à des défenses organisées qui attendront dans leur propre camp, la capacité à débloquer les situations devient primordiale. Or, c’est précisément ce qui fait défaut.
Cette réalité explique pourquoi Trabelsi privilégie un football défensif et pragmatique. Avec les armes offensives à sa disposition, il serait risqué de jouer un football ouvert et offensif. La stratégie logique consiste à minimiser les occasions adverses et à maximiser l’efficacité sur les rares opportunités créées. Mais contre des équipes de même niveau qui adopteront une approche similaire, qui marquera les buts nécessaires ?
Les révélations potentielles et les outsiders
Malgré ces faiblesses, plusieurs joueurs pourraient émerger comme des révélations lors de cette CAN.
Ismaël Gharbi (FC Augsbourg, 21 ans) représente le pari technique le plus intéressant. Formé au PSG, prêté à Augsbourg avec une option d’achat de 5 millions d’euros, Gharbi a choisi définitivement la Tunisie en août 2025 après avoir évolué avec les sélections jeunes de France et d’Espagne. Milieu de terrain offensif polyvalent, il peut également jouer sur les côtés ou au centre, est habile sur coups francs et possède un excellent contrôle du ballon.
Sa polyvalence, sa technique et sa vision du jeu font de lui un joker potentiellement décisif. Si Trabelsi lui fait confiance et lui donne du temps de jeu, Gharbi peut apporter cette créativité et ces changements de rythme que l’équipe recherche dans les phases d’attaque placée. C’est le type de joueur qui peut débloquer un match serré avec un geste technique inattendu.
Elias Achouri, déjà évoqué parmi les joueurs clés, reste relativement sous les radars internationaux. Ailier gauche rapide et technique, il possède le profil pour exploser sur la scène continentale. Sa connaissance de la Ligue des Champions avec Copenhague lui donne une maturité tactique qui pourrait faire la différence.
Firas Chaouat, moins connu internationalement mais auteur d’une belle saison domestique, pourrait profiter de la CAN pour se faire un nom. À 29 ans, c’est le moment ou jamais pour lui de saisir sa chance et de montrer qu’il peut être la solution offensive que la Tunisie recherche désespérément. Une performance convaincante pourrait ouvrir les portes de l’Europe.
Sebastian Tounekti — L’outsider écossais à surveiller
Parmi les révélations potentielles, Sebastian Tounekti (23 ans, Celtic Glasgow) mérite une attention particulière. Transféré pour 6 millions d’euros depuis Hammarby en septembre 2025, l’ailier gauche impressionne en Écosse.
Né à Tromsø d’un père tunisien et d’une mère norvégienne, Tounekti a choisi la Tunisie après avoir été international jeune norvégien. Le manager Brendan Rodgers le décrit comme « un ailier rapide et intelligent, capable d’opérer des deux côtés en se créant des occasions et en en offrant à ses coéquipiers ».
Le paradoxe est frustrant : malgré quatre sélections et des convocations régulières, Tounekti n’a jamais eu sa véritable chance avec les Aigles de Carthage. Dans un poste où la concurrence est rude avec Achouri, Saad et Sliti, ses performances au Celtic prouvent pourtant qu’il possède les qualités requises : vitesse, percussion, créativité et capacité à déstabiliser les défenses.
Si Trabelsi lui accorde enfin du temps de jeu, Tounekti pourrait être la surprise de cette CAN. Son profil d’ailier moderne correspond exactement à ce qui manque à la Tunisie en attaque. La question reste entière : aura-t-il enfin l’opportunité de démontrer ses qualités sous le maillot tunisien ?
Enfin, Mohamed Ali Ben Romdhane mérite d’être considéré comme un candidat sérieux à la révélation. Il a déjà démontré son sang-froid dans les qualifications, évolue dans un grand club africain (Al-Ahly) où il affronte régulièrement une pression intense malgré un timide démarrage, et possède la mentalité des gagnants. Ben Romdhane pourrait être le cœur offensif de cette équipe. Une CAN réussie le propulserait vers l’Europe et confirmerait son statut de joueur majeur du football tunisien.
Un rendez-vous avec l’histoire
La CAN 2025 représente bien plus qu’une simple compétition pour la Tunisie. C’est un test de vérité pour une génération qui doit prouver qu’elle peut transformer son potentiel en résultats concrets. C’est une opportunité de renouer avec les sommets du football africain après deux décennies de frustrations et d’échecs relatifs. C’est un moment où le pragmatisme de Sami Trabelsi sera jugé : sa philosophie défensive permettra-t-elle de franchir les caps décisifs, ou l’empêchera-t-elle de battre les meilleures équipes du continent ?
Les Aigles de Carthage possèdent les ingrédients pour réussir : une défense solide capable de résister aux meilleures attaques africaines, un milieu de terrain équilibré malgré l’absence de Laïdouni, et des joueurs techniques capables de faire la différence dans les moments cruciaux. Mais ils souffrent également de lacunes structurelles, notamment en attaque, qui pourraient limiter leurs ambitions.
Le premier objectif, se qualifier au second tour, semble à portée de main. Atteindre les demi-finales constituerait un succès majeur et validerait le projet Trabelsi. Aller plus loin demanderait de dépasser les limites actuelles de cette équipe, de trouver des solutions offensives là où elles manquent, et peut-être de bénéficier de cette part de chance qui accompagne souvent les belles aventures sportives.
Face au Nigeria le 27 décembre, la Tunisie affrontera son juge de paix. Ce match dira si les Aigles de Carthage peuvent rivaliser avec les meilleurs du continent ou s’ils restent condamnés à jouer les seconds rôles. Entre espoirs légitimes et incertitudes persistantes, la Tunisie s’apprête à vivre un mois de janvier qui pourrait redéfinir l’avenir de sa génération dorée.
Comme le rappelle Sami Trabelsi, « la Tunisie ne doit plus se contenter de participer, mais jouer les premiers rôles ». Reste à transformer ces mots en réalité sur les pelouses marocaines.

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