Le premier tour de la présidentielle portugaise a lieu ce dimanche 18 janvier. Un populiste, un socialiste, un libéral, un militaire… Qui pour remplacer le populaire Marcelo Rebelo de Sousa ? Le scrutin s’annonce serré.
Le Portugal retient son souffle. Ce dimanche 18 janvier, près de 11 millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour désigner leur nouveau président de la République. L’actuel chef de l’État, Marcelo Rebelo de Sousa, élu en 2016, puis réélu en 2021, ne peut briguer un troisième mandant consécutif.
Ce libéral de centre droit, ancien du Parti social-démocrate (Partido Social Democrata, PSD), reste très populaire malgré l’usure du pouvoir. Selon un sondage de Pitagórica pour TVI/CNN Portugal, 56 % des Portugais jugent son bilan positif. Il faut dire qu’au Portugal, c’est le Premier ministre qui assume l’essentiel du pouvoir exécutif et qui, mécaniquement, s’expose aux foudres de l’opinion. Cette position « au-dessus de la mêlée » a permis à celui que l’on surnomme « o Marcelo » de cultiver une image de président rassembleur, proche du peuple n’hésitant pas à multiplier les selfies, distribuer accolades et bisous, se baigner à la plage et aller au supermarché comme un citoyen lambda.
La présidence fédératrice de Marcelo Rebelo de Sousa se termine néanmoins dans un environnement politique fragmenté. Onze candidats postulent à sa succession au Palácio Nacional de Belém, un record. Autre fait rarissime, tout indique qu’un second tour pourrait se tenir d’ici trois semaines, configuration qui ne s’est produite qu’une fois depuis la chute du salazarisme en 1974. Les sondages laissent entrevoir une course serrée, quatre à cinq candidats pouvant prétendre aux deux places qualificatives.
André Ventura, antisystème et anti-immigration
© (MIGUEL RIOPA/AFP)
André Ventura, 43 ans, président de Chega, dépasse 20 % des intentions de vote. Sa très probable qualification confirmerait la fulgurante ascension de son parti, classé à l’extrême droite, qui enchaîne les succès depuis 2019. En mai dernier, Chega est devenu la deuxième force politique du pays, parvenant à faire élire à l’Assemblée de la République (le parlement monocaméral du pays) plus de députés que le Parti socialiste (Partido Socialista, PS), 60 contre 58.
Le logiciel politique d’André Ventura absorbe celui de la droite nationale conservatrice et de la droite populiste. Candidat antisystème et « anti-élites corrompues », cet ex-journaliste sportif s’est peu à peu mué en fer de lance anti-immigration. Durant sa campagne, il a notamment dénoncé la croissance du flux migratoire venant du sous-continent indien, pointant plus particulièrement les immigrés venant du Bangladesh.
Celui qui est régulièrement appuyé par Marine Le Pen, la figure tutélaire du Rassemblement national, se démarque aussi par sa rhétorique trumpienne, notamment sur le protectionnisme économique ou les questions de société. S’il est élu, André Ventura défendra une révision constitutionnelle qui renforcerait les pouvoirs du président de la République afin de « conduire politiquement le pays ». Selon les instituts de sondage, si André Ventura accède à la seconde manche, il serait battu peu importe son adversaire.
António José Seguro, la revanche d’un socialiste
António José Seguro, 63 ans, obtient approximativement 20 % des intentions de vote. Connu pour son ton mesuré et sa fidélité à la tradition sociale-démocrate, il incarne une gauche modérée attachée au compromis et au dialogue social. Bien qu’officiellement soutenu par le PS, il garde une certaine distance avec sa formation politique, la présidence se voulant une fonction suprapartisane.
Contrairement à André Ventura, le socialiste est un vétéran de la scène politique portugaise. Il a siégé comme député à l’Assemblée, puis au Parlement européen à Strasbourg, avant d’accéder à un poste ministériel au début des années 2000. Par la suite, il a occupé la fonction de premier secrétaire du PS, mais s’est retiré de la scène politique après avoir perdu une primaire en 2014 face à António Costa, qui deviendra ensuite Premier ministre du Portugal (2015-2024).
Une éventuelle qualification, dimanche soir, aurait tout d’une revanche. Pour lui, mais aussi pour le PS, rétrogradé en troisième position des forces politiques du pays. S’il est élu président, Seguro fera de la santé la « priorité des priorités ».
João Cotrim de Figueiredo, un libéral pour « moderniser » le Portugal
Légèrement derrière les candidats de Chega et du PS, le libéral João Cotrim de Figueiredo, 64 ans, attire environ 19 % des intentions de vote. Ce cadre supérieur et entrepreneur de profession bénéficie du soutien du parti Iniciativa Liberal. Il est actuellement député au Parlement européen, où il siège dans le groupe Renew Europe.
João Cotrim de Figueiredo concourt avec l’ambition de « construire un Portugal moderne » apte à affronter « les défis géopolitiques, les réformes du projet européen et les mutations technologiques avec optimisme ». Cette idée est centrée sur « trois C » que le candidat juge essentielle : culture, connaissance et croissance.
Sur l’échiquier centre droit, sa candidature fait presque double emploi avec celle de Luís Marques Mendes, 68 ans. Cette figure historique du PSD – la formation politique de l’actuel Premier ministre Luís Montenegro – rassemble moins de 15 % des intentions de vote.
Henrique Gouveia e Melo, amiral et héros du Covid
Autre candidature surveillée de près, celle de l’amiral à la retraite Henrique Gouveia e Melo, 65 ans. Cet ancien chef d’état-major de la Marine (2021-2024), longtemps donné favori (24 % en novembre 2025), oscille désormais entre 15 et 16 % dans les sondages à l’approche du scrutin. « Almirante » (amiral), comme on le surnomme au Portugal, s’est révélé au grand public durant la pandémie de Covid-19 en coordonnant l’équipe responsable de la campagne de vaccination. Son leadership et son efficacité, salués à l’international, lui ont valu une grande popularité.
Ce géant de 1,93 m, qui avait pourtant promis qu’il ne ferait jamais de politique, se dit au-dessus de la mêlée de la politique partisane, à l’image des militaires qui ont dirigé la transition démocratique au Portugal après la révolution des Œillets. « L’équilibre se trouve au centre », assurait il y a quelques mois celui qui veut lutter contre « les dérives extrémistes », notamment celles de Chega. Certains le voient comme un sauveur, tandis que d’autres y reconnaissent le désir portugais d’ordre et d’autorité. Lui insiste sur la nécessité de moderniser un Portugal qui stagne depuis trop longtemps à ses yeux.

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