Barry Pollack, qui avait notamment représenté le cofondateur de WikiLeaks, veut attaquer la légalité de « l’enlèvement militaire » de Maduro. Un immense défi.
Son nom est apparu au dernier moment pour remplacer un avocat commis d’office. Nicolas Maduro, qui a plaidé non coupable d’accusations de trafic de drogue devant la justice américaine, lundi 5 janvier, s’est offert les services d’un cador du barreau : Barry Pollack, qui avait défendu le cofondateur de WikiLeaks Julian Assange dans son long combat pour éviter une extradition aux États-Unis. Devant un tribunal de Manhattan, l’avocat a affirmé qu’il comptait s’attaquer à « la légalité de l’enlèvement militaire » de Maduro.
Pollack, 61 ans, est associé chez Harris St. Laurent & Wechsler LLP, un cabinet de Washington et de New York spécialisé dans la défense pénale de cols blancs poursuivis par le gouvernement américain. Par le passé, il a notamment obtenu l’acquittement d’un comptable dans le scandale Enron. Et alors que Julian Assange risquait la prison à vie en vertu de l’Espionage Act, Pollack a négocié un accord de plaider coupable portant sur un seul chef. Le cofondateur de WikiLeaks a ainsi pu être libéré sans entrer sur le sol continental des États-Unis en 2024, avec une peine de 62 mois considérée comme déjà purgée au Royaume-Uni.
Immunité et « enlèvement militaire »
Dans une salle d’audience pleine à craquer, Maduro a tenté de profiter de sa tribune pour se poser en victime de l’impérialisme américain. Alors que le juge fédéral Alvin Hellerstein, âgé de 92 ans, lui demandait de confirmer son identité, le prévenu a répondu : « Je suis le président de la République du Venezuela et j’ai été kidnappé le 3 janvier. J’ai été arrêté à mon domicile à Caracas… ». « Il y aura un moment et un lieu pour aborder tout cela », l’a recadré le juge.
« M. Maduro est le chef d’un État souverain. À ce titre, il bénéficie des privilèges et immunités attachés à cette fonction. Par ailleurs, des questions se posent sur la légalité de cet enlèvement militaire », a enchaîné Barry Pollack.
Il y a 35 ans, la défense du dictateur panaméen Manuel Noriega, capturé lors d’une invasion américaine, avait tenté d’utiliser cette carte, sans succès. À l’époque, le gouvernement américain s’était appuyé sur un avis juridique rédigé en 1989 par Bill Barr, alors procureur général adjoint. Il affirmait que la Charte des Nations unies interdisant le recours à la force dans les relations internationales n’empêchait pas les États-Unis de procéder à des « enlèvements par la force » à l’étranger pour faire appliquer leur droit intérieur.
« Prisonnier de guerre »
Les juges avaient validé cette doctrine et conclu que Noriega ne bénéficiait pas de l’immunité de chef d’État. Comme dans son cas, les États-Unis ne reconnaissent pas Maduro comme le dirigeant légitime du Venezuela, depuis 2019. Et même si l’opération Absolute Resolve (« détermination absolue ») peut être contestée du point de vue du droit international, la jurisprudence américaine considère que dès lors qu’un prévenu se trouve sur le sol des États-Unis, les tribunaux fédéraux sont compétents pour le juger, peu importe la manière dont il y est arrivé.
Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores sont poursuivis pour « complot narcoterroriste, complot d’importation de cocaïne, de possession d’armes automatiques et d’engins explosifs et complot en vue d’utiliser des armes automatiques et des engins explosifs contre les États-Unis ». Le juge Hellerstein a confirmé leur maintien en détention au Metropolitan Detention Center de Brooklyn. Décrié pour son insalubrité et sa gestion défaillante – notamment lors du suicide de Jeffrey Epstein en 2019 –, l’établissement a, entre autres, accueilli le narcotrafiquant Joaquin « El Chapo » Guzman, P. Diddy et Ghislaine Maxwell. C’est également là qu’est actuellement incarcéré Luigi Mangione, poursuivi pour le meurtre du patron de UnitedHealthCare.
Maduro, dont la prochaine audience a été fixée au 17 mars, devra sans doute patienter plusieurs mois avant son procès. En quittant la salle d’audience, lundi, le dirigeant déchu a lancé : « Je suis un prisonnier de guerre ! » La bataille de la communication a déjà commencé.

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