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11 Septembre : Trump a la mémoire courte

11 Septembre : Trump a la mémoire courte

Dans un de ses nombreux tweets (daté du 7 janvier), Donald Trump a franchi toutes les limites de la décence. Et pourtant, il en a reculé le seuil depuis un moment. Il doute, à voix haute, que l’Otan soit là pour les États-Unis – « si nous en avions vraiment besoin ».

Amis Européens, ne vous étranglez pas. Vous avez bien lu. Le président américain pense que l’Europe lui ferait faux bond si, par malheur, la Chine devait l’agresser… Donald Trump devrait relire ses fiches.

Dans l’histoire de l’Alliance atlantique, l’article V – la clause de défense collective – n’a été invoqué qu’une seule fois. Le 12 septembre 2001, au lendemain de l’ignoble attentat d’Al-Qaida.

Pour défendre qui ? Les États-Unis. L’effondrement des Twin Towers a été un traumatisme pas seulement pour Washington, mais pour l’ensemble du monde occidental.

Qui a répondu présent ? Tous les alliés européens. Sans rechigner. Sans compter. Ils sont partis en Afghanistan, où se cachaient, a priori, Ben Laden et ses complices djihadistes.

Vingt ans durant, les alliés de l’Américain ont foulé ce sol inhospitalier. Plus de mille soldats européens y sont morts : 454 Britanniques, 158 Canadiens, 89 Français, 59 Allemands… Pour honorer un pacte souscrit à Washington.

Le chaos de Kaboul

Vingt ans de sacrifices oubliés par un homme de 79 ans qui prend beaucoup d’aspirine, mais qui présente, au moins politiquement, un sérieux trouble de la mémoire.

Il oublie une deuxième chose : comment cela s’est-il terminé ? Par un abandon brutal, en août 2021. Kaboul tombe le 15 août – Washington n’avait rien anticipé. Le gouvernement et l’armée afghane s’effondrent en dix jours sous les yeux médusés des Européens.

Lors du G7 du 24 août, les alliés supplient Joe Biden de rester quelques jours de plus pour évacuer davantage d’Afghans. Biden refuse et maintient la date de départ du 31 août.

« Il n’y a pas eu de réelle coordination », constatera un responsable européen. La France doit arrêter ses évacuations le 26, abandonnant des gens sur place. Résultat : 120 000 personnes évacuées en deux semaines dans le chaos le plus total. Voilà la gratitude américaine.

L’Otan, cette planche à billets

Donald Trump, lui, réécrit l’histoire. Dans sa version, les Européens sont des profiteurs qu’il a « respectueusement » contraints à payer davantage pour leur sécurité lors du sommet de l’Otan en juin.

Les alliés se sont engagés à La Haye à porter leurs dépenses militaires à 5 % du PIB d’ici 2035 – objectif jugé inatteignable par beaucoup. Or l’Otan est surtout une planche à billets pour l’industrie militaire américaine.

Ce dominion militaire est rentable pour Washington compte tenu des commandes de F35 et autres types d’armement que les nations européennes de l’Otan commandent à tour de bras…

L’« à-plaventrisme » collectif des petits otaniens

Nous avons déjà fait ce calcul dans nos colonnes. Grosso modo, les États-Unis dépensent 10 à 12 milliards de dollars pour maintenir 100 000 soldats en Europe. Mais les ventes d’armes américaines aux alliés européens génèrent approximativement 25 à 30 milliards de dollars par an. Le ratio est largement favorable à Washington.

L’Otan est un investissement juteux pour les Américains. Donald Trump fait semblant de ne pas le comprendre et aucun dirigeant européen n’a contredit son discours victimaire au sommet de l’Otan… Affligeante allégeance collective.

Et à quoi aura servi cet « à-plaventrisme » collectif des petits otaniens européens ? Donald Trump menace d’annexer le Groenland par la force militaire. Il y a peut-être une part de « cinoche » dans sa rhétorique va-t’en guerre.

Mais voilà la récompense : le Danemark, membre de l’Otan depuis 1949, le plus fidèle allié des Américains − jusqu’à trahir les Européens en prêtant la main aux écoutes américaines sur Merkel et Hollande −, est traité comme un locataire promis à l’expulsion. « Nous nous occuperons du Groenland dans environ deux mois », a prévenu Trump. Fin du bail avec un court préavis.

L’esprit de La Fayette n’est pas mort

Le président américain doute que l’Otan défende les États-Unis tout en menaçant d’envahir un pays de l’Otan. L’absurdité culmine à des sommets himalayesques.

« Nous sommes tous Américains », avaient clamé les Européens après le 11 Septembre. Ils sont allés mourir en Afghanistan. Washington les a abandonnés dans le chaos de Kaboul. Et aujourd’hui, Trump leur crache à la figure.

Les familles qui ont perdu un fils dans l’Hindou Kouch apprécieront. Tout comme les Danois, qui voient leur territoire menacé par celui-là même qui leur reproche leur manque de loyauté.

Ce n’est pas un tweet. C’est la négation de décennies d’alliance au profit d’une narration aussi grossière qu’efficace : America First, les autres sont des parasites ou des proies.

Heureusement, on ne peut réduire l’Amérique à Donald Trump et nous savons, ici en Europe, qu’il y a beaucoup de citoyens américains qui, eux, resteront nos alliés fidèles. Fidèles à nos valeurs de démocratie, de respect de la dignité humaine. Non, l’esprit de La Fayette n’est pas mort. Et les Américains vont bientôt le lui rappeler dans les urnes.