L’île de Kharg se situe dans le nord du golfe Persique, à 25 km des côtes iraniennes et à 200 de celles de l’Irak ou du Koweït. Malgré sa petite taille, elle constitue le principal terminal pétrolier de l’Iran. La majorité des exportations de brut du pays y transitent via un ensemble de terminaux, de grands réservoirs et d’installations portuaires reliés aux champs pétroliers du sud-ouest du pays.
C’est donc un « centre de gravité économique » indispensable au fonctionnement du système, et par voie de conséquence une cible privilégiée pour les ennemis de la République islamique. Pendant la guerre de 1980-1988, les Irakiens s’y sont essayés, en bombardant l’île pendant des années, mais sans avoir la capacité ni de s’en emparer ni, au bout du compte, d’interdire le trafic.
La question revient au premier plan alors que les États-Unis et Israël ont engagé une campagne de frappes contre la République islamique afin, au minimum, de détruire son programme nucléaire et ses capacités de frappe dans la région et, au mieux, de renverser ou soumettre définitivement son régime.
Accélérateur de l’histoire
Cette campagne a suscité en retour une campagne de frappes par missiles et drones qui s’est étendue à tous les pays de la région et une prise de contrôle de la navigation dans le détroit d’Ormuz avec tous les moyens anti-accès – vedettes rapides, drones navals et aériens, mines, missiles antinavires – dont l’Iran dispose. C’est une guerre de coups difficile à tenir militairement, économiquement et donc politiquement, au-delà de quelques mois, pour les deux camps. Et c’est là qu’intervient l’idée de la conquête de Kharg, comme accélérateur de l’histoire.
La destruction complète des installations de l’île de Kharg serait un coup dur porté à l’Iran sur de longues années, mais sans doute trop déstabilisant. Sa saisie par les forces américaines permettrait en revanche de contribuer à l’étouffement économique de l’ennemi sans engager l’avenir du pays, de disposer d’un gage en vue d’éventuelles négociations, mais aussi de réaliser un coup d’éclat audacieux.
Ce n’est pas évident, car l’île est forcément bien défendue par une garnison d’un millier de soldats, dont la moitié est consacrée à la défense aérienne, dotée de batteries de tirs à courte et moyenne portée, et qu’elle se trouve dans l’enveloppe lointaine des défenses côtières de la 2e base de la marine iranienne à Bouchehr.
Une supériorité aérienne établie
S’emparer de l’île commencerait donc par la neutralisation et, si possible, la destruction de ces défenses par des frappes aériennes, avec peut-être l’emploi nouveau d’hélicoptères et d’avions d’attaque AH-64 et A-10 depuis le Koweït, dont le général Dan Caine vient d’annoncer la possibilité d’emploi, maintenant que la supériorité aérienne est établie. Cette phase de neutralisation peut durer plusieurs jours et même plusieurs semaines pour se terminer quelques minutes seulement avant l’assaut, très probablement héliporté et de nuit.
La taille minimale pour s’emparer d’un objectif de cette importance est le bataillon d’infanterie. La 31e Marine Expeditionary Unit (MEU), qui arrive avec le groupe amphibie Tripoli, est parfaitement taillée pour ce genre de mission. Cela pourrait cependant être aussi bien un bataillon de Rangers, l’infanterie légère d’élite intégrée aux forces spéciales américaines, ou même n’importe quel bataillon d’assaut par air des 82e ou 101e divisions, à condition, bien sûr, qu’ils soient déjà déployés, très certainement au Koweït.
Un groupement d’assaut héliporté a un rayon d’action moyen de 300 km. Il faudra donc que le départ de l’action soit relativement proche de l’île de Kharg, depuis le Koweït s’il s’agit de l’US Army, ou d’une base temporaire sur la côte pour la 31e MEU en provenance du golfe d’Oman.
Une campagne de plusieurs jours
Cette base temporaire sert essentiellement à la mise en place des deux vagues d’assaut et aux pleins de carburant. Si la 31e MEU était engagée, elle serait partagée en deux vagues d’assaut avec 300 fantassins de trois compagnies dans la première, portée par 20 à 25 hélicoptères lourds CH-53 ou appareils hybrides MV-22 Osprey, escorté par 4 à 6 hélicoptères d’attaque AH-1 et précédée par l’escadrille de F-35B à décollage vertical dans une dernière séquence de frappes.
Les trois compagnies de Marines seraient déposées de nuit au centre de l’île avant de s’emparer de la piste aérienne au nord-est, des infrastructures au nord-ouest et des infrastructures pétrolières au sud. Pendant ce temps, Osprey et CH-53 iraient récupérer la deuxième vague plus lourdement équipée et si besoin un bataillon de l’US Army.
La phase de conquête, qui pourrait prendre plusieurs jours, ne sera pas encore terminée que les défenses antidrones et antinavire devront être mises en place, car après il faudra résister au harcèlement iranien qui ne manquera pas de survenir. Au bout du compte, si les Américains acceptent les risques inhérents à ce type d’opération, car il y aura forcément des pertes (même réduites), rien ne pourra les empêcher de s’emparer de l’île de Kharg, et ce sera leur premier grand succès tactique dans cette guerre.
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