16 views 31 mins 0 comments

Répression, misère et faux Noël : dans l’enfer du Venezuela de Maduro

Répression, misère et faux Noël : dans l’enfer du Venezuela de Maduro

REPORTAGE. En 2024, notre journaliste Olivier Ubertalli partait incognito dans un pays au fond du gouffre, après que le dictateur Nicolas Maduro a ruiné l’eldorado pétrolier et trafiqué le résultat de l’élection présidentielle.

Il y a quinze mois, en octobre 2024, j’ai été le seul journaliste français à me rendre au Venezuela après la fraude du gouvernement de Nicolas Maduro lors de l’élection présidentielle de juillet 2024. Il a fallu arriver sain et sauf pour découvrir la réalité vénézuélienne et surtout rester plusieurs jours sur le terrain afin d’en comprendre les ressorts.

Les Vénézuéliens sont un peuple très chaleureux. accueillants, mais le chavisme a vidé les caisses du pays et gangrené toutes les strates de la société via la corruption. Ceux qui n’ont pas fui le pays doivent survivre tant bien que mal avec une poignée de dollars par mois. C’est ce système Maduro que je décris dans ce reportage réalisé en octobre 2024, alors que Nicolas Maduro a été capturé vers 2 heures du matin le 3 janvier 2025.

Noël en octobre

C’est déjà Noël à Caracas ! Un miracle que seule la dictature de Nicolas Maduro – dixit le président chilien, de gauche, Gabriel Boric – est capable d’accomplir. Cette année 2024, le président a avancé par décret les festivités au 1er octobre. Les habitants se prennent en photo devant un grand arbre de Noël en plastique, orné de boules rouges et vertes, sur la place Bolivar, près du palais présidentiel de Miraflores et de l’Assemblée nationale, ultrasécurisés par des militaires et des policiers.

Dans la moiteur de la capitale, les chansons de gaïta, typiques des festivités de fin d’année, résonnent dans les échoppes. Les enfants s’amusent à la nuit tombée près des illuminations de Noël qui décorent les avenues et les bâtiments publics. Les supermarchés se sont mis au diapason, vendant caramels, bonbons et chocolats.

« Noël est arrivé avec la paix, le bonheur et la sécurité », s’est réjoui Nicolas Maduro le 2 septembre 2024, lors de son programme hebdomadaire sur la chaîne nationale VTV. Une manœuvre grossière pour tenter de distraire les Vénézuéliens, qui ont protesté massivement, dans tout le pays, contre la gigantesque fraude électorale de celui qui s’imagine en super-héros dans le dessin animé de propagande Super Moustache.

Cuisante défaite

Le même jour, le despote a ordonné l’arrestation du président élu le 28 juillet 2024, Edmundo Gonzalez. Craignant pour sa vie, celui-ci a finalement réussi à fuir en Espagne. Le pouvoir réprime tous ceux qui contestent les résultats « officiels » de l’élection. « La volonté populaire a été bafouée », déplore Hiram Gaviria, ancien ambassadeur du Venezuela en France. Avec la complicité d’un Conseil national électoral (CNE) et d’une Cour suprême à sa botte, le président au pouvoir depuis la mort du « Comandante » Hugo Chavez, en 2013, affirme avoir remporté, avec 52 % des voix, un troisième mandat, qui a débuté le 10 janvier 2025.

Or, selon près de 25 000 procès-verbaux officiels des tables de dépouillement sur un total de 30 000, il a subi une défaite cuisante, ne récoltant que 30 % des suffrages, contre plus 67 % pour son adversaire, soit un écart de plus de 4 millions de voix. Sur l’esplanade Diego-Ibarra, où trônent de gigantesques portraits d’Hugo Chavez et de Simon Bolivar, le slogan des autorités qui se vantent de disposer du « meilleur système électoral au monde » ressemble à une mauvaise blague.

Des proches de Vénézuéliens détenus après l’élection présidentielle manifestent devant la Cour suprême, à Caracas, le 3 octobre 2024. © (Reuters)

« Le régime autoritaire de Maduro a mis fin aux droits civils et politiques et pris le chemin du totalitarisme, décrypte Oscar Murillo, coordinateur général de l’ONG Provea, qui défend les droits de l’homme. S’il tente de jouer la trêve avec cette mascarade de Noël, les Vénézuéliens ne sont pas dupes. »

C’est le cas de Maria, Nerida, Theany et Deonexis, quatre femmes qui viennent des quartiers populaires et qui n’ont guère le cœur à sortir prématurément des cartons la crèche de la Nativité. Victimes de la répression lancée par le gouvernement afin de terroriser la population, elles racontent entre rires et pleurs les arrestations arbitraires et les tortures subies par leurs proches, tous mineurs. Longs cheveux noirs et boucles d’oreilles en forme de croix, Nerida a vu son fils de 16 ans se faire embarquer par la police pour un vol supposé avant de se voir accuser d’« incitation à la haine » et d’« actes de terrorisme ».

