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[EN] : Tunisie–Brésil : les notes de la rédaction pour les Aigles de Carthage

[EN] : Tunisie–Brésil : les notes de la rédaction pour les Aigles de Carthage - Tunisie-Foot

Dans le cadre du match de gala disputé au Stade Pierre-Mauroy, la sélection tunisienne a hier créé la surprise en tenant le Brésil en échec, arrachant un match nul inattendu. Tout au long de la rencontre, les Tunisiens ont su troubler la Selecão, lui opposant une résistance remarquable.

Il convient désormais d’examiner plus en profondeur les performances individuelles des joueurs tunisiens, en analysant avec soin leurs apports respectifs au fil du match.

Aymen Dahmen (5.5 ) :  Gardien numéro un de la sélection selon le consensus du staff technique depuis la nomination de Sami Trabelsi, il continue d’avoir la pleine confiance de l’encadrement, qui a une nouvelle fois reconduit le portier du Club Sportif Sfaxien. Sa prestation face au Brésil a été globalement sobre : il a correctement intercepté plusieurs frappes, même si, dès le début de la rencontre, sa vigilance a failli être prise en défaut sur un tir croisé qu’il n’est pas parvenu à détourner. Montassar Talbi, présent sur la trajectoire, a heureusement évité l’ouverture du score. Le seul but encaissé provenant d’un penalty, sa responsabilité n’est pas engagée. Toutefois, certains passages ont laissé transparaître une forme de fébrilité et un déficit d’assurance ; il gagnerait notamment à mieux diriger son arrière-garde et à affirmer davantage son leadership. Malgré ces points perfectibles, il apparaît solidement installé dans son rôle de numéro un, en particulier en l’absence de Béchir Ben Saïd, blessé. Les prochaines échéances la Coupe Arabe puis surtout la Coupe d’Afrique  constitueront un véritable baromètre pour évaluer sa fiabilité, mais à ce stade, aucun concurrent ne semble véritablement lui barrer la route.

Yan Valéry (5.5 ) : Très discret sur son côté droit, le latéral de Sheffield Wednesday a parfaitement tenu son couloir dans ses missions défensives. Il a su contenir les offensives adverses et gérer son vis-à-vis de classe mondiale, Vinicius Junior, tout en étant efficacement épaulé par ses coéquipiers dans le repli défensif, notamment Yassine Meriah, Elyes Skhiri et Ferjani Sassi.

En revanche, son apport offensif est resté quasi inexistant tout au long de la rencontre, à l’inverse de son pendant côté gauche, Ali Abdi, beaucoup plus entreprenant sur les transitions rapides. Ce déficit offensif peut s’expliquer par différents facteurs : soit des consignes strictes du staff l’ayant cantonné à un rôle défensif, soit un manque d’initiative du joueur, préférant se concentrer sur son rôle de rideau défensif.

Malgré cela, la prestation de Valéry reste globalement satisfaisante et encourageante. Néanmoins, pour les échéances à venir, notamment en Coupe d’Afrique, il lui faudra enrichir son apport offensif pour pleinement soutenir le jeu des Aigles de Carthage.

Yassine Meriah (6) : Le défenseur central de l’Espérance Sportive de Tunis, à l’image de l’ensemble de la charnière tunisienne, a livré une prestation solide. Il s’est distingué par son sens du placement, son anticipation et surtout son expérience, apportant un véritable repère rassurant pour ses partenaires.

Habituellement enclin à en faire trop lors des relances, en cherchant des solutions verticales et parfois complexes, il a cette fois-ci simplifié son jeu face au Brésil, privilégiant des passes sûres et rationnelles, ce qui a renforcé la solidité de sa performance. Il a toutefois connu un léger moment de flottement vers la 10ᵉ minute, lorsqu’il s’est fait éliminer trop facilement par Rodrigo, l’attaquant du Real Madrid, lors d’un contre. Heureusement, cette erreur n’a eu aucune conséquence, Talbi intervenant à temps pour contrer la frappe brésilienne.

Dylan Broon (6) : Dans la charnière à trois axiaux mise en place par le sélectionneur Sami Trabelsi, l’axial du FC Servette, Dylan Broon, a su tirer son épingle du jeu grâce à sa prudence et à la sobriété de son jeu. À l’instar de son partenaire Yassine Meriah, il a mis son expérience au service de l’équipe, se distinguant notamment par sa communication avec ses coéquipiers de la charnière centrale et par la fluidité des automatismes du trio.

Pour le trio composé de Yassine Meriah, Montassar Talbi et Dylan Broon, évoluer face à une équipe qui monopolise le ballon dans un dispositif en 3-5-2 n’a rien d’inhabituel. Ils avaient déjà affronté le Brésil dans ces conditions lors d’un amical en 2022, et avaient connu la même configuration lors du match inaugural de la Tunisie contre le Danemark à la Coupe du Monde 2022. Hier soir, Dylan Broon est apparu beaucoup plus serein face à la Seleção que lors de la rencontre précédente contre la Jordanie, où il avait complètement manqué son match. Ce réveil est de bon augure, alors que des échéances importantes et continentales approchent pour la sélection tunisienne.

