Un incident récent impliquant un A320, lors d’un vol de la compagnie JetBlue de Cancun, à Newark, a révélé qu’un rayonnement solaire intense pouvait corrompre des données essentielles au fonctionnement des commandes électriques de vol, a précisé Airbus dans un communiqué. L’avion s’était dérouté vers Tampa en Floride, à la suite d’un problème sur les commandes de vol, entraînant des blessures chez certains passagers, ont annoncé la compagnie aérienne et le régulateur américain du secteur aérien (FAA), qui a ouvert une enquête.
Cette dernière a montré que l’avion avait piqué brutalement pendant quelques secondes, alors que le pilote automatique était en fonction. L’enquête technique a pointé une défaillance du calculateur Elac (Elevator and Aileron Computer). C’est la pièce qui gère les ailerons et la gouverne de profondeur, la commande à piquer (ou à cabrer). Dans le cas du vol JetBlue, les conséquences étaient minimes, avec seulement quelques blessés (qui n’avaient pas conservé leur ceinture attachée).
Mais le crash peut arriver quand la commande inopportune dépasse la résistance de l’empennage. « Si elle n’est pas corrigée, cette anomalie pourrait, dans le pire des cas, entraîner un mouvement non commandé de la gouverne de profondeur susceptible de dépasser la capacité structurelle de l’avion », alerte l’EASA, l’Agence européenne de la sécurité aérienne, qui a publié une « consigne de navigabilité d’urgence », le 28 novembre. L’avion devient alors incontrôlable.
Activité solaire exceptionnellement intense
Le problème concerne une association spécifique, celle du matériel Elac B couplé au logiciel version L104. Le calculateur Elac gère les ailerons et la gouverne de profondeur. Face à des éruptions solaires (qui bombardent la haute atmosphère de particules électromagnétiques), son logiciel peut subir des corruptions de mémoire (des « bit flips »).
Ces dernières semaines, l’activité solaire a été exceptionnellement intense, caractérisée par la survenue de plusieurs éruptions majeures de classe X. Ces événements ont engendré d’importantes tempêtes solaires dirigées vers la Terre, provoquant des orages géomagnétiques. Des aurores boréales intenses ont été observées durant la nuit jusqu’à très basse latitude. Elles pouvaient être observées jusqu’en Aveyron, en France.
L’augmentation des particules énergétiques accroît le risque pour les satellites (effet mécanique d’érosion, dégradation des composants et sous-systèmes satellites par les radiations, freinage atmosphérique, courants de surface endommageant les électroniques, etc.) et éventuellement pour les passagers (et leurs avions) lors de vols à haute altitude, note le CNRS Terre & Univers.
Réparation rapide ou très longue
Pour la majorité des appareils (environ 5 000), la réparation est « simple » : il faut faire un rollback logiciel, c’est-à-dire revenir à une version précédente du programme qui n’avait pas ce bug. L’opération prend environ de deux à trois heures par avion. Côté exploitation, ce peut être transparent quand une autre opération de maintenance a déjà été programmée, lors d’un arrêt nocturne, par exemple. Pour les grandes flottes, cela désorganise les plannings de vol. American Airlines, par exemple, doit mettre à jour 340 avions en 24 heures. Vendredi, Air France a dû annuler trente vols moyen-courriers.
Le problème est beaucoup plus complexe pour le millier d’avions sur lesquels il faut remplacer le calculateur Elac et pas seulement mettre à jour le logiciel. Et là, on ne parle plus d’heures, mais de semaines d’immobilisation, en fonction de la disponibilité des pièces et des centres de maintenance.

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