Ces injections de médicaments GLP-1, d’abord
prescrites contre le diabète de type 2 puis
devenues ultra‑médiatisées pour la perte de poids, n’en finissent
pas de surprendre. Après les débats sur leurs effets digestifs ou
psychiques, une nouvelle étude publiée le 10 décembre dans la revue
Neurology suggère un possible “bonus” pour le cerveau des
personnes diabétiques : un risque d’épilepsie un
peu plus faible.
Ce signal ne concerne pas tout le monde et ne transforme pas
Ozempic ou les autres agonistes du GLP-1 en traitements
antiépileptiques. Mais il relance une question qui intrigue de plus
en plus les chercheurs : ces médicaments, qui imitent une hormone
intestinale, pourraient‑ils aussi protéger certaines fonctions
neurologiques, au moins chez une partie des patients diabétiques
?
Médicaments GLP-1 et épilepsie : ce que montre l’étude
Les chercheurs de l’Université de Taichung, à Taïwan, ont
exploité les données médicales de 452 766 adultes traités pour un
diabète de type 2, âgés en moyenne de 61 ans. La moitié recevait un
agoniste du GLP-1 (comme le dulaglutide, le liraglutide ou le
sémaglutide), l’autre moitié un autre traitement
courant, les inhibiteurs de la DPP-4. Aucun participant ne
présentait d’antécédent d’épilepsie au départ, et tous ont été
suivis pendant cinq ans.
Sur cette période, 1 670 personnes du groupe GLP-1 ont développé
une épilepsie, soit 2,35 %, contre 1 886 personnes dans le groupe
DPP-4, soit 2,41 %. Après prise en compte d’autres facteurs de
santé, les utilisateurs de GLP-1 apparaissaient 16 % moins
susceptibles de développer une épilepsie, avec un effet
particulièrement marqué pour le sémaglutide. “Des essais
supplémentaires qui suivent les personnes dans le temps sont
nécessaires pour confirmer ces résultats, mais ces résultats sont
prometteurs, puisque les personnes diabétiques présentent un risque
accru de développer une épilepsie plus tard dans la vie. Ces
résultats étayent la théorie selon laquelle les médicaments GLP-1
pourraient avoir des bénéfices neurologiques au-delà du contrôle de
la glycémie”, explique le Dr Edy Kornelius, principal auteur
de l’étude, cité par Top Santé.
Un signal encourageant, mais qui reste prudent
Comme il s’agit d’une étude observationnelle, ce lien reste une
association statistique, pas une preuve que les GLP-1 préviennent
les crises. Les auteurs rappellent aussi que d’autres paramètres,
comme les antécédents familiaux ou la consommation d’alcool,
n’étaient pas disponibles. Le Dr Kornelius insiste : “Ces
résultats n”impliquent pas que les inhibiteurs de la DPP-4 soient
nocifs d’une quelconque façon ni que les médicaments GLP-1 soient
définitivement bénéfiques pour la santé cérébrale”.
Ce travail s’inscrit dans un ensemble plus large de recherches
sur le cerveau et les GLP-1. À partir de la vaste base de données
TriNetX aux États-Unis, le psychiatre Riccardo De Giorgi, de
l’Université d’Oxford, a observé chez des patients diabétiques un
risque plus faible de déficits cognitifs et, dans certains cas, de
démence sous sémaglutide que sous sitagliptine ou glipizide, mais
un risque un peu plus élevé de migraine. Aucune augmentation
globale de la dépression ou de la suicidalité n’a été retrouvée,
même si d’autres études évoquent un signal d’idées suicidaires dans
des sous‑groupes. “Jusqu’à présent, nous avons parlé de la
sécurité sur le plan neuropsychiatrique chez les patients
diabétiques, mais il faut aussi s’intéresser à la sécurité et aux
bénéfices possibles [des a-GLP-1) pour les personnes souffrant de
troubles mentaux”, a-t-il déclaré à Medscape Medical News.
Ce que cela change pour les patients
sous GLP-1
Pour les personnes diabétiques déjà traitées par agoniste du
GLP-1, ce signal d’un risque légèrement réduit d’épilepsie
ressemble plutôt à une bonne nouvelle supplémentaire, même si
l’effet reste modeste en valeur absolue. Les spécialistes
soulignent que rien, dans ces travaux, ne justifie de prescrire un
GLP-1 dans l’unique but de prévenir l’épilepsie, ni de modifier un
traitement antiépileptique sur cette seule base.
Les résultats ne permettent pas non plus d’extrapoler aux
personnes non diabétiques qui utilisent ces médicaments uniquement
pour perdre du poids, ni aux nouvelles molécules comme le
tirzépatide, qui n’étaient pas incluses. D’autres études, déjà en
cours, explorent les mécanismes possibles – notamment
l’inflammation cérébrale – et testent ces médicaments dans des
troubles psychiatriques comme la psychose. En attendant, toute
décision concernant un GLP-1 se discute au cas par cas avec le
médecin, surtout en présence d’antécédents
d’épilepsie ou de troubles de l’humeur.
Ozempic réduit-il vraiment le risque d’épilepsie ?
L’étude publiée dans Neurology montre une association
entre agonistes GLP-1 et risque d’épilepsie réduit de 16 % chez des
adultes diabétiques, mais elle ne prouve pas un effet protecteur
direct.
Ces résultats concernent-ils les personnes non diabétiques
?
Les données portent uniquement sur des patients avec diabète de
type 2. On ne sait pas si ce possible effet s’applique aux
personnes prenant un GLP-1 uniquement pour la perte de poids.
Faut-il changer de traitement diabétique pour protéger son
cerveau ?
Les chercheurs rappellent que les inhibiteurs de la DPP-4 ne
sont pas considérés comme nocifs et qu’il n’existe pas de
recommandation à changer de traitement pour réduire le risque
d’épilepsie.

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