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Chasseurs alpins et forces spéciales : l’élite française du « grand froid » déployée au Groenland

Chasseurs alpins et forces spéciales : l’élite française du « grand froid » déployée au Groenland

Face aux revendications américaines sur le Groenland, la France a dépêché des spécialistes aguerris pour participer à l’opération danoise Endurance Arctique. Un déploiement limité mais symbolique, destiné à affirmer la solidarité européenne et la souveraineté du territoire.

Alors que Donald Trump répète sur Truth Social que les États-Unis « ont besoin du Groenland pour des raisons de sécurité nationale », plusieurs pays européens, dont la France, déploient un contingent militaire limité sur cette île autonome danoise. L’opération, baptisée Endurance Arctique, lancée souverainement par le Danemark hors cadre Otan, vise officiellement à entraîner des troupes dans des conditions polaires extrêmes. Mais elle envoie surtout un signal clair à Washington : l’Europe ne laissera pas passer une remise en cause de la souveraineté danoise sans réagir.

Dès mercredi 14 janvier, une vingtaine de militaires européens ont atterri à bord de deux C-130 Hercules danois. Côté français, une première équipe de cinq chasseurs alpins a rejoint le groupe, complétée par une quinzaine d’hommes déjà sur place à Nuuk, la capitale. L’ambassadeur des pôles et des océans, Olivier Poivre d’Arvor, a confirmé sur France Info qu’il s’agit d’« une reconnaissance pour voir quels sont les besoins et le matériel que nous enverrons pour l’exercice ». Emmanuel Macron a, de son côté, officialisé le tout sur X dans la nuit du 14 au 15 janvier : « À la demande du Danemark, j’ai décidé que la France participera aux exercices conjoints organisés par le Danemark au Groenland, l’Opération Endurance Arctique. De premiers éléments militaires français sont d’ores et déjà en chemin. D’autres suivront ».

Des spécialistes aguerris au grand froid

La France puise dans ses unités les plus expérimentées pour ce type de milieu. Sur les quelque 8 000 militaires français formés au « grand froid », la majeure partie, environ 6 500, appartient à la 27e brigade d’infanterie de montagne, basée à Varces (Isère), célèbre pour ses chasseurs alpins. Le reste se répartit surtout dans les forces spéciales des trois armées. L’armée de terre dispose en outre du Groupe militaire de haute montagne (GMHM) de Chamonix, experts en opérations extrêmes en altitude et en froid polaire, détaille La Tribune dimanche.

Cette expertise n’est pas récente. L’armée française s’est dotée en 2022 d’une doctrine dédiée « grand froid », ce qui la place parmi les rares armées occidentales au niveau des Norvégiens et Suédois, considérés comme références mondiales. Le colonel Gaëtan Dubois, commandant de l’École militaire de haute montagne (la plus ancienne au monde), souligne à nos confrères que « les capacités opérationnelles de la France à opérer dans des conditions polaires sont reconnues au niveau international ».

L’expertise terrestre est complétée par des missions polaires de la marine et de l’armée de l’air : le porte-avions Charles-de-Gaulle a franchi le cercle polaire en 2010, tandis que l’A400M achève sa qualification sur pistes sommaires glacées et enneigées ; des essais ont eu lieu au Groenland même en mars dernier, selon le lieutenant-colonel François-Xavier, pilote d’A400M au Centre d’expertise aérienne militaire.

Un renforcement progressif et des soutiens multiples

Le détachement initial français, une quinzaine puis probablement une trentaine de spécialistes haute montagne et grand froid, sera renforcé « dans les prochains jours » par des moyens terrestres, aériens et maritimes, à l’intérieur et autour du Groenland. Samedi 17 janvier, des chasseurs F-35 danois en mission opérationnelle ont déjà bénéficié du soutien d’avions ravitailleurs français.

D’autres nations participent : l’Allemagne déploie 13 soldats en équipe de reconnaissance arrivée en A400M à Nuuk, avec pour objectif d’« explorer le cadre d’éventuelles contributions militaires pour aider le Danemark à garantir la sécurité dans la région, par exemple en matière de capacités de surveillance maritime ». La Suède, la Norvège, la Finlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni envoient également des effectifs limités. Une source au sein des armées françaises résume l’enjeu au journaliste de La Tribune dimanche : « La France envoie un message de solidarité stratégique vis-à-vis du Groenland et du Danemark qui vise à complexifier les décisions de Donald Trump ».

Le Groenland, à seulement 4 h 30 d’avion de la base d’Istres où Emmanuel Macron a prononcé ses vœux aux armées le 15 janvier, reste au cœur d’un « désaccord fondamental » entre Copenhague et Washington, comme l’ont reconnu le ministre danois des Affaires étrangères Lars Lokke Rasmussen et son homologue groenlandais Vivian Motzfeldt après leur rencontre à la Maison-Blanche.

L’exercice, décidé dans l’urgence par le Danemark, reste avant tout un exercice de réassurance collective face aux pressions américaines, sans escalade déclarée mais avec une ferme présence européenne sur le terrain glacé.