Le cyclone Gezani a ravagé l’est de Madagascar : 59 morts, une grande ville défigurée, 151 millions de dollars nécessaires pour reconstruire.
La violence avec laquelle le cyclone Gezani a frappé de plein fouet, le 10 février, la deuxième ville de Madagascar est inouï. De catégorie 5, le mur du cyclone a touché la ville côtière de Toamasina en début de soirée et jusqu’au petit matin des rafales allant jusqu’à 250 km ont semé la destruction.
Au moins 59 personnes ont péri et 15 sont portées disparues, selon un bilan publié le 16 février par le Bureau national de gestion des risques et catastrophes (BNGRC). La plupart des victimes ont été recensées dans la ville de Toamasina, qui compte environ 400 000 habitants, et dans la région d’Atsinanana. Plus de 800 habitants ont été blessés et 16 000 ont été contraints de quitter leurs foyers. Le BNGRC évalue à plus de 420 000 le nombre de sinistrés.
Selon le Centre météorologique régional spécialisé (CMRS) de l’île de La Réunion, « il pourrait s’agir de l’un des impacts directs les plus intenses de l’ère satellitaire sur le secteur de Tamatave (l’ancien nom français de la ville toujours très utilisé par la population en malgache) rivalisant probablement avec Geralda ». En février 1994, le cyclone avait fait au moins 200 morts et 500 000 sinistrés. Lors du passage de Gezani, le niveau de la mer est fortement monté, combiné avec des trombes d’eau, une grande partie de la ville a été inondée. Certaines habitations se sont effondrées, La plupart des toitures, en tuiles ou en tôles, ont été arrachées, des arbres déracinés, les lignes électriques jetées à terre.
Les principales infrastructures ont été lourdement impactées, laissant une population démunie, la plupart sans toit ni vivres. « Les autorités ont indiqué que 80 % de la ville a été endommagée. La ville fonctionne avec environ 5 % de son approvisionnement en électricité et il n’y a pas d’eau », a déclaré Tania Goosens, représentante du Programme alimentaire mondial (PAM) à Madagascar, lors d’un point de presse de l’ONU à Genève. Elle a aussi révélé que leur bureau et un entrepôt sur place avaient été complètement détruits. Les activités portuaires tournent au ralenti. Le secteur privé est à terre, avec de nombreux entrepôts détruits, des usines hors d’état de fonctionner, des magasins dévastés et des marchandises perdues, paralysant la reprise des activités. Les deux hôpitaux du chef-lieu, qui ont subi de gros dommages, peinent à reprendre leurs activités, tout comme les centres de santé de base. De nombreuses salles de classe ont également été endommagées ou détruites.
L’inflation opportuniste
Les habitants déjà en grande difficulté doivent faire face à l’envolée des prix. Les tôles, le bois, les clous et autres fournitures nécessaires à la reconstruction ont vu leurs prix multipliés par trois ou quatre. « Profitant de la pénurie et de la forte demande, certaines personnes qui ont les moyens achètent des stocks en grande quantité à bas prix pour les revendre ensuite à des prix exorbitants », dénoncent des présidents de fokontany (chefs de quartiers) dans la commune urbaine de Toamasina, rapporte le journal L’Express de Madagascar. Le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo a lancé un avertissement aux spéculateurs : « Même si d’autres urgences existent, les poursuites contre les profiteurs seront engagées sans hésitation. » Les denrées alimentaires de base comme le riz et l’huile ont vu aussi leur prix augmenter depuis le passage du cyclone.
Avant même l’arrivée du cyclone, les autorités malgaches se sont mobilisées. Le colonel Michaël Randrianirina, qui assure la présidence depuis la prise de pouvoir par les militaires, s’était rendu préventivement à Toamasina pour témoigner son soutien à la population. Le voilà confronté à une catastrophe majeure, après seulement quatre mois à la tête d’un pays déjà exsangue.
