À Luxeuil-les-Bains, station thermale emblématique de
Haute-Saône, le thermalisme n’est pas qu’une carte postale. C’est
un soin prescrit, un rendez-vous annuel pour des milliers de
curistes, et un pilier du commerce local. L’annonce d’un projet
gouvernemental visant à réduire drastiquement le remboursement des
cures par l’Assurance maladie a donc agi comme un électrochoc chez
les élus comme chez les habitants. Car derrière une ligne du projet
de loi de financement de la Sécurité sociale, toute une
organisation de vie est en jeu.
Réuni récemment, le conseil municipal a choisi de hausser le
ton. Les élus ont adopté à l’unanimité une motion qui porte un mot
d’ordre clair : “Non à la disparition des cures
thermales”, et qui demande l’abandon pur et simple du projet
de déremboursement, au nom du risque de “désertification
médicale et économique”, résume la motion rapportée par L’Est
Républicain. Une prise de position locale qui s’inscrit dans une
mobilisation bien plus large, à l’échelle de toutes les communes
thermales françaises.
À quoi ressemble le projet de déremboursement des cures
thermales ?
Au cœur des inquiétudes, il y a le scénario étudié par le
gouvernement dans le cadre du PLFSS 2026. Aujourd’hui, les cures
thermales conventionnées sont remboursées à 65 %
par l’Assurance maladie, et même à 100 % pour les
patients en affection de longue durée (ALD). Le projet évoqué
consisterait à faire tomber ce taux à environ 15 %
pour la majorité des curistes, et à 65 % pour ceux
en ALD, afin de dégager près de 200 millions d’euros d’économies
par an, pour un poste de dépenses qui ne pèse que autour de 0,1 à
0,2 % du budget de l’Assurance maladie.
Environ 470 000 personnes ont suivi une cure thermale
conventionnée en France en 2024. Pour elles, la mesure signifierait
un reste à charge largement plus élevé, d’autant que le coût d’une
cure se cumule souvent avec des frais de transport, d’hébergement
et de repas. À Luxeuil-les-Bains, où les thermes spécialisés en
phlébologie, gynécologie et rhumatologie irriguent toute l’économie
locale, ce changement de modèle inquiète les commerçants autant que
les soignants.
À Luxeuil-les-Bains, une motion contre la « désertification
médicale et économique »
La motion votée par le conseil municipal de Luxeuil-les-Bains ne
se limite pas à une protestation symbolique. Elle met noir sur
blanc le lien direct entre le niveau de remboursement des cures et
l’avenir de la ville : moins de curistes, c’est moins de
consultations médicales, moins d’activité pour les thermes gérés
par la Chaîne Thermale du Soleil, moins de nuitées dans les hôtels
et de couverts servis dans les restaurants. Le texte alerte sur un
risque de “désertification médicale et économique”, avec à
la clé une fragilisation des emplois et des services de
proximité.
Les arguments rejoignent ceux portés à l’échelle nationale par
les Régions et les professionnels du secteur : le thermalisme
ferait vivre environ 25 000 emplois en France et
générerait près de 4,8 milliards d’euros de
retombées économiques annuelles. Pour les élus de
Luxeuil-les-Bains, toucher au remboursement des cures reviendrait à
affaiblir un écosystème local complet, dans une commune où les
thermes structurent depuis longtemps la vie sociale et économique.
La pétition nationale relayée par le site Occitanie Thermale
affiche le même mot d’ordre : “Non à la disparition des cures
thermales et des territoires thermaux !”.
Déremboursement des cures thermales :
ce que cela changerait pour les curistes
Pour un curiste, la question est très concrète : combien
resterait-il à payer si la part de l’Assurance maladie baisse
fortement ? Les estimations avancées par les professionnels
tournent autour de plusieurs centaines d’euros supplémentaires à la
charge du patient, une fois additionnés les soins, les
consultations, l’hébergement et les déplacements. Les personnes en
ALD, aujourd’hui intégralement prises en charge pour la cure,
devraient elles aussi assumer une part des frais si le passage à 65
% se confirmait.
Certaines complémentaires santé pourraient compenser une partie
de ce désengagement, en prenant mieux en charge le forfait de
surveillance médicale ou les soins thermaux eux-mêmes. Mais là
encore, tout dépendrait des contrats, des niveaux de garanties et
du pouvoir d’achat des assurés. À Luxeuil-les-Bains, les élus
redoutent que des patients renoncent à leur cure, alors même que la
médecine thermale s’appuie sur des dizaines d’études cliniques pour
des pathologies comme l’arthrose, les troubles anxieux ou le
surpoids. Autrement dit, le débat ne se limite pas à des chiffres
budgétaires : il touche à l’accès aux soins dans des territoires
déjà fragiles, ce qui explique la mobilisatoin en chaîne des
communes thermales.

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