LETTRE D’ALGER. En misant sur le gaz, le pétrole et la coopération sécuritaire, Alger renoue avec le Niger et le Burkina Faso et envisage un rapprochement avec le Mali. Une stratégie pour redevenir un acteur clé dans un Sahel en recomposition.
Alger renoue graduellement avec le Sahel avec une période de crise avec le Mali, le Niger et le Burkina Faso. Les 15 et 16 février, le général Abdourahamane Tiani, qui a pris le pouvoir en juillet 2023 au Niger, a été l’hôte du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Lors de cette visite, ce dernier a annoncé le lancement du tronçon du gazoduc transsaharien (TSGP) traversant le Niger, juste après le mois de Ramadan. « [La société des hydrocarbures algérienne] Sonatrach prendra les choses en main et entamera l’installation du pipeline traversant le Niger », a déclaré le chef d’État algérien.
Le gazoduc transsaharien devra transporter, sur une distance de 4 000 km, le gaz nigérian vers les ports algériens pour l’exporter vers l’Europe du Sud via des tankers ou via le gazoduc Transmed. Avant la visite de l’homme fort de Niamey à Alger, le ministre algérien des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab s’était rendu, fin janvier, au Niger pour relancer la coopération énergétique entre les deux pays, notamment l’exploitation du champ pétrolier de Kafra situé au nord du Niger. Renouvelé en février 2022, le permis d’exploitation est partagé entre les deux États. La phase d’exploration est toujours en cours.
Le ministre nigérien de la Défense, le général Salifou Modi, était également dans la délégation du général Tiani pour relancer la coopération dans la lutte antiterroriste et examiner la possibilité de réactiver l’accord entre Alger et Niamey, datant de 2023, sur les patrouilles conjointes aux frontières et la coordination opérationnelle. Le second axe du renouement avec les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) se concentre sur le Burkina Faso avec la visite à Ouagadougou, la semaine dernière, du ministre des Hydrocarbures et des Mines algérien, Mohamed Arkab, et celui de l’Énergie Mourad Adjal.
Possible rapprochement avec le Mali
Un important protocole de coopération dans les domaines des hydrocarbures, des mines et de l’électricité a été signé à cette occasion. Il comprend l’approvisionnement du Burkina Faso en produits pétroliers, le développement de la coopération dans le domaine du gaz naturel liquéfié (GNL), le renforcement des capacités de stockage et de distribution ainsi que l’élargissement du partenariat dans le secteur de l’électricité à travers l’accompagnement de la compagnie d’électricité du pays dans des projets de production, de transport, de distribution, de maintenance et d’équipement.
Ces derniers développements laissent à penser qu’Alger lancera prochainement une initiative de rapprochement avec Mali, avec qui la brouille avait atteint des degrés de tension inédits. Isolé et faisant face à une montée du djihadisme, Bamako semble disposé à renouer avec son voisin du nord afin de sécuriser aussi bien ses frontières que ses besoins énergétiques.
Plus globalement, comme le souligne l’éditorialiste Othmane Lahiani, « l’Algérie ne doit pas attendre que le Sahel vienne à elle ; elle doit s’y impliquer activement, forte de son poids politique et régional, et s’engager pleinement dans la région, surtout compte tenu du contexte régional critique actuel et des bouleversements profonds et potentiellement désastreux du paysage géopolitique et des alliances qui déterminent l’avenir du désert et des conflits ».

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