Cible privilégiée de Donald Trump et de l’administration américaine, les migrants vénézuéliens vivent un véritable enfer une fois expulsés. LeNew York Times a pu échanger avec 40 anciens prisonniers incarcérés plusieurs mois dans une prison du Salvador. Des centaines de personnes, accusées d’appartenir au gang Tren de Agua, ont été envoyées par les États-Unis dans cette prison de haute sécurité mise à disposition par le président Nayib Bukele. Dans ce Centre de confinement du terrorisme, tous décrivent des actes qui, selon plusieurs experts, relèvent de la torture.
Les anciens détenus disent avoir été battus, forcés de boire de l’eau croupie, aspergés à de nombreuses reprises par du gaz lacrymogène jusqu’à la perte de connaissance, forcés de rester à genoux pendant des heures, noyés, agressés sexuellement, violés, poussés au suicide… Ils affirment également que les gardiens leur assuraient qu’ils allaient mourir entre ces murs, oubliés du reste du monde. Des récits jugés crédibles par les spécialistes, tant les témoignages se ressemblent.
« Nous sommes des migrants »
Libérés grâce à un accord passé entre Caracas et Washington, les 40 hommes qu’a pu rencontrer le New York Times ont été expulsés sans aucune procédure judiciaire. La plupart d’entre eux avaient fui le régime autoritaire de Nicolás Maduro. Et si Trump assure qu’ils sont membres d’un gang, seuls 13 % de l’ensemble des personnes expulsées vers le Salvador présentent un passé criminel grave, selon le quotidien américain.
Sur les 40 hommes libérés, trois seulement avaient fait l’objet d’accusations autres que des délits mineurs, indique le Times. « Bienvenue en enfer. D’ici, vous ne sortirez que dans un sac mortuaire », leur a-t-on dit à leur arrivée, relatent plusieurs d’entre eux.
À LIRE AUSSI Dans l’enfer carcéral du Salvador « On avait entendu dire que si quelqu’un mourait parmi nous, les autres seraient libérés. J’ai pensé que je pouvais être cette personne », raconte Luis Chacón, 26 ans, qui assure avoir tenté de se pendre avec un drap avant que ses co-détenus ne l’en empêchent. Il se souvient également d’une tentative de rébellion. « Ils nous ont mis la tête dans un réservoir pour nous noyer, puis nous ont frappés aux côtes et aux jambes. » « Nous ne sommes pas des criminels, nous sommes des migrants », assure-t-il dans les colonnes du New York Times. Aujourd’hui libres et de retour au Venezuela, tous présentent des troubles physiques et psychologiques, même plusieurs semaines après leur libération.
Un tout autre témoignage a été apporté par Derek Van Buskirk, reporter pour le Daily Caller, un média pro-Trump et cofondé par l’ancien présentateur de Fox News, Tucker Carlson. Il affirme avoir rencontré un membre du gang MS-13, responsables de la mort de 30 personnes aux États-Unis. « On ne me bat pas. Je reçois à manger, des soins médicaux, et je suis là où je dois être », assure-t-il. Le reporter assure avoir vu des prisonniers « sereins », « conscients de mériter leur incarcération au Salvador ».
Trump en guerre contre Maduro
Donald Trump a invoqué l’Alien Enemies Act, loi datant du XVIIIe siècle, rarement utilisée, mais permettant d’expulser les ressortissants d’un pays considéré comme « ennemi ». Il se dit « déterminé à tenir sa promesse de protéger le peuple américain en expulsant les criminels et terroristes illégaux dangereux ».
Surtout, pour le président américain, cela permet de présenter le régime de Nicolás Maduro comme une menace sécuritaire majeure pour les États-Unis. Dans cette même logique, Donald Trump a frappé, ces derniers mois à plusieurs reprises, des bateaux accusés de trafic de drogue. Au moins 70 personnes ont été tuées depuis le mois de septembre dans ces offensives états-uniennes.

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