Mali-Sénégal, Égypte-Côte d’Ivoire, Cameroun-Maroc, Nigeria-Algérie : jamais des quarts de finale n’avaient présenté un casting aussi alléchant.
Huit équipes, sept anciens champions, cinq mondialistes : rarement les quarts de finale d’une CAN ont présenté un tel plateau depuis l’avènement du format à 24 équipes. Tous les regards se tournent vers le Maroc, en quête de finale. Le Mali et le Sénégal ouvrent le bal vendredi 9 janvier à 17 heures.
Le Maroc face à l’épouvantail camerounais
Après quatre matchs, le Maroc poursuit son chemin vers le sacre, mais avec la pression qui accompagne le statut de favori. Les Lions de l’Atlas ont assuré, mais sans briller, au premier tour. En huitième, ils ont dû se frotter à une Tanzanie surprenante, dont les joueurs, aguerris par l’expérience en club, n’ont jamais lâché.
Le vrai test arrive face au Cameroun, outsider au palmarès impressionnant : « La réalité est que le Cameroun, contre le Maroc, en général, vous êtes la bête noire de l’équipe nationale. Vous avez éliminé notre équipe en 88 ici en demi-finale, mais le passé, c’est le passé […] Le Cameroun a tout à perdre. Si à l’arrivée ils ne vont plus loin, ils devront attendre 2 ou 3 ans avant d’avoir une grande compétition… Nous, quatre mois après, on a une Coupe du monde […] On est obligés de respecter cette équipe. Ils ont un grand président qui a été un grand joueur et un coach qui est fantastique », souligne Walid Regragui.
Le Cameroun, habitué à briser les rêves des pays hôtes — sept éliminations de l’organisateur à son actif — assume son rôle d’outsider : « C’est le Maroc qui a les stars. Achraf Hakimi joue au PSG, c’est le meilleur joueur africain ; il n’y a aucun Camerounais à ce niveau. Walid Regragui a disputé une demi-finale du Mondial, on ne compare pas ce qui est incomparable. Nous, on va essayer de les challenger », explique le sélectionneur Laurent Pagou.
Avec des individualités telles que Carlos Baleba, Brian Mbeumo, Danny Namaso ou le jeune prodige Christian Kofane (Bayer Leverkusen), auteur de deux buts, les Lions Indomptables ont retrouvé leur fameux « Hemlé ». Mais l’expérience collective reste perfectible. Les trente premières minutes et la gestion de la fin de match des huitièmes révèlent des lacunes à corriger pour franchir un palier. Paradoxalement, une équipe capable d’appliquer la même discipline tactique et défensive que la Tanzanie, pourtant moins huppée, pourrait bien bouleverser la fête des Lions de l’Atlas.
Le Derby Sénégal – Mali : frères ennemis sur le terrain
Sénégal et Mali, deux pays liés par l’histoire et la culture, se retrouvent pour la première fois à ce niveau dans un duel de quart de finale. Anciennement unis au sein de la Confédération du Mali, ils partagent un drapeau quasi identique, la devise « Un peuple, un but, une fois » et une histoire commune, mais sur le terrain, c’est la rivalité qui prime. La seule confrontation en CAN remonte à 2004 et s’était soldée par un match nul 1-1.
Favori sur le papier, le Sénégal impressionne par ses statistiques : dix buts inscrits par sept joueurs différents, seulement deux encaissés, et un Sadio Mané à un niveau rappelant ses plus belles années. Malgré tout, l’équipe de Aliou Cissé est critiquée pour son inefficacité offensive et quelques défaillances défensives, révélant l’exigence permanente autour de la Tanière des Lions.
Face à un Mali résolument défensif, physique et motivé, le Sénégal devra conjuguer rigueur et efficacité : « Demain, il faudra garder un équilibre défensif, mais surtout être efficace devant les buts. Nous sommes une équipe qui se crée beaucoup d’occasions. Face à une équipe qui a faim et qui voudra nous éliminer, il faudra être clinique. Nous savons où nous voulons aller », prévient Cissé.
De son côté, le sélectionneur malien Tom Sainfiet estime que ses Aigles ont déjà été éprouvés, notamment contre le Maroc et la Tunisie, dans des rencontres à haute intensité. Avec un jeu résolument défensif et solide, le Mali devra franchir un cap dans l’animation offensive, notamment sur les contres où peu d’opportunités ont été exploitées. N’ayant ni gagné ni perdu depuis le début du tournoi, les Aigles croient en leur étoile, déterminés à défier l’histoire malgré un passé semé de désillusions face à des équipes plus talentueuses.