Tabassage, gaz lacrymogène, doigts électrocutés

Maria, elle, a dû attendre quinze jours pour rendre visite à son fils. « L’endroit puait l’urine et les excréments. Mon fils m’a expliqué que les policiers l’avaient forcé à enregistrer une vidéo dans laquelle il aurait confessé avoir été payé 50 dollars par l’opposition à Maduro pour manifester dans la rue après l’élection présidentielle. Il a été tabassé. » Diomer, le frère de Deonexis, s’est vu mettre la tête dans un sac en plastique rempli de gaz lacrymogène par ses geôliers.

La Garde bolivarienne arrête des manifestants venus protester contre les résultats des élections, à Caracas, le 30 juillet. Nicolas Maduro a annnoncé 2 300 arrestations et 25 morts dans les jours qui ont suivi le scrutin. © (Matias Delacroix/AP/Sipa)

Miguel, le fils de Theany, a reçu des coups dans les côtes et sur le cou, avant d’avoir les doigts électrocutés. « Il a à peine 16 ans et n’a rien fait », rage sa mère. Sa voix se brise : « Il m’a dit qu’il se suiciderait si on le condamnait. » Voilà plus de trois mois que les quatre jeunes sont détenus, sans date de procès. « Nos voisines nous ont recommandé d’être discrètes et n’osent plus nous parler, mais nous ne nous tairons pas car nos enfants ne sont pas des terroristes. », préviennent les quatre femmes.

Après avoir menacé son pays d’un « bain de sang » et d’une « guerre civile » s’il perdait l’élection présidentielle, Maduro a annoncé 2 300 arrestations et 25 morts dans les jours qui ont suivi le scrutin. Le régime détient encore près de 2 000 prisonniers politiques, dont 160 militaires et 70 mineurs, détaille l’ONG Foro Penal.

« Il a séquestré la démocratie »

Il s’en est fallu de peu que Juan Pablo Guanipa soit lui aussi jeté en prison. « Les agents de Maduro ont tenté par trois fois de m’arrêter. Je suis reclus depuis deux mois dans des lieux de la capitale tenus secrets à cause de la persécution politique menée par la dictature. Vous voir dans un café s’avère trop dangereux », s’excuse l’ancien vice-président de l’Assemblée nationale, qui change régulièrement de planque.

Le dirigeant du parti Primero Justicia (Justice d’abord, centre), un proche de la leader de l’opposition Maria Corina Machado, préfère accorder un entretien vidéo sur Signal. Une messagerie qu’il juge, comme beaucoup de Vénézuéliens, plus sûre que WhatsApp, car moins surveillée par les chiens de garde de Maduro. « Il suffit qu’un dirigeant de l’opposition mange dans un restaurant ou séjourne dans un hôtel pour que l’établissement soit fermé par les autorités. Nous sommes kidnappés par un groupe de délinquants mené par Maduro. Il a séquestré la démocratie », martèle Juan Pablo Guanipa, qui a été arrêté depuis.

Maria Corina Machado, leader de l’opposition interdite de scrutin par Maduro, et Edmundo Gonzalez, le président élu d’après les procès verbaux des bureaux de vote, lors d’une manifestation à Caracas, le 30 juillet, deux jours après l’élection. © (Leonardo Fernandez Viloria/Reuters)

Maria Corina Machado, à qui on a interdit de participer à la présidentielle, s’est cachée également avant de fuir en décembre 2025 pour recevoir son Nobel de la Paix. En septembre 2024, elle surgit près d’un centre commercial de Caracas en chemisier blanc, une croix autour du cou, et harangue la foule : « Aucun gouvernement démocratique au monde n’a validé la fraude électorale. Nous allons finir par faire céder le régime ! » Et la « Libertadora » de repartir à l’arrière d’une moto, la tête couverte d’une capuche noire, tandis que de semblables équipages leurrent les agents du Servicio bolivariano de inteligencia nacional (Sebin), la police politique du pouvoir.

