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Maroc : au moins 22 morts dans l’effondrement de deux immeubles à Fès

Maroc : au moins 22 morts dans l’effondrement de deux immeubles à Fès

Le bilan est encore provisoire, mais cet incident meurtrier ravive les alertes sur la fragilité de l’habitat urbain marocain et relance les critiques sur la prévention des risques.

Au moins 22 personnes ont trouvé la mort dans l’effondrement de deux immeubles de quatre étages dans la nuit de mardi à mercredi à Fès, dans le nord-est du Maroc, selon l’agence officielle MAP. Les bâtiments, mitoyens et abritant huit familles, se sont écroulés soudainement, piégeant plusieurs habitants sous les décombres. Les secours, rapidement dépêchés sur place, poursuivaient mercredi leurs opérations de recherche, malgré la faible probabilité de retrouver des survivants.

Selon le média public SNRT, les deux immeubles présentaient depuis longtemps des fissures visibles, sans qu’aucune mesure préventive « efficace » n’ait été engagée. Une affirmation que Reuters n’a pas pu vérifier de manière indépendante. Contacté, le ministère marocain de l’Intérieur n’a pas immédiatement répondu aux demandes de commentaires.

Un drame qui ravive les inquiétudes sur l’habitat

L’accident intervient alors que les autorités marocaines ont elles-mêmes reconnu l’ampleur du problème. En janvier, Adib Ben Ibrahim, secrétaire d’État chargé du Logement, indiquait qu’environ 38 800 immeubles étaient classés « à risque d’effondrement » dans le pays. Dans plusieurs grandes villes – Casablanca, Marrakech, Tanger ou encore Fès – des effondrements mortels ont, ces dernières années, mis en lumière la fragilité d’un parc immobilier ancien, souvent construit sans normes parasismiques ou mal entretenu.

À Casablanca, en 2014, l’effondrement de trois immeubles dans le quartier Bourgogne avait fait 23 morts et provoqué un vaste débat national sur la vétusté urbaine. En 2020 encore, un immeuble de l’ancienne médina de la capitale économique s’écroulait, causant plusieurs décès. À Tanger, en 2023, des pluies diluviennes avaient conduit à l’effondrement partiel d’habitations insalubres, faisant plusieurs victimes. Fès, elle aussi, avait déjà connu des drames similaires dans sa médina, où nombre d’immeubles datent de plusieurs siècles.

Un contexte social déjà tendu

L’effondrement survient dans une ville marquée récemment par une forte tension sociale. Il y a deux mois, Fès avait été le théâtre de manifestations antigouvernementales dénonçant la pauvreté, la dégradation des services publics et les inégalités territoriales. Les protestations – menées principalement par des jeunes, et le mouvement de la Gen Z 212 – avaient dégénéré en affrontements avec les forces de l’ordre.

Les contestataires s’opposaient aussi à la construction de nouveaux stades dans la perspective de la Coupe du monde 2030, attribuée au Maroc conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Le pays doit également accueillir la Coupe d’Afrique des nations (CAN) du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, un calendrier qui alimente les critiques contre des investissements jugés déconnectés des urgences sociales.

Face au mécontentement, le roi Mohammed VI avait exhorté son gouvernement à accélérer les réformes, améliorer les services publics et réduire les fortes disparités régionales. Car si la majorité de la population et des activités économiques se concentre dans le nord-ouest du pays, de vastes zones restent dépendantes de l’agriculture, de la pêche et du tourisme, fragilisant une partie de la population.

Une nouvelle tragédie qui interroge les politiques publiques

L’effondrement de Fès relance donc, une fois de plus, le débat sur les politiques de rénovation urbaine, le contrôle des constructions et la prévention des risques. Dans les quartiers anciens comme dans les zones en pleine urbanisation, les experts alertent depuis des années sur la nécessité de renforcer les diagnostics, les relogements et la rénovation des bâtiments menaçant ruine.

Alors que les opérations de secours se poursuivent et que les habitants du quartier restent sous le choc, les autorités n’ont pour l’heure donné aucune indication sur l’ouverture d’une enquête. Mais le drame, l’un des plus meurtriers de ces dernières années au Maroc, pourrait bien remettre au premier plan un chantier longtemps reporté : celui d’une sécurisation durable du parc immobilier national.