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Capture de Maduro : une stratégie élaborée en cours de route par Trump

Capture de Maduro : une stratégie élaborée en cours de route par Trump

On appelait ça les « guerres des bananes », avec des interventions américaines dans les Caraïbes et en Amérique centrale, des débuts du XXᵉ siècle jusqu’au coup d’État contre Jacobo Arbenz en 1954 au Guatemala. La justification des interventions américaines, ouvertes ou clandestines, est devenue ensuite plus idéologique avec l’apparition de gouvernements proches de l’Union soviétique, puis s’est aussi liée au trafic de drogue, comme lors de l’opération « Juste cause » à Panama en décembre 1989 et de l’arrestation de Manuel Noriega.

Après une pause, la doctrine Monroe, assaisonnée de jacksonisme, revient en force avec l’opération actuelle « Lance du Sud » (Southern Spear), qui présente de nombreuses analogies avec « Juste cause » et s’inscrit pleinement dans la nouvelle ère stratégique internationale, commencée il y a une dizaine d’années, marquée par le jeu des puissances et des guerres à leur périphérie.

Le Venezuela, une cible évidente

Exit le « nouvel ordre mondial » par entente du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU) et la police du monde au nom – parfois dévoyé – du droit international ; bienvenue aux sphères d’influence et aux punitions des voisins indociles, avec un emploi décomplexé de la force armée.

Le Venezuela de Nicolas Maduro, déjà surveillé, sous blocus et avec la tête de son dirigeant mise à prix, était une cible évidente de la nouvelle politique américaine. Petit problème : Donald Trump n’a pas le droit de lancer une guerre de sa propre initiative, hors menace immédiate, contre des citoyens américains et hors des Authorizations for Use of Military Force (AUMF) octroyées par le Congrès en 2001 et 2002, sans limite de temps, pour lutter contre Al-Qaïda et les groupes affiliés. Qu’à cela ne tienne : il suffit d’expliquer que le régime de Nicolas Maduro – inculpé de narcotrafic par la première administration Trump – est lié au trafic de drogue, et cela devient une mission de police.

Le problème est que les missions de police, contrairement aux opérations de guerre, souffrent de nombreuses contraintes légales dans l’emploi de la force. On imagine donc le concept de « narcoterrorisme », qui ne veut pas dire grand-chose mais permet d’intégrer des cartels nommément désignés comme le Cartel de los Soles et le Tren de Aragua, groupes criminels vénézuéliens sur la liste des organisations terroristes étrangères, et de pouvoir les attaquer comme Al-Qaïda ou l’État islamique.

Dans les faits, cela aboutit à ce que le président Trump peut employer les forces armées et le droit de la guerre pour ce qu’il veut, y compris pour des missions de police extérieures et même internes, du moment qu’il est question de « menace vitale » ou de terrorisme.

L’art trumpien de la guerre

On revient donc aux bons vieux changements de régime par la force, malgré les mauvaises expériences afghane et irakienne. Mais comment faire alors qu’on ne veut justement pas renouveler ces bourbiers ? À cet égard, l’art trumpien de la guerre depuis 2017 est erratique mais prudent, procédant surtout par des frappes punitives, comme en Syrie en 2018, ciblées comme pour l’élimination de Qassem Soleimani en 2020, ou sur des sites nucléaires iraniens en juin dernier. Elles peuvent aussi se révéler plus massives, d’usure, comme pour la guerre contre les houthis au Yémen au premier semestre 2025.

C’est pratique et sans risques pour les Américains, mais les effets sont souvent limités et surtout provisoires. Plus exceptionnellement, car plus risqué, Donald Trump a également accepté des raids terrestres lorsque des frappes aériennes n’étaient pas possibles ou trop incertaines, comme pour l’élimination d’Abou Bakr al-Baghdadi, leader de l’État islamique, en octobre 2019. Pour le reste, et pour l’instant du moins, il n’a jamais été question d’invasion terrestre.

Les Américains ont donc réuni, dans les Caraïbes, une force de raids et de frappes avec un groupe aéronaval, un groupe de surface, un groupe amphibie avec un bataillon de Marines héliportable ou débarquable, plusieurs escadrons de bombardement de l’US Air Force à Porto Rico et en Louisiane, et enfin, un groupement de forces spéciales, en partie embarqué et en partie sur le territoire vénézuélien.

Une fois les moyens réunis, ce n’est qu’en cours de route que s’est élaborée une stratégie. On a commencé par détruire les embarcations de trafiquants, pour s’apercevoir que cela ne suffirait pas. Puis les Américains ont renforcé le blocus du Venezuela en s’attaquant aux navires fantômes pétroliers et ont même commencé ensuite à frapper les installations portuaires. Le but était peut-être de provoquer une insurrection, qui n’est jamais venue.

Donald Trump, acculé sur plusieurs fronts intérieurs, a finalement choisi un peu d’audace en acceptant un raid héliporté de « forces de l’ordre » (pour conserver le caractère policier de l’affaire) sur le palais présidentiel, pour capturer Nicolas Maduro. Le raid, une opération infiniment plus risquée que de simples frappes aériennes, a finalement réussi, et on ne peut que s’étonner au passage de la faiblesse de la protection de Maduro.

Donald Trump a sa victoire, comme son prédécesseur George H. W. Bush avec Noriega en janvier 1990. Comme Bush à l’époque, il dispose même d’une solution politique légitime de rechange, en l’occurrence avec Edmundo Gonzalez Urrutia, reconnu vainqueur par plusieurs pays, dont les États-Unis, des élections présidentielles de juillet 2025. Reste à savoir comment la situation politique va évoluer sur place, entre chaos et retour à une stabilité démocratique.