Il aura suffi de quatre lettres, placardées en capitales sur une carte trafiquée, pour ranimer de vieux spectres géopolitiques. Derrière la provocation numérique, une menace plus sérieuse affleure.
Ce n’est qu’un montage. Mais dans le monde de Donald Trump, les symboles précèdent souvent les actes. Samedi 3 janvier, tandis que Washington annonçait la capture spectaculaire du président vénézuélien Nicolas Maduro, Katie Miller, épouse du directeur de cabinet adjoint à la Maison-Blanche, publiait sur X un montage montrant le Groenland intégralement recouvert du drapeau américain, accompagné d’un laconique « SOON » (« bientôt »). En quelques heures, l’image a été vue plus de 12 millions de fois, déclenchant une onde de choc diplomatique jusqu’à Copenhague.
Dès le lendemain, l’ambassadeur du Danemark aux États-Unis, Jesper Møller Sørensen, montait au créneau. Dans une réponse au tweet, il appelait au « respect total » de l’intégrité territoriale du Groenland, territoire autonome placé sous souveraineté danoise. Le ton se voulait presque pédagogique : « Nous sommes des alliés proches et devons continuer à travailler ensemble en tant que tels. » Mais le rappel à l’ordre n’en était pas moins limpide.
Washington teste ses alliés
Car le Groenland n’est pas une lubie récente de Donald Trump. Depuis son premier mandat, le président américain n’a jamais caché son intérêt pour ce mastodonte glacé, verrou stratégique de l’Arctique et réservoir potentiel de ressources rares. Fin décembre encore, la nomination d’un envoyé spécial américain pour ce territoire avait ravivé les crispations entre Washington et Copenhague. Le tweet de Katie Miller est venu jeter une allumette sur un baril déjà ouvert.
Pour nombre d’analystes, la concomitance n’a rien d’anodin. L’opération menée au Venezuela est interprétée comme un signal adressé aux alliés autant qu’aux rivaux : l’Amérique de Trump entend reprendre la main, sans complexe, sur ce qu’elle considère comme ses zones d’intérêt vital. Après l’Amérique latine, l’Arctique, et même l’Europe, pourraient devenir le prochain théâtre de cette affirmation de puissance.
« On l’appelle maintenant le document “Donroe” »
Le président lui-même ne s’en cache plus. Lors d’une conférence de presse suivant l’annonce de la capture de Nicolás Maduro, Donald Trump a revendiqué un héritage idéologique qu’il s’est empressé de rebaptiser, précise Le Parisien. Après la doctrine Monroe, « on l’appelle maintenant le document “Donroe” », a-t-il lancé, accolant son prénom à l’architecte du dogme selon lequel l’hémisphère occidental relevait de la sphère d’influence exclusive des États-Unis.
Loin de s’en tenir à la rhétorique, l’administration Trump a récemment publié une nouvelle « Stratégie de sécurité nationale » au ton ouvertement nationaliste. Le document affirme que la domination américaine dans l’hémisphère occidental « ne sera plus jamais remise en question ».
Il y est question d’accès prioritaire aux ressources, de contrôle d’emplacements stratégiques et de gouvernements régionaux sommés d’être « suffisamment stables » pour contenir les flux migratoires vers le Nord. Les puissances « non hémisphériques », comme la Chine et la Russie, y sont explicitement désignées comme des adversaires à tenir à distance, notamment au Venezuela.

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