Le soutien de Washington à l’ex-vice-présidente de Maduro Delcy Rodriguez repose sur un mélange de pragmatisme intéressé de Donald Trump et de griefs personnels.
Quand des commandos de la Delta Force, unité d’élite de l’armée de terre américaine, capturent Nicolas Maduro lors d’une opération « Absolute resolve » millimétrée, le 3 janvier, la route du pouvoir semble d’un seul coup se dégager pour María Corina Machado. Mais plutôt que de soutenir la leader de l’opposition vénézuélienne ou son lieutenant Edmundo Gonzalez, vainqueur d’une élection présidentielle à laquelle Machado n’avait pas été autorisée à se présenter, en 2024, Donald Trump a choisi de ne pas rompre, pour l’instant, avec le chavisme.
Washington travaille avec l’ex-vice-présidente Delcy Rodriguez, qui a prêté serment comme présidente par intérim ce lundi 5 janvier. Donald Trump, qui a juré qu’il allait « diriger » le Venezuela, l’a menacée d’un sort « pire que Maduro » si elle n’ouvrait pas l’accès aux réserves pétrolières du pays aux entreprises américaines.
Le manque de « soutien » et de « respect » de Machado
Donald Trump a d’emblée éliminé María Corina Machado. « Je pense qu’il serait très difficile pour elle d’être la dirigeante. Elle n’a pas le soutien à l’intérieur du pays, ni le respect à l’intérieur du pays. C’est une femme très sympathique, mais elle n’a pas le respect », a déclaré le président américain devant les caméras après la capture de Maduro.
Trump on María Corina Machado: “I think it’d be very tough for her to be the leader. She doesn’t have the support or the respect within the country. She’s a very nice woman but she doesn’t have the respect.” pic.twitter.com/jps4NBKLfp
— Aaron Rupar (@atrupar) January 3, 2026
Selon le Wall Street Journal, un rapport de la CIA présenté à Donald Trump a conclu que les fidèles du régime étaient les mieux placés pour diriger le Venezuela dans l’instabilité post-Maduro. Installer Machado ou Gonzalez, qui ne disposent pas de soutien au sein de l’armée, aurait nécessité une importante présence militaire américaine. Un choix difficile à justifier pour Donald Trump, qui avait promis d’en finir avec le « nation building », et qui a déjà divisé sa base Maga avec cette opération au Venezuela, qui survient après celle contre le nucléaire iranien.
Un Nobel de la paix qui ne passe pas
María Corina Machado a pourtant tout tenté. Depuis plusieurs années, elle cajole et flatte Donald Trump, « le président qui a affronté le plus clairement le régime de Maduro », et affirmé que ses sanctions économiques – pourtant décriées par une grande partie de la société civile – avaient exercé « une pression réelle » sur le pouvoir chaviste.
Après une incroyable fuite vers la Norvège, l’opposante a dédié à Donald Trump son Nobel de la paix, que convoitait le président américain. Sur Fox News, lundi, la lauréate a même offert de « partager » sa récompense avec lui. Mais selon deux sources proches de la Maison-Blanche citées par le Washington Post, elle a commis « le péché ultime » en acceptant le prix à Oslo. « Si elle l’avait refusé en disant : “Je ne peux pas l’accepter parce que c’est celui de Donald Trump”, elle serait aujourd’hui présidente du Venezuela. »
Il s’agit sans doute d’une simplification. Selon le New York Times, les tensions se sont multipliées avec l’administration Trump depuis un an. Machado, qui avait choisi de vivre dans la clandestinité plutôt que l’exil, a notamment refusé au dernier moment de rencontrer l’envoyé de Trump Richard Grenell en janvier 2025 à Caracas par crainte pour sa sécurité. Son refus de fournir une liste de prisonniers politiques à libérer – par peur d’être accusée de favoritisme – a également irrité Washington.
Le pétrole en ligne de mire
En face, Delcy Rodriguez parle couramment la diplomatie transactionnelle trumpienne. En 2017, alors ministre des Affaires étrangères, elle avait fait verser un don de 500 000 dollars à l’investiture de Donald Trump via une filiale de la compagnie pétrolière d’État. Et selon une enquête du Miami Herald, elle a ouvert, avec plusieurs responsables vénézuéliens, un canal secret de négociation avec Washington, via le Qatar, dès avril 2025. Le secrétaire d’État Marco Rubio, tout en soulignant que la présidente par intérim n’était pas « légitime » car elle n’a pas été élue, estime qu’il est possible de travailler avec elle.
« Je suis ravi d’annoncer que les autorités par intérim du Venezuela vont remettre aux États-Unis entre 30 et 50 millions de barils de pétrole sous sanction et de haute qualité », a affirmé Donald Trump sur Truth Social ce mardi. « Ce pétrole sera vendu au prix du marché et l’argent sera contrôlé par moi, président des États-Unis, pour garantir qu’il soit utilisé au profit des peuples du Venezuela et des États-Unis. »
Roxanna Vigil, analyste au Council on Foreign Relations, un think tank américain apolitique, considère que Donald Trump « fait passer le pétrole avant la démocratie ou la stabilité » du Venezuela. María Corina Machado, elle, a promis de « revenir aussi vite que possible » dans son pays, et réclamé l’organisation d’élections. Le président américain ne semble pas pressé, affirmant à NBC News : « Nous devons d’abord réparer le pays. Il n’y a tout simplement aucun moyen pour que la population puisse voter. »

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