Appel à la solidarité nationale et à l’aide internationale
Dès le 12 février, le gouvernement malgache a déclaré l’état de sinistre national et lancé un appel à la solidarité internationale. Le BNGRC a procédé, le 17 février, à une importante opération de distribution de vivres et de produits de première nécessité (2 150 kg de riz et 2 150 kg de légumineuses et 2 976 morceaux de savon) au profit des ménages les plus touchés. Outre l’appui étatique, cette opération a été soutenue aussi par les contributions de divers bienfaiteurs locaux.
Le BNGRC a lui reçu le soutien de la Commission de l’océan Indien avec un appui matériel d’urgence d’une valeur de 230 000 euros, afin de renforcer ses capacités d’intervention. Il s’agit d’équipements informatiques (ordinateurs, serveurs Nas, systèmes de visioconférence et smartphones robustes pour assurer le suivi des secours), d’un bateau rapide type vedette, entre autres.
Les agences onusiennes confrontées au manque d’argent
De « graves contraintes financières » limitent la capacité des agences humanitaires à intervenir à grande échelle sur cette île déjà fragilisée par des crises climatiques et alimentaires récurrentes. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), sa capacité d’intervention est « fortement limitée » en raison de la baisse des financements et de l’absence de stocks alimentaires au-delà d’une première réponse d’urgence. « Outre les mesures anticipatives et des interventions rapides déjà prévues, aucun financement n’est disponible pour faire face au cyclone », a déploré le 16 février l’agence onusienne. Il manque 18,3 millions de dollars au PAM pour ses opérations d’urgence dans le pays au cours des six prochains mois. « Une intervention en espèces est essentielle pour apporter une aide rapide à grande échelle, rétablir le pouvoir d’achat des ménages touchés et stimuler les marchés locaux », insiste le PAM.
De son côté, la Banque mondiale a annoncé le déblocage immédiat de 37 millions de dollars. Cette enveloppe vise à assister en priorité près de quarante mille ménages impactés par les cyclones Gezani et Fytia, qui a lui frappé l’ouest de Madagascar le 31 janvier. Le représentant résident de la Banque mondiale, Atou Seck, s’est rendu à Tamatave en début de semaine, pour une évaluation des besoins et assurer aux autorités locales de l’engagement de la Banque mondiale à « faire le maximum » pour soutenir les victimes.
La Chine a offert à Madagascar une « aide non remboursable de 100 millions de yuans », soit environ 12 millions d’euros. L’aide de la France s’organise à partir de La Réunion. Sous l’autorité du préfet de La Réunion et avec le soutien du ministère des Armées, un premier transport par avion de vivres, accompagné de sauveteurs et de sapeurs-sauveteurs et des sapeurs-pompiers en mission de reconnaissance a été effectué.
Le PIROI Center de la Croix-Rouge française à La Réunion prépare 30 tonnes de matériels de secours qui embarqueront sur un bateau d’ici la fin de la semaine. Il s’agit de matériel pour traiter l’eau, de bâches, de kits de réparation de toitures et de kits de cuisine pour les familles ayant tout perdu. « Cela ne suffira pas, il faudra augmenter l’aide dans les prochains jours », prévient Eric Sam Vah, directeur du Piroi Center – Croix-Rouge française, qui a lancé un appel aux dons.
EDF (Réunion) déploie aussi une mission d’expertise technique à Tamatave, à la demande de Madagascar, afin d’évaluer les besoins de Jirama, la société publique d’électricité malgache, pour la remise en service des infrastructures électriques endommagées. Enfin, d’autres sapeurs-pompiers de différentes régions de France devraient arriver dans les prochains jours.
Triste constat
« L’ampleur des dégâts dépasse la capacité du gouvernement », reconnaît le Premier ministre, Herintsalama Rajaonarivelo, qui a promis la plus grande transparence dans la gestion des aides. D’après le BNGRC, le budget nécessaire aux réponses cycloniques se chiffre à 151 millions de dollars.

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