L’opération américaine « Absolut Resolve » au Venezuela dans la nuit du 2 au 3 janvier dernier, si elle n’a pas encore livré tous ses secrets, est riche d’enseignements, de sa planification à son exécution.
Dans la nuit du 2 au 3 janvier, l’année 2026 a commencé par l’enlèvement du président du Venezuela, Nicolas Maduro, par les forces spéciales américaines, en seulement deux heures et 28 minutes. Spectaculaire, l’opération Absolut Resolve (« détermination absolue ») vient un peu plus fragiliser le droit international et rappeler la domination militaire américaine, au risque qu’il soit totalement déconnecté d’une vision stratégique ou politique.
Dans les photos diffusées de la « war room », la salle où Donald Trump a suivi minute par minute l’opération dans sa résidence de Mar-a-Lago en Floride, John Ratcliffe se tient à la droite du président. La présence du directeur de la CIA montre bien le rôle prépondérant qu’a joué l’agence de renseignement en amont de l’opération.
Ses premiers agents sont arrivés dès le mois d’août au Venezuela pour surveiller les déplacements de Maduro. Le président vénézuélien et sa femme changeaient régulièrement de lieu de résidence. Cette première phase a permis de « localiser Maduro et de comprendre comment il se déplaçait, où il vivait, où il voyageait, ce qu’il mangeait, ce qu’il portait, quels étaient ses animaux de compagnie », a expliqué le chef d’état-major de l’armée américaine, le général Dan Caine, lors d’une conférence de presse.
Plusieurs journaux américains ont aussi mentionné l’existence d’une taupe au sein de l’entourage du président vénézuélien. Outre les renseignements humains, nul doute que les États-Unis ont utilisé massivement les moyens techniques et électroniques : satellites, drones, interceptions des communications…
Supériorité aérienne écrasante
Selon Donald Trump, 150 aéronefs ont été mobilisés dans l’opération. Bombardiers, avions radar, ravitailleur de guerre électronique, de chasse, hélicoptères, drones… Les États-Unis se sont assuré une supériorité aérienne massive. Avec seulement une vingtaine de F-16 vieillissants et une autre vingtaine de Su-30 plus modernes, le Venezuela aurait eu du mal à s’interposer.
De plus, des frappes contre la base aérienne de La Carlota et l’aéroport de Higuerote ont sans doute neutralisé les forces aériennes vénézuéliennes au sol. Si avoir la supériorité aérienne ne garantit pas forcément la victoire, elle reste en tout cas un élément clé pour espérer l’obtenir.
Les hélicoptères toujours utiles
On les disait dépassés face à la prolifération des manpads (man-portable air-defense system). L’attaque ratée des forces russes contre l’aéroport d’Hostomel près de Kiev en février 2022 avait pour beaucoup sonné le glas des hélicoptères dans des conflits symétriques. Ces machines ont été ici au cœur de l’opération américaine, avec le 160th SOAR (Special Operations Aviation Regiment, régiment d’aviation des opérations spéciales).
Spécialisés dans les vols de nuit et à basse altitude, les pilotes des Little Bird, Black Hawk et Chinook ont pu se frayer un chemin à travers les défenses, montrant la grande coordination entre le début des frappes et leur arrivée pour conserver au maximum l’effet de surprise.
Les rares tentatives pour abattre des hélicoptères se sont soldées par un déluge de feu venu de ces derniers, armés de roquettes et de mitrailleuses. Ses appareils disposent également de contre-mesures et de différents systèmes pour éviter et neutraliser les tirs de missiles contre eux.
Bien que coûteux et extrêmement fragile, les hélicoptères peuvent donc encore jouer un rôle clé. Encore faut-il s’assurer de « nettoyer » au préalable le corridor aérien emprunté pour l’attaque et de bénéficier de l’effet de surprise, ce que n’avaient pas les Russes à Hostomel, qui plus est en plein jour.
Matériels chinois et russes absents
Ils ont été les grands absents d’Absolut Resolve, pour le bonheur des pilotes d’hélicoptères et des forces spéciales. Le Venezuela était équipé en radar chinois JY-27 et JY-11 et depuis 2009 en systèmes antiaériens russes Bouk et S-300VM. Les radars ont-ils vu les avions et les hélicoptères américains ? Ont-ils été brouillés, leurrés ou détruits ? Selon le New York Times, au moins un radar aurait été détruit par l’aviation américaine.
Aucun appareil américain n’a été abattu, seul un a été endommagé. En revanche, au moins deux systèmes Bouk ont été détruits. Toujours selon le quotidien américain, les systèmes antiaériens n’étaient même pas connectés avec les radars. Pire, certains étaient toujours stockés, alors même que la montée en puissance américaine dans la région laissait présager une action.
Ce maillage antiaérien, plutôt cohérent sur le papier avec des radars et des missiles sol-air à courte et longue portées, a été complété en 2017 par l’achat de manpads SA-24, toujours auprès de la Russie. Une vidéo montre au moins un tir (raté) de ce type d’arme, avant qu’un hélicoptère ne réplique. La séquence vient en tout cas écorner l’image de fiabilité et d’efficacité des armes chinoises et russes.
Et après ?
« La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens », selon la célèbre formule de l’officier prussien Carl von Clausewitz (1780-1831) dans son livre De la guerre. Après plusieurs mois de tractations infructueuses, de menaces entre Washington et Caracas, Donald Trump a donc décidé d’user de la manière forte pour déposer Nicolas Maduro. Il s’affiche comme le véritable chef du Venezuela et affiche son ambition que les compagnies pétrolières américaines reviennent dans le pays pour exploiter les réserves d’hydrocarbures.
Dans les faits, le régime n’est toujours pas tombé. La vice-présidente, Delcy Rodriguez, a été nommée présidente par intérim. Les compagnies américaines montrent peu d’entrain à vouloir investir dans un pays qui n’a pas ou peu entretenu ses installations. Aux millions de dollars de construction et de réparations s’ajoutent les menaces que pourraient subir des ingénieurs ou ouvriers américains envoyés là-bas.
Coup militaire parfaitement exécuté, l’enlèvement de Maduro semble en revanche ne pas avoir été pensé pour s’inscrire dans une stratégie globale, ni que différents scénarios post Absolut Resolve n’ont été réfléchis ou imaginés. Le risque d’une hubris militaire déconnecté du politique est désormais grand aux États-Unis.

Partager :