Pour préserver l’effet de surprise, les forces américaines ont dû planifier pendant des mois un ballet millimétré.
L’enlèvement n’a duré que quelques dizaines de minutes, et l’opération dans son ensemble, 2 heures et 28 minutes. Guère plus qu’un film à rebondissements. Au-delà de son illégalité flagrante et du nouveau dynamitage des règles internationales qu’elle incarne, la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro par les États-Unis est, sur le plan militaire, un modèle du genre. Préparée de longue date, initialement prévue pour avoir lieu en décembre, l’opération « Absolute Resolve » (détermination absolue) a été plusieurs fois repoussée en raison de la météo, notamment à trois reprises entre le 29 décembre et le 2 janvier.
« Durant les semaines de Noël et du jour de l’an, nos militaires attendaient, patiemment, que toutes les conditions soient réunies », a expliqué le général Dan Caine, le chef d’état-major des armées américain, lors d’une conférence de presse samedi 3 janvier. Il fallait notamment confirmer que la cible dormait bien dans sa forteresse, Nicolas Maduro ayant pris l’habitude d’alterner entre six à huit lieux de résidence, pour brouiller les pistes.
Une nuée d’hélicoptères
Ce n’est ainsi le 2 janvier dans la soirée que le Pentagone a jugé la situation satisfaisante et que le président Donald Trump a pu donner son feu vert final, depuis son club de Mar-a-Lago, à Palm Beach (Floride). Dès le sésame présidentiel obtenu, des chasseurs, des bombardiers, des drones, des avions-radars et des avions ravitailleurs décollent des bases américaines dans la région et des porte-avions pour foncer vers le Venezuela.
Au total, plus de 150 appareils ont été mobilisés pour cette mission. En parallèle, une nuée d’hélicoptères est préparée sur les navires porte-hélicoptères, déployés par l’US Navy au large de la capitale vénézuélienne Caracas. À leurs côtés, un groupe aéronaval constitué autour du porte-avions géant USS Gerald R. Ford (avec ses 332 mètres, il est plus long que la tour Eiffel n’est haute) et de dizaines d’autres navires.
Une soixantaine de missiles de croisière
Les hélicoptères décollent et volent à une trentaine de mètres au-dessus des vagues pour éviter d’être détectés. À leur bord, des commandos de la Delta Force, unité d’élite de l’armée de terre américaine, spécialisée dans le contre-terrorisme. Cela correspond à la qualification officielle de l’opération par l’administration Trump, Maduro étant qualifié de narcoterroriste et ayant été remis après son enlèvement à des agents de la DEA, l’administration dédiée à la lutte contre le trafic de drogue.
Alors que les avions et hélicoptères sont en vol, des croiseurs et peut-être des sous-marins tirent une soixantaine de missiles de croisière Tomahawk vers des dizaines d’objectifs militaires. Le but : détruire les défenses aériennes de conception soviétique dans la région de Caracas, notamment les batteries S-300VM d’une portée de 200 kilomètres, les SA17 Buk de moyenne portée, redoutées car très mobiles, et les batteries plus anciennes S-125 de courte portée.
Sus aux Su-30
Vers 1 h 55 du matin, les premières explosions retentissent à Caracas et dans sa région élargie, frappant par exemple l’aéroport Higuerote, à une centaine de kilomètres. Le réseau électrique est coupé par l’armée américaine ou par la CIA, via une opération classique ou cyber, et la ville est plongée dans l’obscurité totale à l’exception des flashes des explosions.
Au même moment, des chasseurs furtifs F-35 du corps des Marines mettent hors d’état de vol les deux escadrons de chasseurs Su-30, ainsi que les chasseurs F-16 achetés dans les années 1980 à Washington, et frappent leurs infrastructures, assurant aux États-Unis la domination de l’espace aérien. L’ensemble est minutieusement orchestré entre 1 h 55 et 2 h 00 afin que les missiles frappent leurs cibles quelques instants avant l’arrivée sur zone des hélicoptères, pour maximiser l’effet de surprise, l’une des assurances-vie des commandos.
