LE TACLE DU LUNDI. Dans un match à suspens marqué par une immense polémique d’arbitrage, le Sénégal a privé le Maroc d’un titre très attendu à domicile.
C’est le genre de match dont on se souviendra dans plusieurs années. Le Sénégal a remporté la seconde Coupe d’Afrique des Nations de son histoire en dominant le Maroc 1-0 à l’issue de la prolongation et d’un match très intense, disputé entre les deux équipes les plus complètes du continent. Mais ce qui retiendra l’attention, ce sont forcément les dernières minutes du temps réglementaire, qui ont basculé dans l’irrationnel. Déjà pointé du doigt tout au long de la compétition, l’arbitrage a été encore une fois au cœur des débats, jusqu’à atteindre un point de non-retour.
L’arbitrage encore dans tous ses états
Sur un corner à la 90e minute +2, le Sénégal pensait avoir ouvert le score, mais l’arbitre central a sifflé un très léger contact sur Achraf Hakimi, au duel avec un joueur sénégalais. Une intervention trop rapide qui n’a pas permis de revisionner cette séquence par la VAR. Quelques instants après, le Maroc obtenait un penalty sur un accrochage entre Brahim Diaz et El Hadji Malick Diouf. Cette fois-ci, après de vigoureuses contestations, l’arbitrage vidéo a eu son mot à dire, et la désignation du point de penalty par Jean-Jacques Ndala a mis le Stade Prince Moulay Abdellah de Rabat en ébullition. Il faut dire que le Maroc, pays organisateur, attendait depuis 1972 de remporter de nouveau cette compétition.
Mais trop c’est trop pour les Sénégalais qui ont décidé de protester avec véhémence sur ce qu’ils considéraient comme une injustice, avec d’abord un but annulé sans véritable explication avant ce penalty accordé au Maroc. L’attroupement est général, et la séquence inédite dans le football : plusieurs joueurs des Lions de la Teranga ont décidé de rentrer au vestiaire pour montrer leur désapprobation. Seul le capitaine Sadio Mané est resté sur la pelouse, martelant qu’il valait mieux perdre avec honneur que risquer cette défaite sur tapis vert.
La panenka de la discorde
Ces 20 minutes de flottement ont provoqué de nombreux heurts sur le terrain : des tensions ont démarré entre les deux délégations mais aussi dans les tribunes du stade, avec plusieurs affrontements même en tribune de presse, mais également entre les supporters sénégalais et les stadiers. Une image déplorable pour cette Coupe d’Afrique des Nations jusque-là louée pour son organisation et la qualité des stades marocains. Brahim Diaz a fini par récupérer le ballon pour tirer son penalty mais le joueur du Real Madrid, sans doute plus très lucide, a envoyé une panenka très molle dans les gants d’Edouard Mendy. À quelques secondes du bonheur suprême, et même si la victoire attendue aurait certainement été entachée d’une vive polémique, le numéro 10 marocain s’est sabordé et a fait plonger son équipe avec lui.
Walid Regragui regrette forcément ce geste mal maîtrisé de la part de son joueur dans un tel moment clé : « On est vraiment déçu pour tout le public marocain. Quand vous avez un penalty à la dernière minute, vous voyez la victoire très proche. À la fin, le football vous rattrape. C’est dommage. Mais les joueurs vont revenir plus forts », a soufflé l’entraîneur marocain au micro de M6.
Revigoré après ce scénario lunaire et galvanisé par l’injustice évitée, le Sénégal a en effet entamé de la meilleure des manières la prolongation, en ouvrant le score par Pape Gueye d’une sublime frappe croisée du gauche dans la lucarne de Yassine Bounou. Héroïque jusque-là, le gardien marocain n’a pas pu enlever le tir de l’ancien Marseillais. Et malgré deux alertes sérieuses avec une barre transversale sur une tête d’Aguerd et une déviation non cadrée d’En-Nesyri, le Maroc n’est pas parvenu à revenir, dans un silence de cathédrale.
Le Sénégal donne rendez-vous à la France cet été
À l’image de l’Euro 2004 pour les Portugais, de la Coupe du monde 2014 côté brésilien ou de la France à l’Euro 2016, les Lions de l’Atlas ont vécu le pire des scénarios pour un pays hôte avec ce revers dans l’ultime match. Et même si le Maroc a connu un développement fantastique ces dernières années avec une demi-finale au mondial 2022 et de nombreux succès chez les jeunes, il faudra être costaud pour se relever de ce traumatisme du 18 janvier 2026. À commencer par Brahim Diaz, inconsolable au moment de recevoir son trophée de meilleur buteur de la compétition.
De son côté, le Sénégal peut savourer la seconde CAN de son histoire, dans un dénouement aussi épique que controversé. Certains estiment que les joueurs de Pape Thiaw auraient dû perdre cette finale sur tapis vert après cette révolte contre le corps arbitral et ce retour au vestiaire. Mais pour Sadio Mané, élu meilleur joueur du tournoi, la polémique est déjà loin derrière lui, avec un dernier objectif en vue cet été : la Coupe du monde en Amérique du Nord et des retrouvailles attendues avec l’Équipe de France.

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