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Une étudiante, un culturiste, un père de famille… Qui sont les victimes de la répression en Iran ?

Une étudiante, un culturiste, un père de famille… Qui sont les victimes de la répression en Iran ?

L’ONG Iran Human Rights dénonce un « massacre » des forces de sécurité, avec plusieurs centaines de personnes tuées pour avoir défendu leurs droits.

Une étudiante éprise de liberté, un champion au corps sculpté, un père de famille au travail modeste… Autant de destins fauchés dans la répression qui s’abat sur l’Iran. À mesure que les rues se soulèvent, les morts prennent des noms et des visages. Selon un décompte de l’ONG américaine Human Rights Activists News Agency (HRANA), au moins 538 personnes ont été tuées depuis le début des manifestations. L’organisation Iran Human Rights évoque, de son côté, « plusieurs centaines » de victimes, parmi lesquelles figurent également des mineurs.

À Téhéran, deux témoins, s’exprimant sous couvert d’anonymat, décrivent à CNN des forces de sécurité tirant à balles réelles sur « beaucoup de personnes ». Une autre femme affirme avoir vu « des corps empilés les uns sur les autres » dans un hôpital.

Nées d’un étouffement économique chronique et d’un ras-le-bol politique, les manifestations ont gagné plus de 180 villes, dans l’ensemble des provinces iraniennes et sont désormais une révolte ouverte contre la théocratie. Les manifestants s’exposent à une double peine : la mort dans la rue ou l’accusation de « moharebeh », littéralement « guerre contre Dieu », un crime passible de la peine capitale, y compris pour de simples dégradations.

Robina Aminian, 24 ans, le rêve italien fauché par une balle

Robina Aminian avait 24 ans. Étudiante à l’université technique Shariati de Téhéran, elle se formait au design de mode et nourrissait un rêve : celui de s’installer à Milan pour y bâtir une carrière. Sur Instagram, elle posait fièrement, vêtue de tenues kurdes traditionnelles, affirmant une identité assumée.

Jeudi, en quittant l’université, elle a rejoint un rassemblement contre le régime dans la capitale, selon l’ONG Iran Human Rights (IHR), basée en Norvège. Sur place, elle a été abattue par des tirs, d’après l’organisation de défense des droits humains Hengaw.

« C’était une fille forte, une fille courageuse, et elle n’était pas quelqu’un qu’on pouvait contrôler et à la place de qui on pouvait décider. Elle se battait pour ce qu’elle savait être juste et se battait avec acharnement », a confié son oncle, Nezar Minouei, à CNN. « Elle avait soif de liberté, soif des droits des femmes, de ses droits », a-t-il ajouté.

Ebrahim Yousifi, un père de famille tué dans le silence

Il travaillait à l’hôpital. Il n’en est jamais rentré. À Kermanshah, dans l’ouest de l’Iran, Ebrahim Yousifi, 42 ans, père de trois enfants et employé hospitalier, a été tué d’une balle dans la tête lors des manifestations de jeudi, selon son cousin.

Depuis, la famille est plongée dans un mutisme imposé. « Toute communication est complètement coupée », explique un proche à CNN, tandis que le black-out Internet empêche toute confirmation officielle. « Même nos parents au Kurdistan irakien n’ont pas pu joindre qui que ce soit en Iran pour savoir si son corps a été rendu. La réponse des autorités dans les régions kurdes a été considérablement plus sévère que dans de nombreuses autres parties du pays », ajoute-t-il.

Mehdi Zatparvar, le champion devenu symbole

À Rasht, dans la province de Gilan, Mehdi Zatparvar, 39 ans, est mort vendredi. Double champion du monde de culturisme classique, entraîneur respecté, titulaire d’un master en physiologie du sport, il incarnait une réussite forgée par la discipline.

Dans son dernier message publié sur Instagram avant sa mort, il écrivait : « Nous voulons seulement nos droits, la voix étouffée depuis quarante ans doit être criée. » Son compte a depuis été supprimé.

Kahrizak, l’antichambre de la mort

Sur les réseaux sociaux, des vidéos relayées par la BBC Persian montrent ce qui ressemble à des dizaines, voire des centaines de corps devant la morgue de Kahrizak, au sud de la capitale iranienne. Des familles endeuillées y identifient ou pleurent leurs morts. Sur l’écran d’un ordinateur, des photographies de corps et des noms défilent, jusqu’à 250 dépouilles, à en croire les images.

Des housses mortuaires noires alignées, certaines encore anonymes. Un hangar rempli de corps. Un camion dont on décharge les morts. Un reportage de la télévision d’État, filmé sur place, attribue ces scènes à des « individus » qui « cherchent à entraîner dans ces rassemblements des personnes qui n’y ont rien à voir ». Une mise en accusation qui, loin de dissiper le doute, renforce l’inquiétude : la liste des victimes de la répression pourrait être bien plus longue que ce que les autorités admettent.