Le budget 2027 en Tunisie prévoit une enveloppe de 27,349 milliards de dinars pour les dépenses salariales de l’État, contre 25,267 milliards de dinars estimés pour 2026. Cette évolution représente une augmentation de 8,2 % des crédits consacrés à la rémunération du personnel public, selon les données du projet de budget de l’État pour le prochain exercice.
Cette progression s’inscrit dans un ensemble de mesures concernant les recrutements dans la fonction publique, la régularisation de certaines situations professionnelles et la prise en charge des augmentations de salaires prévues dans le secteur public pour la période 2026-2028.
Les dépenses de rémunération représentent un poste important des finances publiques tunisiennes. Pour 2027, elles devraient correspondre à 39,7 % des dépenses totales du budget de l’État, hors remboursement du principal de la dette, et à 13,7 % du produit intérieur brut (PIB).
Le projet prévoit également l’ouverture de 32 557 postes, répartis entre les recrutements envisagés et les opérations de régularisation professionnelle. Ces prévisions donnent un aperçu des crédits que les autorités entendent consacrer aux ressources humaines du secteur public au cours de l’année 2027.
C. Dépenses salariales en Tunisie : les chiffres et les secteurs concernés
L’évolution des dépenses salariales prévues pour 2027 repose sur plusieurs composantes. L’enveloppe budgétaire doit notamment permettre de financer les besoins en personnel des administrations, d’accompagner les régularisations professionnelles programmées et de couvrir les effets des augmentations de rémunération prévues dans le secteur public.
Le montant de 27,349 milliards de dinars représente une hausse de 2,082 milliards de dinars par rapport aux 25,267 milliards estimés pour 2026. Il s’agit des prévisions inscrites dans le projet budgétaire et non d’un montant définitif de dépenses déjà exécutées.
La progression annoncée doit être analysée en tenant compte des différentes obligations financières liées à l’emploi public. Elle ne correspond donc pas uniquement à une augmentation générale des salaires : elle englobe également les besoins associés aux recrutements et à la régularisation de situations professionnelles.
Une enveloppe qui représente 39,7 % des dépenses budgétaires
Les dépenses de rémunération devraient absorber 39,7 % des dépenses de l’État en 2027, en excluant le remboursement du principal de la dette. Ce ratio illustre la place occupée par les charges de personnel dans la structure budgétaire.
Rapportée au PIB, la masse salariale prévisionnelle devrait représenter 13,7 %. Cet indicateur permet de comparer les dépenses de personnel à la taille de l’économie nationale, indépendamment de leur seule évolution en dinars.
La distinction entre ces deux ratios est importante. La part des salaires dans les dépenses budgétaires mesure le poids de cette charge parmi les dépenses publiques considérées. Le ratio rapporté au PIB met, quant à lui, en perspective les rémunérations publiques avec la richesse produite par l’économie tunisienne.
Ces indicateurs ne suffisent toutefois pas, à eux seuls, à évaluer l’évolution du pouvoir d’achat des agents publics ou les effets des recrutements sur la qualité des services administratifs. Ils renseignent principalement sur la place des dépenses de personnel dans les équilibres financiers de l’État.
32 557 postes prévus dans le secteur public
Le projet de budget pour 2027 prévoit 32 557 postes. Cette programmation comprend différentes catégories, notamment les nouveaux recrutements et les postes destinés à la régularisation de situations professionnelles.
La répartition annoncée fait apparaître plusieurs secteurs prioritaires :
- Éducation et enseignement supérieur : 7 388 postes, soit 22,7 % du total.
- Régularisation des ouvriers de chantiers âgés de plus de 45 ans : 5 663 postes, représentant environ 17,4 %.
- Ministère de l’Intérieur : 4 736 postes.
- Secteur de la santé : 4 000 postes.
- Défense nationale : 3 704 postes.
- Agriculture : 1 300 postes.
- Justice : 1 277 postes.
- Jeunesse, sports et culture : 1 221 postes.
- Ministère des Finances : 1 028 postes.
- Régularisation de la situation des titulaires d’un doctorat : 740 postes.
- Autres secteurs : 1 500 postes.
Cette répartition montre que les recrutements et les régularisations concernent des domaines variés de l’administration publique. L’éducation et l’enseignement supérieur regroupent la part la plus importante des postes programmés, devant les dispositifs de régularisation des ouvriers de chantiers et les besoins des ministères de l’Intérieur et de la Santé.
Les 740 postes consacrés à la régularisation de titulaires d’un doctorat s’inscrivent dans le cadre du programme concernant leur situation au sein du ministère de l’Enseignement supérieur.
Il convient de distinguer le nombre de postes programmés du nombre de personnes effectivement recrutées ou régularisées. La réalisation de ces opérations dépend de la mise en œuvre des dispositions prévues et des procédures administratives correspondantes.
L’éducation concentre la part la plus importante des crédits salariaux
La répartition sectorielle des dépenses de rémunération place également l’éducation en tête des bénéficiaires des crédits prévus pour 2027.
