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« Les Français se taisent aujourd’hui » : la cuisine italienne entre au patrimoine de l’Unesco

« Les Français se taisent aujourd’hui » : la cuisine italienne entre au patrimoine de l’Unesco


L‘Italie a-t-elle gagné la Coupe du monde avant l’heure ? À voir le sourire et le ton enjoué de Giorgia Meloni dans une vidéo officielle publiée ce mercredi, le doute était permis. « Je voudrais vous partager une nouvelle qui nous remplit de fierté », prévenait d’ailleurs en préambule la présidente du Conseil. Et, sans attendre davantage, d’annoncer : « Aujourd’hui, l’Unesco a reconnu la cuisine italienne en tant que patrimoine de l’humanité. » « Une victoire de l’Italie. La victoire d’une nation extraordinaire qui, lorsqu’elle croit en elle et est consciente de ce dont elle est capable, n’a pas de rivales et peut émerveiller le monde », célébrait même la cheffe de l’exécutif.

La bonne nouvelle est arrivée de New Delhi, en Inde, où se tenait la 20ᵉ session du Comité intergouvernemental pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Aux côtés de la cucina italiana, une cinquantaine d’autres pays ont également vu leurs candidatures faire leur entrée dans le panthéon onusien : du festival hindou de Divali à la vannerie traditionnelle polonaise en passant par l’art de la miniature d’Afghanistan ou encore le koshary, un plat populaire venu d’Égypte.

Mais chez nos voisins transalpins, ce n’est pas une recette, un produit ou une tradition qui a été reconnu à titre individuel mais bien la cuisine tout entière du pays. Une « première historique » de la part de l’Unesco, rappellent à l’unisson les médias de la Péninsule. Une décision qui pourrait en tout cas mettre un point final à l’éternel débat sur la suprématie culinaire faisant rage de part et d’autres des Alpes, s’amusent nombre d’internautes italiens. « Les Français se taisent aujourd’hui », jubile ainsi l’un d’eux.

Un bon coup de pouce économique pour le made in Italy ?

Pour sa part, le comité intergouvernemental de l’Unesco a préféré mettre en valeur dans son verdict la « fusion culturelle et sociale autour des habitudes alimentaires » dans la Péninsule. Une cuisine qui « met l’accent sur l’intimité avec la nourriture, le respect des ingrédients et les moments partagés autour de la table », peut-on lire. Une cuisine vecteur « d’inclusion sociale », de « lutte contre le gaspillage » et « canal d’apprentissage intergénérationnel tout au long de la vie, renforçant les liens, encourageant le partage et promouvant un sentiment d’appartenance ».

Pour le juriste Pier Luigi Petrillo, co-auteur du dossier de candidature (en 2017, il avait déjà fait inscrire « l’art du pizzaiolo napolitain » au patrimoine immatériel), cette inscription couronne la cuisine italienne en tant que « fruit de différentes influences, creuset de connaissances et d’habitudes qui, en se mélangeant, ont pu créer quelque chose d’unique ».

Préparée depuis plusieurs années, la candidature de la « cuisine italienne » auprès de l’Unesco a pu compter sur l’indéfectible soutien du gouvernement Giorgia Meloni, dès son arrivée aux affaires. Et pour cause, au-delà de la reconnaissance onusienne, cette inscription pourrait donner un sérieux coup de pouce au made in Italy.

« Elle renforce la position de notre pays, y compris dans le contexte international pour deux raisons », reconnaît ainsi le ministre de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida. « La première est évidemment la promotion, qui garantit une augmentation des ventes et une meilleure valeur ajoutée, mais il y a aussi un autre facteur à prendre en compte : la lutte contre “l’italian sounding”, c’est-à-dire les imitations qui nous privent du savoir-faire qui nous a été transmis de génération en génération », espère ainsi l’élu des Frères d’Italie.

« Une caricature gastronomique » de l’Italie

Chez les professionnels du commerce et du tourisme, on se frotte déjà les mains. Selon les premières estimations de l’association Fiepet Confesercenti, l’entrée au patrimoine immatériel pourrait booster la présence touristique de 6 à 8 % dans les deux années à venir, soit près de 18 millions de nuitées supplémentaires à prévoir dans le Bel Paese. Pour rappel, le tourisme gastronomique et œnologique générerait à lui seul quelque 9 milliards d’euros de dépenses directes dans le pays chaque année. Quitte pour cela à céder encore un peu plus de terrain face à la « foodisation » galopante des grandes villes italiennes dont les centres-villes se transforment inexorablement en cantine à ciel ouvert pour touristes.

Malgré le tonnerre d’applaudissements, la consécration de la « cuisine italienne » ce mercredi n’est pas au goût de tous nos voisins. À commencer par Alberto Grandi, professeur d’histoire de l’alimentation à Parme et critique régulier des excès du gastro-nationalisme transalpin. Ce « tampon » de l’Unesco ne fait que certifier « une idée abstraite des Italiens qui mangent toujours très bien, d’une cuisine qui est toujours comme celle de la grand-mère et que l’on connaît tous par cœur », déplore-t-il dans une vidéo postée sur ses réseaux sociaux. « Dommage que cette image n’ait aucun lien avec l’histoire réelle de l’alimentation italienne, avec ce que les Italiens ont mis sur leur table pendant des siècles et qu’ils continuent à mettre aujourd’hui », ajoute l’universitaire qui dénonce une « caricature gastronomique » de l’Italie et une opération de marketing.