En ciblant Susan Rice, Trump s’invite dans la guerre Netflix-Paramount pour Warner Bros. Preuve que les mégafusions se décident aussi sous l’influence de la politique.
Si vous suivez de près les figures conservatrices influentes sur les réseaux sociaux américains, vous voyez comment certains sujets remontent, en quelques heures parfois, des marges numériques jusqu’aux grandes chaînes d’information… avant d’atterrir dans un message présidentiel.
Dernier exemple en date : samedi 21 février, Donald Trump a publié sur Truth Social un message exigeant que Netflix destitue Susan Rice de son conseil d’administration. Le président américain a écrit : « Netflix devrait renvoyer la raciste Susan Rice, dérangée par Trump, IMMÉDIATEMENT, ou en payer les conséquences. Elle n’a ni talent ni compétences, c’est uniquement une opportuniste politique ! »
Derrière l’invective, une mécanique bien huilée. Et derrière la mécanique, un enjeu industriel colossal à plusieurs milliards de dollars.
Une bataille à 72 milliards de dollars
Car l’intervention présidentielle ne tombe pas du ciel. Elle survient au moment précis où Netflix tente de racheter, pour 72 milliards de dollars, les studios et la plateforme HBO Max du groupe Warner Bros. Discovery. Une opération stratégique qui doit encore recevoir le feu vert du département américain de la Justice au titre du contrôle antitrust, souligne le Financial Times.
Dans le même temps, Paramount Global, soutenu par Skydance et dirigé par David Ellison, mène une offre concurrente valorisée à 77,9 milliards de dollars sur l’ensemble de Warner, y compris ses chaînes câblées comme CNN ou TNT. Paramount assure avoir franchi une étape clé de l’examen antitrust, renforçant sa crédibilité dans la course.
Autrement dit, l’avenir de l’un des plus grands groupes audiovisuels américains se joue à Washington. Et dans ce type de partie d’échecs, le climat politique compte presque autant que les chiffres. C’est précisément là que Susan Rice entre en scène.
« Trump n’est pas populaire »
Invitée du podcast « Stay Tuned with Preet », animé par l’ancien procureur fédéral Preet Bharara, Susan Rice a mis en garde les entreprises qui, selon elle, se seraient « agenouillées » devant Donald Trump. Elle a déclaré, le 19 février : « Ceux qui ont décidé d’agir dans ce qu’ils percevaient comme leur intérêt très étroit, et je souligne : un intérêt à très court terme et de s’agenouiller devant Trump commencent, je pense, à se rendre compte : “Attendez une minute, ce n’est pas populaire. Trump n’est pas populaire.” »
Puis elle a ajouté : « Si ces entreprises pensent que les démocrates, lorsqu’ils reviendront au pouvoir, vont, vous savez, jouer selon les anciennes règles et dire : “Oh, finalement, peu importe. Nous vous pardonnerons pour toutes les personnes que vous avez licenciées, toutes les politiques et tous les principes que vous avez violés, toutes les lois que vous avez contournées.” Je pense qu’ils vont avoir une mauvaise surprise. »
Ses propos ne visaient pas explicitement Netflix ni sa stratégie de fusion. Mais dans une Amérique hyperpolarisée, la nuance se dissout vite. Dans certains cercles conservateurs, ces déclarations ont été interprétées comme une menace directe envers les entreprises jugées trop accommodantes avec l’administration Trump.
Qui est Susan Rice ?
Pour comprendre l’intensité de l’attaque, encore faut-il mesurer le profil de la cible. Âgée de 61 ans, Susan Rice est une figure majeure de la diplomatie démocrate. Ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies de 2009 à 2013, elle devient ensuite conseillère à la sécurité nationale du président Barack Obama, au cœur des grandes crises internationales du second mandat.
En 2021, elle rejoint la Maison-Blanche de Joe Biden comme directrice du Domestic Policy Council, où elle supervise des dossiers liés à la santé, à l’immigration et aux politiques d’équité, rappelle le Financial Times.
Elle a siégé au conseil d’administration de Netflix de 2018 à 2020 avant d’y être reconduite en 2023. Son expérience en matière de diplomatie, de régulation et de stratégie internationale explique sa présence au sein d’un groupe mondial confronté à des enjeux politiques et réglementaires croissants. C’est aussi ce qui fait d’elle, aux yeux de ses adversaires, une incarnation de l’« establishment » démocrate.
Laura Loomer, l’ombre de Trump
Rien de tout cela n’aurait sans doute pris cette ampleur sans l’intervention d’une figure de la galaxie trumpiste : Laura Loomer. L’influenceuse conservatrice appelait sur X le président à « tuer maintenant la fusion Netflix–Warner Bros. ». Son message a précédé de peu celui de Donald Trump, comme le précise Forbes.
JUST IN:
President Trump is calling on @netflix to to FIRE Netflix Board Member Susan Rice, who served as Barack Hussein Obama’s National Security Advisor, after she threatened to politically target President Trump and all of his supporters if Democrats win in 2026 and 2028.… pic.twitter.com/Y5AMGAbE3Z
— Laura Loomer (@LauraLoomer) February 22, 2026
Sans fonction officielle, Laura Loomer s’est imposée comme une vigie idéologique du camp conservateur. Plusieurs responsables auraient été fragilisés, voire écartés, après avoir été accusés par elle de manque de loyauté envers le président. Antonia Hitchens, du New Yorker, la décrit comme la principale « garante de la loyauté » du président Trump.
Pour Netflix, l’affaire est pour le moins sensible. L’entreprise cherche à consolider sa position dominante sur le marché mondial du streaming tout en évitant que l’acquisition de Warner soit perçue comme susceptible de « renforcer son pouvoir de marché ou de conduire à une situation de monopole », selon le Wall Street Journal.

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