Le secteur de l’éducation devrait recevoir 8,220 milliards de dinars, soit environ 30 % de l’enveloppe globale consacrée aux salaires. Le ministère de l’Intérieur arrive ensuite avec 4,404 milliards de dinars, représentant 16 % du total.
La Défense nationale et la Santé bénéficieraient chacune de crédits importants. Les dépenses salariales prévues atteignent 3,307 milliards de dinars pour la Défense nationale et 3,172 milliards de dinars pour la Santé, soit environ 12 % de l’enveloppe dans chaque cas.
L’enseignement supérieur et la recherche scientifique devraient disposer de 1,785 milliard de dinars, correspondant à 6 % du total. Le ministère des Finances bénéficierait, pour sa part, de 1,321 milliard de dinars, soit environ 5 %.
Les ministères de la Justice, de l’Agriculture ainsi que de la Jeunesse et des Sports se verraient attribuer chacun environ 3 % des dépenses salariales. Les autres secteurs et les entreprises publiques représenteraient ensemble 2,778 milliards de dinars, soit près de 10 % de l’enveloppe.
Ces montants correspondent à la répartition prévisionnelle des dépenses de personnel. Ils ne représentent pas les budgets globaux des ministères, qui comprennent également d’autres catégories de dépenses, notamment les frais de fonctionnement, les équipements et les investissements.
D. Masse salariale publique : quelle évolution entre 2021 et 2027 ?
Les prévisions pour 2027 s’inscrivent dans une évolution de la masse salariale qu’il est possible d’observer sur plusieurs années. Les données budgétaires font apparaître une baisse progressive du poids des dépenses de rémunération dans le PIB entre 2021 et 2025, malgré une progression des montants exprimés en dinars sur certaines périodes.
En 2021, la masse salariale atteignait 21,182 milliards de dinars et représentait 15,3 % du PIB. En 2022, elle s’établissait à 21,125 milliards de dinars, tandis que son poids dans le PIB reculait à 15,1 %.
L’évolution s’est ensuite poursuivie comme suit :
| Année | Masse salariale | Part du PIB |
|---|---|---|
| 2021 | 21,182 milliards de dinars | 15,3 % |
| 2022 | 21,125 milliards de dinars | 15,1 % |
| 2023 | 21,703 milliards de dinars | 14,5 % |
| 2024 | 22,273 milliards de dinars | 13,9 % |
| 2025 | 23,281 milliards de dinars | 13,6 % |
| 2026 | 25,267 milliards de dinars prévus | 13,7 % |
| 2027 | 27,349 milliards de dinars prévus | 13,7 % |
Les montants et les ratios présentés pour 2026 et 2027 correspondent aux estimations et aux prévisions budgétaires disponibles. Ils ne doivent pas être interprétés comme des résultats définitifs d’exécution.
Une progression en valeur, mais un ratio inférieur à celui de 2021
La comparaison entre 2021 et 2025 fait apparaître une augmentation de la masse salariale en valeur nominale, passée de 21,182 à 23,281 milliards de dinars. Pourtant, sa part dans le PIB a diminué de 15,3 % à 13,6 % sur la même période.
Ces deux évolutions ne sont pas contradictoires. Un montant peut augmenter en dinars tout en représentant une proportion plus faible du PIB, lorsque la richesse produite évolue différemment des dépenses considérées.
Pour 2026 et 2027, les projections font état d’un ratio de 13,7 % du PIB. Cette stabilisation prévisionnelle intervient alors que les montants consacrés aux rémunérations devraient progresser.
L’interprétation de cette évolution nécessite de prendre en compte plusieurs éléments : les créations de postes, les régularisations professionnelles, les augmentations salariales prévues et l’évolution de l’activité économique. Les seuls chiffres de la masse salariale ne permettent pas de déterminer séparément l’effet de chacune de ces composantes.
Les augmentations salariales prévues pour 2026-2028
L’un des facteurs avancés pour expliquer la hausse des dépenses salariales en 2027 concerne la prise en charge des augmentations de rémunération programmées dans le secteur public sur la période 2026-2028.
Le projet budgétaire prévoit ainsi des crédits permettant de couvrir les effets financiers de ces augmentations, en complément des dépenses associées aux recrutements et aux régularisations. Cette programmation s’inscrit dans le cadre des dispositions de l’article 15 de la loi de finances pour 2026.
La progression de 8,2 % concerne l’ensemble des dépenses salariales prévisionnelles de l’État. Elle ne signifie pas que chaque agent public bénéficiera individuellement d’une augmentation de 8,2 %. L’évolution effective de la rémunération dépend des mesures applicables aux différentes catégories de personnel et de leurs modalités de mise en œuvre.
Par ailleurs, l’enveloppe budgétaire prévue ne permet pas, à elle seule, de calculer le montant d’une éventuelle hausse individuelle des salaires. Pour déterminer les effets sur chaque catégorie d’agents, il faut disposer des dispositions précises relatives aux augmentations, aux grades, aux statuts et aux conditions d’application.
La progression prévue de la masse salariale reflète donc plusieurs engagements budgétaires distincts : le financement des personnels déjà en fonction, les nouveaux recrutements, la régularisation de situations professionnelles et la prise en charge des augmentations programmées dans le secteur public.