Depuis sa cachette, Maria Corina Machado a souvent tenu des conférences de presse sur Internet. « C’est la seule manière de se protéger », explique sa porte-parole, elle-même réfugiée dans l’ambassade d’Argentine. Rien d’étonnant à ce qu’Edmundo Gonzalez, un diplomate retraité âgé de 75 ans qui a remplacé au pied levé Maria Corina Machado lors de la présidentielle, ait filé le 7 septembre 2024 en Europe. « S’opposer à Maduro, c’est être prêt au mieux à être arrêté, au pire à mourir », avertit Guanipa derrière son téléphone.

« Une zone de non-droit »

En dépit de ce climat répressif, des milliers de gens ont laissé éclater leur colère cet été, depuis les faubourgs éloignés jusqu’au centre-ville de Caracas. Ils sont descendus de Petare, un immense bidonville érigé à flanc de montagne où s’entassent 2 millions de Vénézuéliens. La crise économique a frappé ceux qui vivent dans ce labyrinthe de ruelles et de maisons de briques rouges aux toits de tôle. Il y a aussi la criminalité, dont tout le monde se plaint. « Nous vivons dans une zone de non-droit, à la merci des policiers, des forces paramilitaires et des commissaires politiques », se désole un habitant.

Yerson vend le gobelet de café 0,50 dollar : « Avant, il était à 2 dollars, mais mes clients n’ont plus d’argent. » © (Olivier Ubertalli/Le Point)

Casquette bleue et grandes oreilles, Yerson a commencé à travailler à l’âge de 9 ans. Tous les jours, à 4 heures du matin, il dévale à pied la montagne de Petare, chargé de trois thermos de café. Il vend le grand verre 0,50 dollar. « Avant, le gobelet était à 2 dollars, mais mes clients n’ont plus d’argent », dit-il. Également coiffeur, il facture 5 dollars la coupe à domicile. De quoi finir le mois avec 300 dollars en poche, une somme insuffisante pour s’offrir le panier alimentaire de base, qui coûte plus de 500 dollars par foyer.

Plus de 80 % des Vénézuéliens vivent sous le seuil de pauvreté. Depuis 2013, le PIB du pays a fondu de plus de 80 %. L’inflation a été l’une des plus élevées de la planète en 2023, atteignant 337 % selon le FMI, un chiffre bien sage comparé à l’hyperinflation de 65 000 % de 2018.

Le pétrole comme une tirelire

En vingt-cinq ans de chavisme (1999-2024), le bolivar a perdu quatorze zéros et ne vaut plus un kopeck. Quel gâchis pour un pays assis sur les plus grandes réserves de pétrole du monde et qui a été l’un des plus riches au milieu du XXe siècle ! « Nous devrions produire 6 millions de barils par jour. Hélas, Chavez et Maduro ont tellement utilisé le pétrole comme une tirelire et sous-investi que notre industrie pétrolière est dans un état pitoyable, n’écoulant que 877 000 barils de brut par jour en septembre », regrette l’économiste José Toro Hardy, ancien directeur du géant pétrolier étatique Petroleos de Venezuela (PDVSA).

La corruption endémique du gouvernement a pompé les recettes de l’or noir. La seule affaire PDVSA/Cripto – un projet de vente de pétrole grâce aux cryptomonnaies qui a valu à l’ex-ministre du Pétrole et ex-vice-président Tareck El Aissami d’être arrêté – aurait contribué à détourner 17 milliards de dollars, selon Transparency International.

« Toute l’innovation et toute l’expertise scientifique du pays ont été complètement démantelées », s’alarme le chimiste Benjamin Scharifker, ancien recteur de l’université Simon- Bolivar. Un comble pour la patrie de Baruj Benacerraf, Prix Nobel de médecine (1980), et de Humberto Fernandez Moran, l’inventeur du bistouri à pointe de diamant.

Maduro se défausse sur les États-Unis, accusés de tous les maux à cause de leurs sanctions. Mais même en imposant l’usage d’un « prix de référence » à la place du mot « dollar », le despote ne parvient plus à camoufler la ruine du pays et la dollarisation de l’économie. « Dès que je gagne des bolivars, je les convertis en dollars, sinon ils se dévalorisent », souffle Yerson. Avant de poursuivre sa tournée de vente de cafés, il lève son tee-shirt et montre une cicatrice sur son ventre. « Quand on m’a retiré la vésicule biliaire l’année dernière, j’ai dû acheter 100 dollars un cathéter de perfusion qui était auparavant gratuit ».

