Après leur indépendance, les Américains avaient signifié aux Européens que l’Amérique latine était leur affaire. En favorisant le narcotrafic, Maduro a donné à Trump le prétexte qu’il attendait. Avec en ligne de mire, le pétrole.
Marco Rubio, le secrétaire d’État américain, pourra remercier Donald Trump de lui avoir permis, ce 3 janvier, avec l’opération contre le Venezuela, d’oublier les couleuvres qu’il a dû avaler avec les négociations sur l’Ukraine.
Car si pour essayer de forcer la main de Zelensky, Steve Witkoff et Jared Kushner ont souvent doublé le responsable officiel de la diplomatie américaine, ce n’est pas le cas avec le Venezuela. La bataille contre Maduro, dont la première manche vient d’être gagnée par les États-Unis avec la capture du président vénézuélien et de sa femme, est depuis qu’il est en charge, l’affaire de Marco Rubio.
La main mise sur les pays d’Amérique latine
Fils d’une famille de Cubains qui ont fui le régime de Fidel Castro, le secrétaire d’État, qui avait évidemment souffert, avec ses parents, de la main mise communiste sur Cuba, a fait de la restauration de l’influence américaine en Amérique latine, son combat.
Avec Trump, il a trouvé le président que ne rebutait pas. Loin de là et il l’a confirmé lors de sa conférence de presse de Mar-a-Lago, avec le retour d’une doctrine, définie en 1823 par le président Monroe. Au moment où les anciennes colonies d’Amérique latine venaient d’accéder à l’indépendance, quelques années après les États-Unis, Monroe voulait signifier aux puissances européennes que toutes les terres américaines du sud du Rio Grande, et jusqu’à la Terre de Feu, constituaient la zone d’influence exclusive de son pays.
Une règle qui a surtout permis à Washington, directement par une intervention militaire ou indirectement via la CIA, de s’opposer, ou de tenter de le faire, aux tentatives de l’URSS de prendre pied en Amérique latine. Ce fut le cas au Nicaragua et surtout au Chili. Même si cela n’a pas toujours marché comme le montre la prise de pouvoir à Cuba de Fidel Castro.
L’affaire du Panama
Ce n’est cependant pas la première fois, avec l’opération nocturne contre le Venezuela, que les États-Unis prennent prétexte de la lutte contre le narcotrafic pour ranimer cette doctrine Monroe qu’ils semblaient avoir décidé d’oublier depuis la fin de la guerre froide : en décembre 1989, en effet, le président George W. Bush avait lancé une intervention militaire contre le Panama et son président le général Noriega.
Près de 27 000 hommes avaient envahi le pays. Et le général Noriega avait fini par se rendre après s’être réfugié à l’ambassade du Vatican assiégée par les GI, qui pour rendre la vie impossible aux habitants de la résidence, diffusaient en permanence de la musique rock à pleine puissance !
Noriega était aussi accusé de favoriser le narcotrafic. Il avait eu le tort de se servir de ses contacts américains pour faciliter la contrebande de stupéfiants vers les États-Unis, lui qui avait été, pendant toutes les années de guerre froide, un allié précieux qui renseignait la CIA sur les mouvements pro-communistes de la région.
Tout comme ce qui est promis à Nicolas Maduro, il avait, lui aussi, comparu devant les tribunaux américains. Mais il avait réussi à transformer son statut de condamné de droit commun en celui de « prisonnier de guerre ». Avec un régime de détention amélioré, auquel il avait toutefois dû se soumettre pendant 20 ans, avant d’être autorisé à se réfugier en France.
Le mépris de Trump pour les institutions de son pays
Contrairement à l’affaire du Panama, l’opération éclair du 3 janvier, si elle avait été précédée d’une intense préparation depuis le mois d’août, avec le déploiement au large des côtes vénézuéliennes d’une armada de destroyers lance-missiles entourant le porte-avions géant Gerald Ford, a été menée en quelques heures seulement.
Le président Trump a des raisons de se féliciter du savoir-faire de la force Delta, qui avait déjà à son palmarès l’attaque contre Ben Laden, en 2011 sous Obama, et qui a mené, protégée par une force aérienne exceptionnelle, l’exfiltration de Maduro et de sa femme de façon extrêmement professionnelle et expéditive. Et cette fois en ramenant vivant l’objet de la mission. Sans perdre un seul homme dans l’opération.
Restent maintenant deux problèmes auxquels le président des États-Unis va devoir répondre. Le premier est l’absence de consultation du Congrès des États-Unis pour une opération militaire importante. Il n’était évidemment pas question de demander aux parlementaires leur feu vert avant de lancer la force Delta – « Il aurait pu y avoir des fuites », a fait méchamment remarquer Trump. Mais ni le Sénat ni la Chambre des représentants n’ont été sollicités pour donner leur accord, comme le stipule la Constitution américaine, à un déploiement militaire sans précédent au large du Venezuela, ou à des frappes contre de supposés trafiquants, qui depuis le 2 septembre, ont neutralisé une trentaine de bateaux et éliminé une centaine de personnes.
Cette opération, que beaucoup de pays, notamment en Europe, ont jugée « illégale contre un pays souverain », illustre, une fois de plus, le mépris dans lequel Trump tient les institutions de son pays. Et dans le même mouvement, l’essentiel du droit international. Mais le plus immédiat des problèmes pour le président est de savoir, puisqu’il l’a annoncé lors de sa conférence de presse de samedi soir, comment il va diriger le pays « jusqu’à, ce que nous puissions, dit-il, assurer une transition sûre, appropriée et judicieuse ».
Le retour des compagnies pétrolières américaines
On croyait que l’expérience malheureuse de l’Irak avait guéri pour longtemps les États-Unis de la démarche qui consiste à gouverner un État étranger avant d’y installer une personnalité choisie par eux. Mais, pour Trump, le Venezuela est certainement différent. Le pays fait partie de la chasse gardée des États-Unis au sens de la doctrine Monroe. Et par-dessus tout, c’est une des plus grandes réserves pétrolières du monde.
Le président n’avait-il pas prévenu, le 17 décembre, que « le blocus pétrolier qu’[il impose] au Venezuela restera en place jusqu’à ce que Caracas restitue aux États-Unis tout le pétrole, les terres et autres biens qu’ils nous ont volés » ? C’est fait. Dans la foulée de l’opération du 3 janvier, Trump ne l’a pas caché : les compagnies pétrolières américaines vont revenir en force dans le pays « pour le plus grand bien, promet-il, du peuple vénézuélien ».

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