Une embarcation civile américaine armée et un navire militaire cubain se sont affrontés dans les eaux territoriales cubaines. Le récit de notre reporter sur place.
Aux confins du détroit de Floride et de l’océan Atlantique, à quelques dizaines de kilomètres des plages de sable fin de la populaire station balnéaire de Varadero, au nord de Cuba, une « lancha » (vedette rapide) fonce à l’aube, ce mercredi 25 février, vers les côtes de la province de Villa Clara. L’embarcation, immatriculée en Floride, se situe à moins d’un mile nautique du territoire cubain lorsqu’elle est repérée par un petit patrouilleur des « guardafronteras » (gardes-frontières).
Selon les autorités cubaines, le navire américain transportait alors dix « combattants ». En tentant d’échapper au patrouilleur, ces derniers auraient ouvert le feu sur cinq gardes-frontières, qui auraient riposté. Lors des échanges de tirs, quatre hommes de la vedette rapide auraient été tués et six autres blessés. Le commandant de l’unité des gardes-frontières aurait lui aussi été touché et évacué par hélicoptère vers l’hôpital de la ville de Matanzas, située à une centaine de kilomètres à l’est de La Havane.
« Face aux défis actuels, Cuba réaffirme son engagement à protéger ses eaux territoriales, conformément au principe selon lequel la défense nationale est un pilier fondamental de l’État cubain pour la sauvegarde de sa souveraineté et de la stabilité dans la région », a communiqué le Minint.
Infiltration de mercenaires ?
Fait rarissime, la nouvelle a été rapidement diffusée à la télévision cubaine dès 13 heures locales (19 heures à Paris), avant que les autorités ne donnent plus de détails lors de l’équivalent du journal de 20 heures de Cubavision.
À entendre le récit des journalistes de cette chaîne de télévision, les occupants de l’embarcation américaine seraient des mercenaires cubano-américains, déjà connus des services de renseignement nationaux, qui auraient tenté de s’infiltrer illégalement dans le pays « à des fins terroristes ». Ces accusations s’inscrivent dans un contexte extrêmement tendu entre Washington et La Havane.
Cela inquiète la population de l’île. « Les militaires ont eu raison d’abattre ces personnes. Elles sont entrées illégalement dans les eaux territoriales », estime Claudia, une trentenaire havanaise. Et d’ajouter : « C’est à coup sûr une tentative américaine d’entrer dans notre pays, mais surtout un prétexte possible pour déclencher une attaque contre Cuba. Je ne suis pas d’accord avec Miguel Diaz-Canel (le président cubain, NDLR), mais ils ont vraiment bien fait de les tuer », poursuit la jeune infirmière.
Les « Forces armées révolutionnaires » ont interdit l’accès à la zone. Elles affirment avoir découvert dans l’embarcation américaine tout un arsenal : fusils d’assaut, armes de poing, explosifs, cocktails Molotov, gilets pare-balles et uniformes de camouflage. La police cubaine annonce aussi avoir arrêté Duniel Hernandez Santos. Selon elle, ce mercenaire américain d’origine cubaine séjournait depuis quelque temps dans l’île pour y accueillir des compatriotes.
Protéger sa souveraineté nationale
Si la tension entre les deux pays est à nouveau à son comble, la présidence cubaine a expliqué qu’il était fondamental pour l’île de protéger sa souveraineté nationale. À tel point que ses autorités ont multiplié les exercices militaires et les journées de défense nationale ces dernières semaines à la suite des ultimatums de Donald Trump.
Les États-Unis ont vite réagi à l’affrontement intervenu entre les occupants de la « lancha » et ceux de la marine de l’île tropicale. Si le représentant américain d’origine cubaine Carlos Gimenez, élu du comté de Miami-Dade, a qualifié l’événement de « massacre », le secrétaire d’État américain Marco Rubio, dont les parents ont fui le régime de Fulgencio Batista quelques années avant la Révolution, s’est pour le moment contenté de propos mesurés : « Nous allons recueillir nos propres informations. Et nous allons découvrir exactement ce qui s’est passé. Je ne vais pas spéculer. »
Washington a tenu également à préciser qu’aucun personnel militaire américain n’avait été impliqué dans l’incident. De son côté, le procureur général de Floride, James Uthmeier, a ordonné l’ouverture d’une enquête judiciaire. « On ne peut pas faire confiance au gouvernement cubain et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que ces communistes rendent des comptes », a martelé ce dernier.
*Les prénoms ont été modifiés

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