Montassar Talbi (6.5) : Leader défensif, le Lorientais Montassar Talbi a livré une prestation remarquable, faisant la différence par son leadership, son tempérament, sa hargne et sa combativité. Il a notamment évité l’ouverture du score brésilienne lorsque Rodrigo, ayant pris le dessus sur Meriah et trompé la vigilance de Dahmen, a vu sa frappe détournée par Talbi.

Du début à la fin de la rencontre, il s’est imposé comme un véritable capitaine de terrain. C’est probablement le match le plus abouti et sérieux de Montassar Talbi en sélection depuis deux ans. Depuis la Coupe du Monde 2022, il avait souvent montré des signes de fébrilité sous le maillot national, mais hier soir, il a clairement redressé la barre, offrant une prestation rassurante pour l’avenir des Aigles de Carthage.

Ali Abdi (7) : Impressionnant et héroïque dans son rôle de piston gauche, le joueur de l’OGC Nice a livré une prestation majuscule, aussi bien défensivement qu’offensivement. Véritable arme fatale dans un système basé sur les transitions rapides, il constitue la première solution offensive de la sélection tunisienne dans ce type de configuration. C’est d’ailleurs lui qui offre la passe décisive à Hazem Mastouri sur une attaque éclair parfaitement menée. Exemplaire dans l’effort, généreux dans les courses, Ali Abdi est un véritable dévoreur d’espaces. Ce match, avec ses larges zones à exploiter, lui allait comme un gant. Sa prestation confirme une fois de plus la nouvelle dimension qu’il a prise en sélection, de rassemblement en rassemblement, il s’impose comme un élément incontournable du groupe.

Déjà buteur lors du précédent amical face à la Jordanie, il poursuit sur sa lancée. Voilà bien longtemps que la Tunisie n’avait pas compté sur un latéral ou piston aussi influent dans l’animation offensive. Ali Abdi occupe désormais une place incontournable dans le schéma offensif des Aigles de Carthage.

Elyes Skhiri (5.5) : Moins en vue que ses partenaires du milieu, le joueur de l’Eintracht Francfort a manqué d’impact et de présence tout au long de la rencontre. Pourtant, son rôle d’essuie-glace devant la défense, en sentinelle, a revêtu une importance stratégique majeure : il a su réduire les espaces et limiter les angles de passes adverses, contribuant ainsi à enrayer la mécanique offensive de la Seleção.

Dans l’ensemble, la prestation de Skhiri demeure satisfaisante, mais elle laisse toutefois les observateurs sur leur faim, notamment en raison de son faible apport à la relance. Contrairement à ses partenaires Hannibal Mejbri et Ferjani Sassi, il s’est principalement contenté de passes sécurisantes, latérales ou en retrait, délaissant la verticalité et l’orientation offensive qui auraient pu dynamiser le jeu tunisien.

Hannibal Mejbri (7) : Le joueur de Burnley a livré la meilleure première mi-temps de sa carrière internationale. C’est la première fois que Mejbri démontre pleinement son potentiel de joueur évoluant en Premier League. Jusqu’ici, ses prestations avaient été correctes et satisfaisantes, mais sans éclat particulier. Face au Brésil, il a réalisé une première période remarquable, en se distinguant notamment par sa qualité technique et son utilisation du ballon.

Rapide dans ses transmissions et efficace dans les attaques rapides, il n’a pas hésité à alterner entre montées balle au pied pour fissurer le rideau adverse et jeu en une touche de balle. Il a pris des initiatives et s’est montré à la hauteur physiquement, ne se laissant pas intimider et remportant ses duels avec autorité. Sa seconde période a été moins brillante, et il s’est progressivement éteint avant l’heure de jeu. Néanmoins, ce qu’il faut retenir, c’est que Mejbri a enfin montré qu’il pouvait apporter à la sélection tunisienne le niveau d’un joueur évoluant en Premier League. S’il parvient à reproduire ce type de performance lors des prochaines échéances, en Coupe Arabe et en CAN, il pourrait devenir un élément indiscutable et confirmer les grandes attentes placées en lui par le public, le staff technique et les observateurs.

Ferjani Sassi (6.5) : Véritable régulateur du milieu tunisien, Ferjani Sassi a été l’élément clé qui dictait le rythme, alternant avec intelligence temporisations et accélérations. Sa maîtrise technique et sa qualité de relance ont permis d’oxygéner le collectif tunisien lorsqu’il subissait le pressing brésilien, réussissant par intermittence à le déjouer. Dans l’utilisation du ballon, sa prestation a été excellente : il a su distiller des passes dans les intervalles et s’imposer comme le leader technique du milieu.