3 dollars par mois pour les infirmières

Avec son entrée dotée d’une belle marquise et ses galeries aux colonnes de pierre blanche, le Vargas est l’un des plus anciens hôpitaux publics de la ville. Ici, tout fonctionne mal, voire pas du tout. Les urgences ne disposent pas d’air conditionné alors qu’il fait de 25 à 30 °C toute l’année. Il manque des machines pour opérer. L’appareil à rayons X et le scanner sont défectueux. Il n’y a pas d’eau, et les femmes de ménage stockent des seaux pour laver les salles avec le chlore acheté par les familles des patients.

Erika au chevet de sa grand-mère hospitalisée : « L’hôpital n’a pas de matériel et il faut tout payer soi-même en dollars : les compresses, les bandages, les cathéters et les produits de nettoyage » © (Olivier Ubertalli/Le Point)

« L’hôpital n’a pas de matériel, et il faut tout payer soi-même en dollars : les compresses, les bandages, les cathéters et les produits de nettoyage », résume Erika, au chevet de sa grand-mère hospitalisée. En raison d’un manque de personnel, il n’y a plus d’hospitalisations en psychiatrie et plus de consultations avant 2025 en rhumatologie, en immunologie et en allergologie.

« L’État n’envoie presque plus un sou à l’hôpital. Il verse un salaire de seulement 3 dollars aux infirmières et d’une vingtaine de dollars aux médecins, auxquels s’ajoutent 130 dollars de prime mensuelle, donc ils changent de profession ou émigrent », déplore Mauro Zambrano.

Ce responsable syndical des hôpitaux et cliniques de Caracas a décidé de mobiliser les personnels de santé contre le gouvernement, afin d’arracher de meilleures conditions de travail. Le Vargas n’a plus que 150 lits disponibles sur un total de 400. Quant au « Clinico », le plus grand hôpital du pays, situé au sein de l’université centrale du Venezuela (UCV), seulement 250 lits sur 1 200.

Asphyxie financière

Le campus de l’UCV, naguère l’une des meilleures universités publiques du monde, vaut le détour. Inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, il abrite une mosaïque murale de Fernand Léger, des œuvres de Victor Vasarely et le Berger des nuages, une sculpture en bronze de Jean Arp, devant laquelle les étudiants fêtent leurs diplômes. En 2020, une partie du toit en béton de la galerie couverte s’est effondrée. L’État a fini par accepter de mettre en place une commission de rénovation du site, mais le toit n’a toujours pas été réparé.

Corina Aristimuño, secrétaire générale de l’UCV, université de Caracas : « Trente ans d’expérience à enseigner l’odontologie et un salaire de 15 dollars ! » © (Olivier Ubertalli/Le Point)

« Depuis plusieurs années, l’UVC ne reçoit que 8 à 10 % de son budget annuel. Comment voulez-vous accueillir décemment les étudiants et payer les professeurs ? se lamente Corina Aristimuño, secrétaire générale de l’université. Regardez-moi : trente ans d’expérience à enseigner l’odontologie et un salaire de 15 dollars ! Vous comprenez pourquoi mes collègues partent un par un. »

L’asphyxie financière n’est pas la seule arme du régime de Maduro pour mettre les universités au pas. Pendant quinze ans, les « chavistes » ont également empêché la tenue d’élections d’instances dirigeantes au sein de l’UCV. « C’est leur manière de paralyser les universités, censées être autonomes mais qu’ils estiment contestataires », constate Corina Aristimuño.

Ecoles bénévoles

Toute l’éducation publique souffre. Les écoles et les collèges ne proposent plus que deux ou trois demi-journées de cours par semaine. À force de voir traîner les enfants de son quartier de Petare, Marlene Machado a décidé de transformer le salon de sa maison en classe avec des bancs-tables pliables en bois. Il faut grimper les marches d’un escalier abrupt pour atteindre l’« école » de cette institutrice retraitée de 67 ans.

Tous les après-midi, elle accueille une quarantaine d’élèves âgés de 5 à 12 ans. Au programme, prononciation des syllabes, orthographe, calcul…. Pour Marlene, « l’éducation ne serait jamais tombée aussi bas si l’État payait ses instituteurs plus de 5 dollars par mois ».

Alors que les écoles ne proposent plus que deux ou trois demi-journées de cours par semaine, des maîtresses se sont mises à enseigner gratuitement chez elles. © (Olivier Ubertalli/Le Point)

Grâce à l’aide de l’association Zone de décharge, une quinzaine de maîtresses comme elle enseignent gratuitement dans leurs maisons. Les autorités ne voient pas d’un bon œil ces écoles bénévoles, mais elles ont fini par les tolérer. « Aux yeux du gouvernement, faire différemment revient à appartenir à l’opposition », se désole une institutrice.

