La coopération entre la Tunisie et l’Union européenne en matière de gestion des frontières franchit une nouvelle étape avec le renforcement du Border Management Programme (BMP). Lancé en 2018 et doté d’un financement global de 130 millions d’euros, ce dispositif vise à moderniser les capacités tunisiennes de surveillance des frontières terrestres et maritimes, dans un contexte marqué par la persistance des flux migratoires irréguliers en Méditerranée centrale.
Une réunion de travail tenue au siège de la Garde nationale, à l’Aouina, a permis de dresser un état des lieux de l’avancement du programme et de réaffirmer la solidité du partenariat entre les autorités tunisiennes et leurs partenaires européens. Le BMP repose sur un accompagnement combinant fourniture d’équipements, formation des agents et amélioration de la coordination opérationnelle entre les structures chargées du contrôle des frontières.
Au-delà de sa dimension technique, ce renforcement s’inscrit dans une stratégie migratoire européenne plus large, visant à contenir les flux irréguliers en amont des frontières de l’Union. En soutenant le développement des capacités tunisiennes de surveillance, de détection et d’intervention, Bruxelles assume une logique d’externalisation du contrôle migratoire, déjà mise en œuvre avec d’autres pays du sud de la Méditerranée. Une approche régulièrement critiquée par des organisations de défense des droits humains, dont Amnesty International, qui alertent sur les risques de violations des droits des migrants et demandeurs d’asile et sur la responsabilité indirecte de l’UE lorsque les garanties humanitaires sont jugées insuffisantes.
Une baisse chiffrée des traversées
Selon les données communiquées par les partenaires européens, les efforts engagés ces dernières années ont produit des résultats mesurables. Les arrivées de ressortissants tunisiens par mer en Italie sont passées de 7677 en 2024 à 1828 en 2025, soit une baisse d’environ 76% (ministère italien de l’Intérieur). Plus largement, les arrivées totales par voie maritime vers l’Italie ont reculé de 157.651 en 2023 à 66.617 en 2024 (-58%).
Sur la route de la Méditerranée centrale, Frontex fait également état d’une diminution significative des franchissements irréguliers en 2024, qu’elle attribue notamment à la baisse des départs depuis la Tunisie et la Libye. Les autorités européennes soulignent toutefois que cette route demeure l’une des plus dangereuses au monde.
Une troisième phase technologique
Depuis son lancement, le BMP a permis la fourniture d’équipements modernes pour une valeur estimée à 21 millions d’euros, ainsi que la formation de plus de 550 agents tunisiens. Engagé dans sa troisième phase, prévue jusqu’en 2028, le programme prévoit désormais le déploiement d’une infrastructure radar avancée, destinée à renforcer durablement les capacités de surveillance maritime, de détection précoce et de coordination des opérations.
L’objectif affiché est de consolider un système pérenne, capable de répondre simultanément aux enjeux sécuritaires, humanitaires et logistiques, dans un espace méditerranéen de plus en plus sous pression.

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