L’affiche XXL : Algérie – Nigeria
Face à face, la meilleure défense du tournoi contre la meilleure attaque : ce quart de finale promet un duel de haute intensité. L’Algérie impressionne par sa solidité et sa maîtrise tactique, sous la houlette de Vladimir Petkovic, ancien entraîneur de la Lazio et de la Suisse à l’Euro 2020. Froid et mesuré, le sélectionneur suisse apporte à cette équipe de Fennecs un équilibre qui faisait défaut à des sélections algériennes souvent emportées par leur passion et leur engagement.
Si l’Algérie n’a pas encore montré son visage le plus éclatant, la profondeur et la qualité de l’effectif font peur. Hicham Boudaoui, milieu niçois, est peut-être le joueur le plus en vue du tournoi. Bagdad Bounedja pourrait retrouver une place de titulaire, tandis qu’Hadji Moussa et le jeune Adil Boulbina, meilleur buteur de la Ligue 1 Professionnelle Algérienne avant son transfert au Qatar, renforcent une attaque redoutable. « La variété des profils sur la ligne offensive est un vrai atout », souligne un observateur.
En face, le Nigeria brille par sa fluidité offensive. Eric Chelle a mis en place un système à deux attaquants avec Ademola Lookman en soutien de Victor Osimhen et Akor Adams. Osimhen, attaquant du FC Séville, a inscrit un but et délivré deux passes décisives lors du huitième de finale, offrant une dimension nouvelle à l’attaque des Super Eagles. Au milieu, Iwobi, neveu de Jay-Jay Okocha, dicte le tempo avec intelligence et sang-froid.
Pourtant, le Nigeria reste vulnérable aux tensions internes. La brouille entre Osimhen et Lookman, alors que le Nigeria menait 3-0 face au Mozambique, a entaché l’ambiance de l’équipe. À cela s’ajoute la menace de grève des joueurs, privés de leurs primes du premier tour, pour la deuxième fois en quelques mois. « Certaines équipes se nourrissent du chaos, à voir comment cela affectera le Nigeria sur le terrain », commente un analyste.
Malgré ces aléas, les Super Eagles affichent un visage séduisant et prometteur. Ce duel avec l’Algérie s’annonce comme l’un des matchs les plus fascinants de ces quarts de finale, opposant structure et maîtrise à puissance et créativité offensive.
Retour du classique : Côte d’Ivoire – Égypte
Pharaons et Éléphants se retrouvent une fois de plus dans ce quart de finale de la CAN, un classique qui promet intensité et spectacle. Si l’Égypte a connu quelques années d’interrogation, son expérience et son historique dans la compétition restent un facteur à ne pas négliger. Les Pharaons ont rassuré depuis le début du tournoi, terminant premiers de leur groupe et offrant une performance de référence face à l’Afrique du Sud, match qui symbolise l’ère Hossam Hassan.
Dans leur meilleure forme depuis la finale perdue face au Sénégal en 2022, les Égyptiens affichent une défense solide et résiliente, un atout essentiel pour une phase à élimination directe. Le gardien Gabaski, héros du huitième de finale de la CAN 2022, reste une pièce maîtresse, tout comme le défenseur d’Al Ahly Yasser Ibrahim, considéré parmi les meilleurs du tournoi. Le système à 5-3-2 permet de créer des décalages pour Mohamed Salah et l’ailier Marmoush, assurant l’efficacité offensive.
Championne en titre, la Côte d’Ivoire présente également des arguments séduisants. Les dernières sorties des Éléphants suscitent le débat : sont-ils meilleurs que lors de la CAN 2023 ? Malgré certaines absences, le potentiel et l’avenir de cette sélection sont prometteurs. Amad Diallo, à 23 ans, brille déjà avec trois buts, une passe décisive et trois distinctions d’homme du match, confirmant les espoirs placés en lui au pays et sur le continent. Derrière lui, Christ Inao Oulai (19 ans, Trabzonspor) et Yann Diomandé (RB Leipzig), ainsi que l’ailier Bazoumana Touré (Hoffenheim), démontrent que les Éléphants disposent d’une relève prometteuse, capable de viser la Coupe du Monde.
Côté historique, l’Égypte domine largement la confrontation : 11 matchs joués, 7 victoires en temps réglementaire, 3 succès après tirs au but et une seule défaite remontant à la CAN 1990. Mais c’est une nouvelle génération d’Éléphants qui affronte les Pharaons, prête à écrire un nouveau chapitre et à corriger le passé.

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