La traductrice iranienne a été condamnée à un an de prison pour « apologie de terrorisme ». Mais sa volonté de faire appel pourrait retarder tout échange contre les deux otages français à Téhéran.
L’affaire Mahdieh Esfandiari n’a pas livré son verdict final. Cette traductrice iranienne de 39 ans, qui vivait en France depuis 2019, a été condamnée ce jeudi par le tribunal correctionnel de Paris à quatre ans d’emprisonnement dont un ferme, pour apologie du terrorisme mais aussi provocation directe en ligne à un acte de terrorisme, injure publique en ligne en raison de l’origine, ethnie, nation, race ou religion et association de malfaiteurs, en lien avec les massacres du Hamas du 7 octobre 2023 en Israël.
Cette décision judiciaire, assortie d’une interdiction définitive du territoire français, signifie que la ressortissante de la République islamique d’Iran, qui a déjà effectué huit mois de détention provisoire l’an dernier à la prison de Fresnes, est désormais libre au titre de l’aménagement du reliquat de la peine, et qu’elle pourrait rapidement quitter la France.
Tout départ pour l’Iran de Mahdieh Esfandiari pourrait à son tour favoriser le retour en France de Cécile Kohler et Jacques Paris, deux syndicalistes enseignants français retenus depuis le 4 novembre à l’ambassade de France à Téhéran. Considérés par la France comme des « otages d’État » aux mains de la République islamique, ils ont passé trois ans et demi d’incarcération à la prison d’Evin pour « espionnage ». À en croire les autorités iraniennes, un accord politique portant sur un échange de prisonniers aurait déjà été trouvé entre les deux pays et il ne restait plus qu’à la justice française de livrer son verdict.
Problème, Mahdieh Esfandiari a décidé de faire appel, ce qui a pour effet de suspendre la peine prononcée, et pourrait par conséquent retarder le départ d’Iran de Cécile Kohler et Jacques Paris. « Nous faisons appel compte tenu de la sévérité de la peine, et parce que le tribunal n’a répondu à aucune de nos questions », affirment au Point ses avocats Me Nabil Boudi et Me Antoine Pastor. « Condamner un individu pour association de malfaiteur sur la base de propos protégés par la liberté d’expression, est particulièrement inquiétant pour les libertés individuelles. C’est une décision sans précédent. »
Caricature antisémite
L’affaire Mahdieh Esfandiari débute le 7 octobre 2023. Le jour des massacres du Hamas en Israël, deux comptes X et Telegram nommés « Axe de la Résistance », relaie l’allocution de Mohammed Deïf, le commandant de la branche armée du mouvement islamiste palestinien, appelant à « sortir [les] fusils aujourd’hui » contre l’ennemi israélien, ou à défaut de « sortir un couteau ou un hachoir ».
Reprenant l’appellation du réseau de groupes paramilitaires islamistes – Hezbollah, Hamas, Houthis – forgé par la République islamique contre Israël et les États-Unis au Moyen-Orient, le canal publie le 8 octobre 2023 un texte demandant aux Palestiniens de Cisjordanie de « battre », « brûler » ou « massacrer » les Israéliens. Le 10 octobre 2024, le compte publie une caricature représentants des rats dont les queues s’entremêlent pour former une étoile de David, ainsi qu’un loup, lui aussi affublé du symbole du judaïsme, dont les griffes ensanglantées enserrent un globe terrestre.
Ces publications glaçantes font l’objet, le 30 octobre 2023, d’un signalement du ministère français de l’Intérieur. La police suspecte alors Mahdieh Esfandiari d’être l’un des deux cogestionnaires d’« Axe de la Résistance » avec un citoyen français du nom de Maurizio Busson, et procédera à son arrestation le 28 février 2025. Devant les enquêteurs, la traductrice iranienne doit répondre d’une trentaine de publications sur les réseaux sociaux, en lien avec le 7 octobre 2023. Elle finit par reconnaître avoir été coadministratrice d’un premier compte, fermé en mai 2024 ; avoir aidé à la gestion d’un deuxième, apparu en juin 2024 ; et avoir créé un troisième. Mais elle ne reconnaît pas être l’auteure des posts.
À Paris, on n’exclut pas que la ressortissante iranienne puisse être un agent d’influence de la République islamique d’Iran, même si elle n’est pas poursuivie pour ce motif. Depuis le mois de juin 2024, la police observe une « professionnalisation » du contenu des comptes, qui se font désormais le relais de la communication du Hamas, du Hezbollah et du régime iranien.
Il n’y a rien dans son dossier qui montre qu’il s’agit d’un agent iranien
Un diplomate iranien
« Il n’y a rien dans son dossier qui montre qu’il s’agit d’un agent iranien, rétorque un diplomate iranien sous couvert d’anonymat. Si c’était le cas, elle aurait agi différemment. » Pourquoi alors le couple d’administrateurs, également poursuivi pour association de malfaiteurs, a-t-il utilisé des moyens si sophistiqués – numéros de cartes SIM iraniennes, bots (logiciels) de sécurité, réseaux VPN, cryptomonnaies – pour organiser l’activité de leurs comptes ?
Devant les enquêteurs, Mahdieh Esfandiari explique que ces précautions avaient pour objectif de les « préserver du danger éventuel d’arrestation ». Ne regrettant aucune publication, elle confiera aux enquêteurs que le 7 octobre était selon elle « une réponse logique à l’occupation » israélienne…
Ce jeudi 26 février, le tribunal correctionnel de Paris a souligné que les « investigations techniques et les propres déclarations de Mahdieh Esfandiari » avaient permis de démontrer qu’elle était « gestionnaire des comptes à l’origine des publications et qu’elle était pleinement engagée dans leur fonctionnement et leur développement ».
Mais au-delà du verdict judiciaire, la suite de l’affaire dépend aujourd’hui de la volonté ou non de la traductrice iranienne de rentrer en Iran avant la tenue d’un nouveau procès, comme l’y autorise le droit français. Sans compter qu’elle a également la possibilité d’être jugée in absentia. À moins que l’autorité administrative ne décide de l’assigner à résidence en France dans le cadre d’une Mesure Individuelle de Contrôle Administratif et de Surveillance (MICAS), alors que la justice a prononcé l’inscription de la jeune femme sur le fichier des personnes condamnées pour terrorisme.
« Mahdieh Esfandiari n’a pas encore pris sa décision », assurent ses avocats Me Nabil Boudi et Me Antoine Pastor. « Pour la suite, il faut prendre le temps de la réflexion. » Le sort de Cécile Kohler et Jacques Paris en dépend.

Partager :