6 views 9 mins 0 comments

Persécution des chrétiens dans le monde : un niveau de violence record en 2025

Persécution des chrétiens dans le monde : un niveau de violence record en 2025

388 millions de chrétiens sont exposés à des persécutions graves dans le monde, selon l’ONG Portes ouvertes, qui publie l’édition 2026 de son index ce 14 janvier. L’Afrique est particulièrement touchée.

«Entendrons-nous l’appel à l’aide ? » Le préambule de l’édition 2026 de « l’index mondial de persécutions des chrétiens » de l’ONG Portes ouvertes *, publiée ce mercredi 14 janvier, donne le ton. Un nouveau record a été documenté, avec le chiffre de 388 millions de chrétiens exposés à des persécutions graves. Soit un chrétien sur 7.

La violence s’est accrue en 2025 sous la pression des régimes autoritaires et de l’extrémisme religieux, alors que la progression est continue depuis plusieurs années. En 2018, l’index recensait ainsi 215 millions de chrétiens exposés à des persécutions graves ; en 2024, 380 millions.

Une ampleur qui n’a pas échappé au pape Léon XVI, qui a dénoncé dans un récent discours une forme d’indifférence mondiale, soulignant que « la persécution des chrétiens reste l’une des crises des droits humains les plus répandues à l’heure actuelle ».

Extrait de l’index mondial persécutions des chrétiens de l’ONG Portes ouvertes, édition 2026. © (Portes ouvertes)

À l’ampleur s’ajoute l’intensité. « Lorsque nous analysons les différents domaines de persécutions dans la vie des croyants (vie privée, familiale, sociale, civile, ecclésiale et violence), ce sont la violence et les persécutions dans la vie civile qui augmentent le plus, souligne Guillaume Guennec, directeur du plaidoyer de l’ONG Portes ouvertes. Les droits de l’homme élémentaires, la liberté religieuse, sont progressivement rognés. »

La Syrie, une évolution préoccupante

Le trio de tête de ce palmarès peu réjouissant : la Corée du Nord, la Somalie, le Yémen sont les pays où l’index décrit un espace de liberté quasi inexistant pour les chrétiens.

De nouvelles secousses géopolitiques bousculent le paysage mondial. La Syrie remonte ainsi de la 18e à la 6e place. « La chute du régime de Bachar el-Assad et l’installation au pouvoir du groupe islamiste HTS ont créé une situation extrêmement instable, expose Guillaume Guennec. Si les nouvelles autorités ne se rendent pas directement coupables de persécutions violentes, l’absence de contrôle étatique a libéré une criminalité et des tensions intercommunautaires exacerbées. » L’attentat-suicide contre l’église Saint-Élie, en juin 2025, reste un traumatisme pour les communautés chrétiennes du pays.

L’Afrique subsaharienne, nouvelle zone de danger

Pour autant, « le Moyen-Orient a cessé d’être la première région du monde où les chrétiens sont tués en raison de leur foi, poursuit Guillaume Guennec. C’est désormais l’Afrique subsaharienne qui occupe cette place. Elle concentre plus de chrétiens que l’Europe, mais elle abrite aussi le plus grand nombre de groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique, notamment au Mali, au Burkina Faso, au Nigeria, au Mozambique ou en RDC. Le scénario que nous avons connu avec le califat de Daech en Irak et en Syrie en 2014 se répète aujourd’hui en Afrique, mais à une échelle bien plus vaste ». Persécutions et violences y touchent les minorités chrétiennes mais s’insinuent aussi dans les pays à majorité religieuse chrétienne, comme la RDC.

Aujourd’hui, le pays le plus meurtrier pour les chrétiens est ainsi le Nigeria. Alors que 4 849 chrétiens auraient été tués « pour des raisons liées à leur foi » durant la période étudiée, le Nigeria concentre à lui seul 3 490 de ces décès. L’index recense aussi 2 293 chrétiens kidnappés ou portés disparus dans le pays (sur 3 302 au total).

« L’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) a récemment déclaré que tous les chrétiens du Nigeria étaient une cible, sauf s’ils se convertissent ou paient une taxe. C’est exactement le même discours que Daech au Levant, avec des millions de déplacés internes. Cette crise est d’une ampleur immense, mais elle est sans doute moins prise en compte par la communauté internationale que ne l’était la crise syro-irakienne », pointe Guillaume Guennec.

Les violences au Nigeria – où le président, musulman, est marié à une pasteur pentecôtiste – se concentrent au nord, alors que le sud est marqué par une cohabitation entre chrétiens et musulmans.

D’autres pays, marqués traditionnellement par des relations interconfessionnelles paisibles, sont également déstabilisés par les groupes armés djihadistes. « Ce qui se passe au Mali ou au Burkina Faso, qui étaient pourtant des modèles de tolérance, est dramatique. Al-Qaïda et l’État islamique au Grand Sahara contrôlent désormais des pans entiers de ces territoires. Ils imposent un islam très différent de celui des populations locales, dictant les us et coutumes. Les chrétiens qui refusent de se soumettre ou de renier leur foi sont tués, s’inquiète Guillaume Guennec. L’enjeu est de savoir si le vivre-ensemble pourra perdurer après de tels traumatismes. »

Lois restrictives en Chine ou en Inde

Outre la multiplication des actes violents (attentats, meurtres, enlèvements), l’index met en avant un durcissement des restrictions dans la vie civile et ecclésiale, avec des États renforçant des dispositifs légaux ou administratifs qui isolent, harcèlent et discriminent les communautés chrétiennes. Au premier rang : les géants asiatiques.

Ainsi, en Chine, où le président Xi Jinping impose la « sinisation » des religions pour les rendre conformes aux valeurs du Parti communiste, de nouvelles lois de 2025 interdisent aux responsables religieux de diffuser des vidéos en direct, de faire appel aux dons ou d’utiliser des applications bibliques.

En Inde, « l’arrivée au pouvoir du BJP crée un climat d’impunité pour les extrémistes hindous. On observe une explosion des violences contre les minorités chrétiennes et musulmanes, avec des émeutes, des passages à tabac et des foules organisées ».

Par ailleurs, des États indiens ont adopté des lois anti-conversion, utilisées de manière discriminatoire. « Concrètement, lors d’attaques, la police n’arrête pas les assaillants, mais les victimes chrétiennes, qui doivent ensuite se défendre juridiquement et démontrer qu’ils n’ont forcé personne à se convertir », détaille Guillaume Guennec. Sur les 4 712 chrétiens détenus du fait de leur foi, 2 192 l’ont été en Inde, selon l’index.

Dans ce recensement d’attentats, de violences et de harcèlement, y aurait-il quelques graines d’espoir ? L’ONG invite à étudier l’évolution du Bangladesh, ainsi que le rôle majeur que peuvent jouer les États. « Le nouveau Premier ministre, Muhammad Yunus, a publiquement et fermement rappelé l’importance de la liberté religieuse. Cela s’est traduit par une baisse réelle des incidents violents. C’est une preuve que la persécution n’est pas une fatalité. » L’appel, au moins sur ce territoire, aura été entendu.

*L’édition 2026 de l’index couvre la période du 1er octobre 2024 au 30 septembre 2025.