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Scandale à la BBC : Donald Trump menace d’attaquer le média britannique en justice

Scandale à la BBC : Donald Trump menace d’attaquer le média britannique en justice


Les démissions du directeur général de la BBC, Tim Davie, et de la directrice générale de l’information, Deborah Turness, n’ont pas suffi à calmer la colère de Donald Trump. Ce lundi 10 novembre, le président états-unien a menacé le média britannique de poursuites après la diffusion d’un documentaire dans lequel deux extraits d’un discours prononcé par Donald Trump ont été accolés et donnaient l’impression qu’il encourageait la prise du Capitole, le 6 janvier 2021.

Dans une lettre envoyée dimanche, les avocats du président ont déclaré que le documentaire devait être retiré avant vendredi, sans quoi le média ferait l’objet d’une plainte pour diffamation. Ils ont assuré qu’un dédommagement d’au moins un milliard de dollars (plus de 862 millions d’euros) serait demandé, indique la BBC. Mais Mark Stephens, avocat, estime que Donald Trump aurait du mal à justifier un préjudice aussi important. Sur la BBC, il assure qu’il est « difficile de voir comment cette plainte pourrait aboutir, tant sur le plan financier que juridique ».

Les avocats du président exigent également que le média présente des excuses et indemnise Donald Trump pour ce qu’ils ont décrit comme un « préjudice réputationnel et financier important ». Le documentaire n’est plus disponible sur le service de vidéo à la demande BBC iPlayer.

Une plainte en Floride ?

Les avocats du président républicain affirment que la BBC a violé la loi de l’État sur la diffamation en omettant volontairement certains faits et en en juxtaposant d’autres de manière trompeuse. Le domicile du président se trouvant en Floride, la mention de cette législation laisse entendre qu’il prévoit d’y déposer sa plainte.

Mais en droit américain, il est généralement difficile pour les personnalités publiques comme Donald Trump de remporter des procès en diffamation, car elles doivent prouver que les accusés savaient, ou auraient dû savoir, que l’information était fausse, mais l’ont tout de même publiée.

Mark Stephens assure également que si des poursuites étaient engagées, « toutes les citations accablantes qu’il a prononcées lui seront reprochées et examinées à la loupe, ce qui n’est pas très bon pour son image ». « Donald Trump risque de transformer ce qui est actuellement une simple querelle médiatique avec la BBC en un scandale mondial si le tribunal estime que ses propos étaient incendiaires », explique-t-il ensuite.

Un avis partagé par Dominic Casciani, spécialiste juridique de la BBC. « Menacer d’intenter un procès n’est pas la même chose que d’avoir un dossier solide. Le président devrait prouver qu’il a subi un préjudice important, et la législation américaine offre une protection très forte de la liberté d’expression. C’est pourquoi le droit de la diffamation est complexe : tout repose sur des jugements très subtils », explique-t-il.

Pas de partialité systématique selon la BBC

Dans ce documentaire diffusé dans le cadre de l’émission Panorama, on voit Donald Trump dire à ses partisans, à la veille du 6 janvier 2021 : « Nous allons marcher jusqu’au Capitole. Je serai à vos côtés, et on va se battre comme des diables. » Il s’agit de deux phrases bien prononcées par Donald Trump, mais à deux moments différents de son discours. Leur juxtaposition et l’omission de « pacifiquement » ont été jugées trompeuses.

Le président de la BBC, Samir Shah, a présenté, lundi, des excuses pour le montage des images, tout en rejetant les accusations de partialité systémique dans le traitement de l’information.

À LIRE AUSSI Dans les coulisses de la BBC, le géant public britanniqueDonald Trump s’était réjoui des deux démissions. Dans un message posté sur son réseau Truth Social, le président républicain a écrit que « les dirigeants de la BBC, y compris Tim Davie, le patron, démissionnent/sont LICENCIÉS, car ils ont été pris en flagrant délit de “falsification” de mon excellent (PARFAIT !) discours du 6 janvier ».

« Il est clair que des erreurs ont été commises dans ce cas, et le directeur général ainsi que Deborah Turness ont pris leurs responsabilités », a déclaré un porte-parole du Premier ministre Keir Starmer, qui a nié toute corruption ou biais institutionnel de la BBC. « L’essentiel, c’est que la BBC maintienne les standards élevés pour lesquels elle est reconnue internationalement, c’est notre priorité », a-t-il ensuite assuré.