Le plan de paix de Donald Trump pour Gaza a du plomb dans l’aile. Alors qu’il prévoyait la mise en place d’un cessez-le-feu, celui-ci a été violé à plusieurs reprises, et Israël et le Hamas s’accusent depuis, mutuellement de bombardements. Plus de deux mois après la révélation des détails du plan de paix du président américain, et quelques semaines après son adoption par l’ONU, où en est-on ?
Comme le prévoyait la première phase du texte, les vingt derniers otages vivants du Hamas et 27 des 28 dépouilles d’otages ont été libérés ou restitués à Israël. L’aide humanitaire, qui devait entrer à Gaza, a pu le faire, mais seulement en partie, le blocus imposé par Tsahal ayant été uniquement partiellement levé.
En parallèle, les frappes ont continué de pleuvoir, chacun des deux camps imputant à l’autre la responsabilité de la reprise des hostilités, et l’enclave palestinienne subit toujours une crise humanitaire. La deuxième phase du plan ne semble pas prête à être enclenchée, et les détails de sa mise en place et de ses modalités font l’objet de profondes divergences et demeurent, pour l’heure, assez flous.
« Il semble qu’Israël ne soit pas pressé de voir cette deuxième phase être mise en œuvre »
« On en est toujours à la première phase du plan. Côté aide humanitaire, le nombre de camions entrant à Gaza est inférieur à ce qui était demandé et, parmi les flux comptabilisés, il y a aussi des flux purement commerciaux », souligne auprès du Point, Denis Bauchard, conseiller spécial pour le Moyen-Orient à l’Institut français des relations internationales (Ifri).
Fin novembre, les autorités israéliennes annonçaient dans une publication sur X que 4200 camions d’aide entraient chaque semaine à Gaza, soit 600 par jour – ce qui était prévu dans l’accord du cessez-le-feu d’octobre. Une analyse de l’agence Associated Press révélait pourtant, ce jeudi 11 décembre, que seuls 459 camions entraient chaque jour dans l’enclave. Denis Bauchard, ancien ambassadeur en Jordanie et au Canada, note aussi qu’un corps n’a toujours pas été restitué à Israël. « Il semblerait aussi qu’Israël ne soit pas pressé de voir cette deuxième phase être mise en œuvre », ajoute-t-il.
Se pose, aussi, la question du désarmement du Hamas – et de ses modalités. Exigé par l’État hébreu et prévu par la seconde phase de l’accord de paix, il ne fait pas consensus entre les deux parties. L’ex-numéro un du Hamas, Khaled Mechaal, a rejeté récemment un « désarmement total » du groupe islamiste palestinien et a proposé, à la place, « un gel ou un stockage » des armes. Une suggestion bien éloignée des conditions posées par Israël pour une paix durable… Mais aussi pas forcément représentatives des positions du groupe terroriste.
D’après Denis Bauchard, « il semblerait que ce soit la proposition d’une partie du Hamas, mais pas de l’ensemble du groupe ». De toute manière, le Hamas n’est pas prêt à être désarmé selon les modalités exigées par l’État hébreu : « Il se dit prêt à le faire, mais certainement pas pour que ses armes soient remises aux Israéliens. Ce qui laisse entier ce sujet du désarmement du Hamas… Et celui de savoir qui va s’assurer qu’il est bel et bien désarmé. »
La Force internationale de stabilisation en question
Quid des autres dispositions prévues par le plan de paix Trump ? Le texte, adopté par la résolution 2803 de l’ONU, prévoit la mise en place d’une Force internationale de stabilisation temporaire, qui aurait pour mission de désarmer « les groupes armés non étatiques », mais aussi de sécuriser les zones frontalières, protéger les civils et assurer le bon déroulé des opérations humanitaires, tout en démilitarisant Gaza et en détruisant les infrastructures militaires sur place.
Sa nature, les modalités de sa mise en place et sa composition semblent, là aussi, très floues. L’ONU veut qu’elle collabore avec Israël, mais aussi avec l’Égypte et les « nouvelles forces de police palestiniennes formées et contrôlées » par la Force internationale de stabilisation (comme le prévoit, en ces termes, la résolution 2803 de l’ONU sur le sujet)… Mais l’État hébreu souhaite décider lui-même de sa composition et « l’impression que l’on a, au final, c’est que ce dispositif est entièrement aux mains des Américains, avec seulement un aval des Nations unies », note l’ex-ambassadeur.
« J’ai cru comprendre que c’est un général américain qui serait nommé pour commander la Force internationale », souffle Denis Bauchard. D’après les dernières informations du média Axios, le général américain Jasper Jeffers, qui pilote le Commandement des opérations spéciales du Centre (SOCCENT, la branche des opérations spéciales du Commandement central des forces armées des États‑Unis) et qui dispose d’une solide expérience en Irak, en Afghanistan, en Syrie et plus récemment dans la supervision du cessez-le-feu au Liban, fait partie des favoris pour ce poste. D’ordinaire, la mise en place de ce type de dispositif passe plutôt par le Conseil de sécurité de l’ONU. Pour sa part, le Hamas rejette la Force internationale de stabilisation en l’état, mais a déjà assuré qu’il accepterait la présence des Nations unies sur le territoire.
« Les choses vont très lentement »
Du côté du Comité de la paix, qui doit donner un cadre à cette Force internationale de stabilisation, et dont Donald Trump s’est d’ores et déjà attribué la présidence, le même flou subsiste. Pour rappel, celui-ci doit permettre une administration transitoire du territoire, avant qu’une Autorité palestinienne réformée n’ait pris forme. Elle doit permettre la reconstruction du territoire palestinien. Mais pour l’heure, sa composition n’est pas, non plus, arrêtée.
« Les seuls éléments récents que l’on a concernent Tony Blair, qui aurait été écarté sous la pression des pays du Golfe. On n’en sait pas plus pour le moment, on ne sait pas bien qui va participer, sur la base de quels critères… On sait en revanche que la France n’a pas encore été sollicitée », souligne encore Denis Bauchard. Le nom de l’ex-Premier ministre britannique et ancien envoyé spécial du Quartet (Nations unies, États-Unis, Union européenne, Russie) pour le Moyen-Orient avait été soufflé par Donald Trump, mais son bilan dans la région avait, à l’époque, fait polémique.
Celui-ci est en effet assez controversé : malgré ses efforts diplomatiques, l’absence de relance significative du processus de paix entre Israël et Gaza lui a attiré plusieurs critiques. Qui plus est, son approche sur place a été, à plusieurs reprises et tant par des responsables palestiniens que par certains observateurs internationaux, jugée biaisée en faveur de l’État hébreu. « Le fait qu’il soit Britannique n’aide pas non plus », glisse Denis Bauchard – cela pourrait rappeler aux Gazaouis le mandat britannique, effectif entre 1923 et 1948.
Les mêmes interrogations entourent, de manière plus générale, la future gouvernance de Gaza. « S’agissant des différentes institutions envisagées, les choses vont très lentement. En ce qui concerne le comité technocratique (il y a quelques semaines, plusieurs mouvements dont le Hamas et le Fatah ont approuvé sur le principe une gestion provisoire de Gaza par un comité indépendant de technocrates, NDLR), l’Autorité palestinienne a proposé quinze noms », précise encore Denis Bauchard. Pour le spécialiste de la région, « tout cela se met en place très lentement ».

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