Des Black Hawk modifiés
Les vidéos tournées par des témoins à Caracas semblent montrer des hélicoptères Black Hawk, probablement modifiés pour être plus furtifs et protégés que ceux de série – comme ceux utilisés lors de l’assassinat d’Oussama Ben Laden en 2011 au Pakistan – et des hélicoptères de transport lourd à double rotor Chinook. Après avoir franchi les quelques reliefs séparant la côte de la ville de Caracas – et qui les ont protégés de la détection radar -, ils filent à travers la ville et déposent leurs commandos qui lancent l’attaque sur la résidence de Nicolas Maduro à 2 h 01.
Les forces d’assaut sont immédiatement prises pour cible par les défenseurs de la « forteresse », mais poursuivent leur progression. Un hélicoptère est touché mais reste opérationnel. La défense aérienne semble avoir peu ou pas du tout réagi, ce qui pourrait être le signe d’une coopération de certains responsables vénézuéliens avec les forces américaines.
« Comme une série télévisée »
Flanqué du directeur de la CIA John Ratcliffe, du secrétaire à la Défense Pete Hegseth et du secrétaire d’État Marco Rubio, Donald Trump regarde l’opération en direct et en vidéo, « comme une série télévisée », a-t-il confié ensuite, saluant « la rapidité et la violence » de ses soldats. Alors que l’opération bat son plein, le président et son entourage commencent à prévenir quelques élus du Congrès, entre deux visionnages – sur un écran dédié aux réseaux sociaux – de vidéos publiées sur X par des témoins sur place.
Sur le terrain, la progression est fulgurante. Les membres de la Delta Force franchissent des portes en acier et atteignent la chambre à coucher du président et de sa femme. Comme lors de l’opération destinée à assassiner Oussama Ben Laden en 2011, une réplique exacte de la résidence de Nicolas Maduro a été construite aux États-Unis pour permettre l’entraînement des commandos. Les renseignements fournis par les taupes de la CIA permettent d’en connaître tous les recoins.
32 Cubains tués
Comprenant qu’il est attaqué, le président vénézuélien fonce vers une pièce sécurisée. Il atteint la porte mais ne parvient pas à la fermer, selon Donald Trump. Il est toutefois possible que le dirigeant Vénézuélien ait choisi de se rendre pour rester en vie. Quoi qu’il en soit, il est capturé, avec sa femme. Vers 4 h 20 du matin, un hélicoptère les exfiltre vers l’USS Iwo Jima, un navire d’assaut amphibie capable d’emporter une quarantaine d’hélicoptères. La désormais célèbre photo montrant Nicolas Maduro en sweat gris, portant un masque noir et un casque anti-bruit, est prise à bord de ce navire. Le couple transite ensuite par Guantanamo, d’où il est envoyé en avion vers New York.
Les forces états-uniennes déplorent « une poignée » de blessés selon le Pentagone, alors qu’une « grande partie de l’équipe de sécurité de Maduro a été tuée, ainsi que des soldats et des civils », selon le gouvernement vénézuélien. De son côté, le gouvernement cubain a annoncé lundi 5 janvier le décès de 32 de ses ressortissants qui faisaient partie de la garde personnelle de Nicolas Maduro.
Si l’opération états-unienne semble parfaitement réussie, elle a été menée face à un ennemi largement inférieur sur le plan technologique et ne constitue pas un affrontement massif contre l’armée vénézuélienne, qui resterait un adversaire coriace en cas de confrontation terrestre, notamment en zone urbaine. Au-delà de l’arrestation du président vénézuélien, cette opération « Absolute Resolve » sert d’avertissement aux autres responsables vénézuéliens et sud-américains qui seraient tentés de contester la domination américaine sur le continent.

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