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De Minneapolis à New York, l’Amérique se soulève contre l’ICE

De Minneapolis à New York, l’Amérique se soulève contre l’ICE

Après la mort d’une femme abattue par un policier de l’immigration, une vague de manifestations déferle sur les États-Unis, mettant en cause la politique migratoire de Donald Trump.

Il n’aura fallu que quelques secondes de vidéo et trois coups de feu pour que l’Amérique bascule dans une nouvelle crise. Depuis la mort de Renee Nicole Good, 37 ans, mère de trois enfants, abattue à Minneapolis par un agent de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), une onde de choc parcourt les États-Unis, cristallisant toutes les tensions de la politique migratoire de Donald Trump.

Samedi 10 janvier, Minneapolis est devenue le cœur battant d’une contestation tentaculaire. Des dizaines de milliers de manifestants ont envahi les rues, tandis que plus de 1 000 rassemblements étaient organisés simultanément à travers le pays : à Portland, Philadelphie, New York, Austin, mais aussi dans d’innombrables petites villes. Jamais l’ICE n’avait été confrontée à une telle vague de rejet.

Le mouvement, baptisé « ICE Out For Good » (« l’ICE dehors pour de bon »), fédère organisations civiques, militants des droits humains et simples citoyens. Les organisateurs dénoncent « un schéma alarmant de violences incontrôlées et d’abus de la part des agences fédérales de l’immigration », et promettent des actions « non violentes, légales et conduites par les communautés pour honorer la vie perdue, exiger des comptes et rendre visible le coût humain des actions de l’ICE ».

Du « terrorisme domestique » pour Kristi Noem

Militante, poétesse, engagée dans un réseau de patrouilles de quartier chargé d’observer et de documenter les opérations de l’ICE, Renee Good a été tuée alors qu’elle tentait de quitter une scène de manifestation en voiture. Des vidéos montrent un agent tirer trois balles à bout portant, dont au moins une à travers le flanc du véhicule. Touchée à la tête, elle est morte à l’hôpital.

Face à l’émotion nationale, la Maison-Blanche et le Department of Homeland Security ont choisi l’affrontement. La secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem, persiste et signe. Sur CNN, ce 11 janvier, elle a maintenu ses propos explosifs, tenus dès le lendemain de la fusillade : « Si vous regardez la définition du terrorisme domestique, elle correspond complètement à ce qui s’est passé sur le terrain. »

« Cette personne, comme vous l’avez vu dans la vidéo que nous avons publiée seulement 48 heures après l’incident, a montré que l’agent a été percuté par son véhicule. Elle l’a transformé en arme, et il a défendu sa vie, celle de ses collègues et celle du public » a-t-elle ajouté. Avant d’annoncer l’envoi de « centaines » d’agents fédéraux supplémentaires, en plus des 2 000 déjà déployés.

Trump « veut que nous mordions à l’hameçon »

Sur le terrain, les autorités locales tentent de contenir la colère. Le maire de Minneapolis, Jacob Frey, cité par le magazine Time, reconnaît que « l’écrasante majorité » des manifestations sont pacifiques, tout en promettant des arrestations en cas de violences. Il met en garde : « C’est exactement ce que veut Donald Trump : il veut que nous mordions à l’hameçon. »

Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, avertit : « Trump a envoyé des milliers d’agents fédéraux armés dans notre État, et il ne leur a fallu qu’une journée pour tuer quelqu’un. Maintenant, il ne souhaite rien tant que de voir le chaos détourner l’attention de son action odieuse. Ne lui faites pas ce plaisir. » Même le Congrès est désormais pris dans la tourmente. Les représentantes démocrates Ilhan Omar, Angie Craig et Kelly Morrison ont été expulsées d’un centre de détention de l’ICE alors qu’elles exerçaient leur mission de contrôle.

La crise est désormais aussi politique que morale. Un sondage YouGov, relayé par Time et réalisé le jour même de la mort de Renee Good, révèle une Amérique coupée en deux : 52 % des Américains désapprouvent désormais l’action de l’ICE, contre 39 % qui l’approuvent. 44 % soutiennent explicitement les manifestations.