Des défenseurs des droits ont « tiré la sonnette d’alarme » mardi 11 novembre face à la suspension par les autorités de nombreuses ONG dans le pays visant, selon la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) à « démanteler la société civile » du pays.
Ces suspensions d’activité frappant des organisations connues comme l’Association tunisienne des femmes démocrates et le Forum tunisien des droits économiques et sociaux visent à « faire taire les voix indépendantes », a dénoncé Bassem Trifi, président de la LTDH, lors d’une conférence de presse à Tunis. Il ne s’agit « pas de partis politiques d’opposition », mais d’associations travaillant « sur les droits de l’homme et les questions sociales », a-t-il noté.
Plusieurs ONG tunisiennes et étrangères ont déploré un recul des droits et libertés en Tunisie depuis un coup de force par lequel le président Kaïs Saïed s’est emparé des pleins pouvoirs en juillet 2021.
Des dizaines d’opposants, figures des médias et travailleurs humanitaires sont en prison pour des accusations de complot contre l’Etat ou en vertu d’un décret présidentiel sur les « fausses informations », critiqué pour l’interprétation très large qu’en font les tribunaux.
« Discours de haine contre les opposants »
En date du 31 octobre, une source ayant pu recenser les associations visées avait indiqué que, depuis l’été, au moins dix-neuf ONG avaient été suspendues pour un mois. Le 5 novembre, la branche tunisienne de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a annoncé à son tour sa suspension.
Les médias indépendants créés après la révolution de 2011, Inkyfada et Nawaat, sont également suspendus, selon le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT). Certaines associations redoutent que la prochaine étape ne soit une dissolution.
Pour Zied Dabbar, président du SNJT, « les lignes éditoriales des médias [suspendus] dérangeaient les autorités » dans un contexte de « propagation terrifiante des discours de haine contre les opposants ». « Nous ne pouvons pas parler de cette question en l’isolant du contexte politique plus large dans lequel des partis politiques, des organisations et des corps intermédiaires sont ciblés », a déclaré M. Dabbar.
Ces dernières années, le président Kaïs Saïed a accusé les ONG de recevoir des fonds suspects. Il a parlé de « sommes faramineuses » envoyées de l’étranger, dénonçant une « ingérence flagrante dans les affaires intérieures de la Tunisie ».
Ces derniers jours, des médias prorégime ont fait état d’une enquête sur d’« énormes » financements étrangers qu’auraient reçus des organisations, notamment du milliardaire américain George Soros.

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