Quelques points restent cependant perfectibles. Sous forte pression ou face à l’impact physique des adversaires, sa vitesse d’exécution peut parfois faiblir, et son erreur en fin de match, ayant entraîné un penalty évitable, n’est pas à la hauteur d’un joueur fort de 94 sélections. Mis à part ces deux aspects, sa performance demeure solide. Si saluer sa prestation relève d’une juste appréciation individuelle, il est toutefois nécessaire, dans une perspective prospective, de s’interroger sur sa capacité à reproduire ce niveau de jeu lors des compétitions officielles. Les prochaines échéances, à savoir la Coupe Arabe et la Coupe d’Afrique des Nations, apporteront des éléments de réponse décisifs à ce sujet.

Elias Saad (6) : Dans un rôle d’attaquant de soutien et d’électron libre derrière l’avant-centre Hazem Mastouri, Elias Saad avait une mission délicate : faire le lien entre le milieu et l’avant tunisien. En première période, il est apparu quelque peu en difficulté, souvent esseulé et manquant de soutien pour faire circuler le ballon et créer le danger.

Cependant, sa seconde période a montré tout son potentiel. Capable de faire la différence par des exploits individuels, il a failli tromper la vigilance du portier brésilien sur un tir audacieux. L’association avec Mastouri, dans cette configuration, reste à affiner pour identifier leurs affinités techniques et leur complémentarité. La faible possession tunisienne (27 %) ne permet pas de tirer de conclusions définitives sur leurs automatismes, mais dans d’autres schémas ou lors des prochaines échéances, cette paire pourrait s’avérer idéale pour l’attaque de la sélection.

En somme, la prestation d’Elias Saad est très honorable. Par son sens du jeu et ses qualités techniques, il démontre qu’il peut, même en étant discret par moments, illuminer une rencontre par un éclair de génie offensif.

Hazem Mastouri (7) : Lorsqu’on est la Tunisie et qu’on affronte le Brésil, même en amical, le rôle le plus ingrat revient souvent à l’avant-centre. Isolé, coupé du jeu, il doit savoir exploiter au mieux les rares ballons qui lui parviennent dans la zone de vérité. Hazem Mastouri a parfaitement relevé ce défi, en concrétisant l’offrande d’Ali Abdi en première période grâce à une belle course au deuxième poteau et un effort constant, faisant preuve d’une grande abnégation.

Comme évoqué précédemment, son implication dans le jeu ne peut être pleinement évaluée compte tenu de la configuration du match. Cependant, inscrire un but face au Brésil, à l’approche de la Coupe Arabe et de la CAN, le propulse logiquement en tête de la hiérarchie des avant-centres. La concurrence saine avec un élément tel que Chawat à ce poste devrait constituer un stimulant pour Mastouri et lui permettre de maintenir un rendement de qualité.

Tunisie–Brésil : bilan tactique et projections  

​​La Tunisie a livré hier une prestation remarquable, notamment dans son organisation défensive et son engagement, tout en dévoilant de réelles intentions dans les phases de transition et de conservation destinées à attirer le pressing adverse. Cette sélection excelle dans les configurations où elle accepte d’être privée du ballon, alternant intelligemment entre un bloc médian et un bloc haut, et se montrant particulièrement dangereuse en transitions rapides.

Face au Brésil, les Aigles de Carthage n’ont eu que 27 % de possession, avec un expected goal de 0,58. Malgré cet écart théorique et une opposition très déséquilibrée sur le papier, ils sont parvenus à tenter 7 frappes, dont 2 cadrées  des statistiques très honorables au vu du contexte.

Cela étant, même si la prestation tunisienne fut très honorable sur le plan technico-tactique, elle doit être appréciée avec une certaine relativité. Les Tunisiens ont en effet livré une dépense d’énergie considérable, comme s’il s’agissait du match du siècle, tandis que le Brésil évoluait avec retenue, abordant cette rencontre comme un simple match amical parmi d’autres.

Quant à Sami Trabelsi, longtemps critiqué pour ses choix de joueurs et pour ses orientations tactiques, il a incontestablement réussi son pari face à l’une des meilleures sélections au monde. Il n’a pas à rougir ni de la performance de ses hommes ni du dispositif mis en place. Toutefois, un point mérite d’être souligné : le plan de jeu adopté face au Brésil est en tout point similaire à celui déployé par Kadri contre le Danemark lors de la Coupe du Monde 2022. Un bloc bas  parfois médian et des transitions rapides exploitées grâce aux qualités athlétiques d’Abdi. Trabelsi n’a donc rien révolutionné : on reste dans les standards tactiques habituels de la sélection.

De plus, la configuration dans laquelle la Tunisie est privée du ballon semble convenir au staff technique, car l’équipe reste incapable de proposer une animation offensive cohérente en attaque placée, comme on le constate à chaque CAN face à des adversaires de niveau comparable. Cela n’enlève cependant rien au mérite des joueurs ni au travail du staff.

On pourra véritablement mesurer l’évolution de la sélection tunisienne lors des prochaines échéances  la Coupe Arabe puis surtout la CAN. Ces compétitions permettront au public des Aigles de Carthage, ainsi qu’aux observateurs, d’évaluer objectivement les progrès accomplis.