À Antimano, autre bidonville situé à l’ouest de la capitale, les habitants ont laissé éclater leur joie quand ils ont cru voir le « cauchemar chaviste » s’achever. « J’étais scrutatrice dans une école primaire et dans les quatre bureaux de vote, Edmundo Gonzalez l’a très largement emporté. Les scrutateurs chavistes étaient sonnés, se souvient Sarah, responsable d’une cantine populaire. Mais, après avoir reconnu leur défaite, ils ont appelé les colectivos [bandes armées proches du pouvoir, NDLR] pour réprimer les électeurs qui fêtaient la fin de Maduro. »

Ninfa et sa nièce Sarah (à dr.) gèrent une cantine populaire avec l’aide de l’ONG Alimenta la Solidaridad dans le quartier d’Antimano, à l’ouest de Caracas. © (Olivier Ubertalli/Le Point)

Menacée par des militants pro-gouvernement, Sarah est restée enfermée toute la soirée dans le centre de vote, puis a couru se cloîtrer chez elle pendant deux jours. « J’ai encore la rage. On nous a volé notre vote, et nos conditions de vie vont encore empirer », fulmine-t-elle.

Destruction du tissu économique

« Mes patients me parlent d’impuissance et de colère, uniquement des émotions négatives. Le mythe du peuple joyeux ne tient plus », observe la psychologue clinique et sociale Yorelis Acosta, qui étudie les conséquences de la crise économique et migratoire sur les Vénézuéliens. La population de 28 millions de personnes a été démembrée par l’exil de 8 millions de compatriotes. La pyramide des âges fond dès l’âge de 20 ans. Les parents qui émigrent laissent parfois derrière eux leurs enfants à la garde des grands-parents. Après avoir trouvé un travail à l’étranger, ils envoient de l’argent via les transferts de fonds.

Ce peuple bravera-t-il sa peur pour défier à nouveau le dictateur ? « Maduro n’a jamais joui de la popularité de Chavez ni de son pouvoir. Il est l’homme de la destruction du tissu économique d’un pays qui n’a subi aucun conflit armé. Son régime politique est condamné à l’instabilité jusqu’à ce que soit rétabli un État de droit satisfaisant », prédit le politologue John Magdaleno.

Edmundo Gonzalez, président élu, a tenté de mobiliser une communauté internationale accaparée par les guerres au Proche-Orient et en Ukraine.

« Désaccords stratégiques au sein du régime »

À Caracas, beaucoup de Vénézuéliens, excédés par l’agonie des services publics et les coupures d’eau et d’électricité, se disent prêts à renverser la table. « La solution à la crise ne viendra que d’eux », prévient Hiram Gaviria. Pour Yorelis Acosta, c’est jouable, car « le Vénézuélien a la niaque d’un Rambo blessé qui n’abandonne jamais, même avec les tripes à l’extérieur ».

Reste pourtant un secteur essentiel contrôlé par Maduro et ses lieutenants : l’armée. Syndicaliste sans grand charisme, le président pâtit de ne pas être un militaire, à la différence de Chavez et du général Tapioca des albums de Tintin. Aujourd’hui, il doit composer avec d’autres poids lourds du chavisme tels que le ministre de la Défense, Vladimir Padrino Lopez, le ministre de l’Intérieur, Diosdado Cabello, et la fratrie Rodriguez – Delcy, vice-présidente et ministre du Pétrole, et Jorge, président de l’Assemblée nationale et vice-président du Parti socialiste unifié du Venezuela.

« J’ai eu la confirmation qu’il existe des désaccords stratégiques importants au sein du régime », indique un observateur proche du gouvernement. Selon Oscar Murillo, de Provea, « le haut commandement de l’armée soutient pour l’heure Maduro, mais la base va bouger avec la crise de légitimité qui va s’amplifier ». Avec l’armée aux côtés du peuple, Caracas et ses boules de Noël peuvent exploser de manière violente. Comme une Cocotte-Minute.

Le silence coupable des insoumis

Plusieurs formations de la gauche française, dont le Parti socialiste et Place publique, ont condamné la répression au Venezuela et appelé à un audit des actes de l’élection présidentielle du 28 juillet 2024. Jean-Luc Mélenchon semble, lui, avoir du mal à retirer son soutien à Nicolas Maduro : La France insoumise n’a pas signé ce communiqué.