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Trump voulait un hold-up sur le sommet de Davos. Ce fut un demi-flop

Trump voulait un hold-up sur le sommet de Davos. Ce fut un demi-flop

À Davos, Donald Trump espérait un triomphe. Entre chiffres contestés, attaques contre l’Europe et recul sur le Groenland, son intervention a surtout révélé une Union européenne plus ferme qu’attendu.

Le show du président sur la santé économique insolente de son pays et sa volte-face sur ses ambitions pour le Groenland sont loin de lui avoir donné le triomphe qu’il attendait. Cette fois, les Européens n’ont pas joué les béni-oui-oui.

Dans The Troubled Partnership, dans les années 60, Henry Kissinger avait écrit que « c’est l’opposition à un pouvoir dominant qui crée l’identité politique ». L’Europe, ajoutait-il, ne ferait certainement pas exception à cette règle. Plus de 80 ans plus tard, les appétits territoriaux, le mépris et les foucades de Donald Trump vont finir par donner raison à dear Henry.

À Davos, l’Europe relève la tête

Si, au Forum économique de Davos, des centaines de personnes ont supporté pendant plus d’une heure les divagations, les mensonges et parfois les insultes du président des États-Unis, le succès n’a pas été à la hauteur de ses ambitions. Car Davos a peut-être été un tournant pour que l’Europe s’affirme. Et on se souviendra sans doute qu’elle le doit notamment à Emmanuel Macron et à Christine Lagarde, présidente de la BCE.

Certes, Trump a eu beau jeu de fustiger une fois de plus le « déclassement » d’une Europe « qui ne va pas dans la bonne direction », « dont les dépenses sont trop élevées » et qui va bientôt devenir « méconnaissable » si elle ne modifie pas rapidement sa politique migratoire. Mais après que le président des États-Unis se soit vanté, avec son outrance habituelle, des « chiffres miraculeux » de l’économie américaine comparés aux données européennes, Christine Lagarde, la présidente de la Banque européenne, a remis les statistiques à leur juste place.

Quand Trump évoque 5 ou 6 % de croissance, il oublie, dit-elle, de tenir compte de l’inflation à 2,7 %. Ce qui ramène le PIB américain à un niveau certes important, mais sûrement pas « miraculeux ». « Nous entendons circuler beaucoup de chiffres, a déclaré Christine Lagarde, mais il faut distinguer, dans ce domaine, les signaux du bruit. »

Il faut dire que la présidente de la BCE avait, dès le premier dîner du forum, pu mesurer les rodomontades de la délégation américaine et son mépris pour l’Union européenne. Elle avait préféré quitter le dîner après avoir entendu Howard Lutnick, secrétaire au Commerce des États-Unis, se lancer dans une charge violente contre l’UE, son niveau de vie, son taux de croissance et la façon dont « elle se jette dans les bras des Chinois pour leur acheter des éoliennes parce qu’elle fait attention aux petits poissons » ! L’histoire retiendra qu’une bonne dizaine d’autres invités ont suivi Christine Lagarde quand elle a quitté la salle. Et qui plus est — geste inédit en ce lieu — en conspuant l’orateur américain.

Macron, chef de file européen contre l’impérialisme trumpien

Avant même que Donald Trump ne s’exprime, Emmanuel Macron avait, lui, mis l’accent sur le sujet sur lequel le monde attendait le président américain : son ambition d’acquérir par l’argent ou par la force un Groenland qu’il qualifiait « d’indispensable pour la sécurité américaine »… tout en le baptisant « Islande » deux fois sur trois dans son discours.Le Groenland est un dossier dans lequel le président français a été, dès le début, en pointe pour la défense de la souveraineté du Danemark.

En tout cas, à Davos, il a tenu un discours plus précis et encore plus critique à l’égard de la politique de Trump qu’il ne l’avait jamais fait. Évoquant « un monde sans règles », un « recul du respect du droit international », il a affirmé qu’il préférait décidément « le respect plutôt que les brutes » et condamné ce qu’il considère comme « un nouvel impérialisme, un nouveau colonialisme ».

Même s’il ne l’a jamais nommément cité, cette « réponse cinglante » à Donald Trump, comme l’ont qualifiée plusieurs diplomates européens, ne pouvait que déplaire à un homme qui n’accepte que les flatteries. Aussi, sans lui répondre sur le fond, le président des États-Unis a préféré se moquer des lunettes d’aviateur que portait le chef de l’État français en raison d’un problème oculaire : « il doit essayer de faire le dur à cuire », a-t-il dit. Peu amène à l’égard de celui qu’il appelle pourtant « son ami », il a même, avec l’élégance qui le caractérise, rappelé qu’Emmanuel Macron ne serait plus pour très longtemps aux affaires…

Les critiques acerbes du président français, chef de file des Européens qui n’acceptaient pas le diktat sur le Groenland, ont tout de même dû peser sur la reculade de Donald Trump dans ses ambitions de conquête. Comme ont dû jouer les sondages de l’opinion américaine, défavorable à 75 % à l’aventure groenlandaise de Donald Trump. Et encore plus, sans aucun doute, les réactions très négatives du marché des obligations et une tendance à la hausse des taux d’intérêt de la dette américaine.

Menacer, puis négocier

Car, après avoir exclu à la tribune toute idée de recourir à la force pour conquérir le Groenland, contrairement à ce qu’il annonçait encore 48 heures plus tôt, le président américain a même fini par accepter la proposition du secrétaire général de l’OTAN. Elle revient à renégocier l’accord de défense de 1951 par lequel le Groenland avait accepté la présence d’une douzaine de bases américaines sur son territoire. Ce qui permettra à Trump d’affirmer qu’il s’agit d’autant de propriétés des États-Unis.

Sauf revirement toujours possible du président américain, l’affaire du Groenland devrait donc prochainement être réglée, comme elle aurait toujours dû l’être : par la négociation entre Américains et Danois sous l’égide de l’OTAN. Trump se trouve maintenant confronté à un énorme problème de politique intérieure avec les dérapages meurtriers de la véritable milice qu’est la police anti-immigration ICE.

Mais la semaine de Davos, si elle est déjà chassée de son esprit, ne restera sans doute pas sans conséquence dans les relations qu’il entretient avec l’Europe. Car, après une année pendant laquelle les alliés de l’Amérique ont joué la carte de l’apaisement avec Donald Trump pour ne pas nuire à l’Ukraine, ce qui s’est passé la semaine dernière pourrait, si l’on est optimiste, être le début d’une prise de conscience européenne, semblable à celle qu’évoquait Henry Kissinger dans les années 60.