views 14 mins 0 comments

Affaire Epstein : face au Congrès, Hillary Clinton défend Bill et charge les républicains

Affaire Epstein : face au Congrès, Hillary Clinton défend Bill et charge les républicains

L’audition de l’ancienne candidate à la Maison-Blanche, jeudi 26 février, sur ses liens avec le pédocriminel a replacé la dynastie politique sous le feu des projecteurs.

C’était la déposition dont les républicains rêvaient depuis des années : jeudi 26 février, la commission de contrôle de la Chambre des représentants a interrogé Hillary Clinton sur l’affaire Epstein, le financier trouvé mort dans sa cellule en 2019 après avoir été accusé de trafic sexuel de mineures. « J’ai répondu à toutes les questions, aussi bien que je le pouvais », a déclaré en sortant, l’ex-secrétaire d’État et ancienne première dame de 78 ans.

Hillary Clinton a répété ce qu’elle avait assuré dans ses propos liminaires : « Je n’ai jamais rencontré Jeffrey Epstein, je n’ai jamais eu aucun rapport ou communication avec lui. Je connaissais Ghislaine Maxwell de façon superficielle, c’était une connaissance. »

Elle avait déjà dit que son mari avait pris l’avion avec Jeffrey Epstein pour des voyages humanitaires et reconnu avoir eu des contacts avec Ghislaine Maxwell, à des conférences de la Fondation Clinton. La partenaire et rabatteuse du pédocriminel avait aussi assisté au mariage de Chelsea, la fille du couple Clinton, en 2010, « amenée par un invité », a-t-elle révélé devant les caméras.

Les Clinton menacés de poursuites pénales

Hillary Clinton a comparu dans le centre de convention de Chappaqua, hameau tranquille du nord de l’État de New York où réside le couple, après des mois de bras de fer avec la commission contrôlée par les républicains. Les Clinton avaient proposé de soumettre des déclarations sous serment, ce que le président de la commission, James Comer (républicain du Kentucky), avait refusé. Celui-ci les avait menacés de poursuites pénales pour outrage au Congrès.

La jeune génération de démocrates, pour qui les Clinton représentent la vieille garde, fait passer la transparence sur les dossiers Epstein avant l’esprit partisan. Certains ont donc voté avec les républicains de la commission sur les poursuites pénales. Le couple a obtempéré, puis a demandé une audition publique, refusée aussi. « Le but de toute cette enquête est de tenter de comprendre beaucoup de choses sur Epstein, a expliqué James Comer. Comment a-t-il accumulé autant de richesse ? Comment a-t-il pu s’entourer de certains des hommes les plus puissants du monde ? »

Ce vendredi 27 février, cela va être au tour de Bill Clinton, 79 ans, de témoigner devant le Congrès, cas rare pour un ancien président. C’est le titre que Donald Trump avait utilisé pour éviter de comparaître devant le Comité d’enquête sur le 6 janvier 2021, jour de l’assaut du Capitole par ses partisans.

La haine pour Hillary Clinton

Les Clinton ont toujours représenté l’élite mondialiste honnie par les républicains, et fait l’objet de théories du complot. Dans les années 1990, le mot-dièse #clintonbodycount désignait des morts mystérieuses dans leur entourage. Lors de sa campagne de 1992, Bill Clinton avait vendu aux électeurs qu’ils en auraient « deux pour le prix d’un », avec une épouse au moins aussi qualifiée que lui.

Le couple a traversé les tourmentes ensemble, notamment un autre scandale sexuel, l’affaire Monica Lewinsky, en 1998-1999. Bill, président, avait eu des rapports sexuels avec cette stagiaire de la Maison-Blanche, et Hillary, épouse trompée aux yeux du monde entier, l’avait soutenu. Alors que la carrière de Bill touchait à sa fin, celle de Hillary décollait, avec son élection au Sénat, puis son poste de secrétaire d’État, et sa campagne présidentielle en 2016.

Donald Trump a surfé sur la haine pour Hillary « l’escroc »crooked Hillary »), qui avait alors maladroitement qualifié les électeurs de son adversaire de « panier de déplorables ». Quatre ans plus tard, les partisans de Donald Trump arboraient encore des tee-shirts ornés de la mention « déplorable » et ses meetings de campagne de 2020 étaient émaillés du slogan « lock her up ! » (« foutez-la en taule ! »). Une expression qui a resurgi lors de la campagne de 2024, puis depuis quelques semaines sur Twitter. Donald Trump a beau l’avoir battue en 2016, Hillary Clinton reste son ennemie personnelle – et une figure haïe des Maga.

« La plus vieille promesse de campagne du président Trump pourrait bien se réaliser aujourd’hui, avec le président promettant de jeter Hillary Clinton en prison », salivait Benny Johnson, influenceur d’extrême droite, sur TikTok, le 22 janvier dernier, après le vote en faveur de poursuites pénales contre les Clinton. Il a passé la vidéo du débat présidentiel où Hillary Clinton avait affirmé : « C’est vraiment une bonne chose que quelqu’un du tempérament de Donald Trump ne soit pas responsable de la loi dans notre pays. » « Parce que vous seriez en prison », avait répondu Donald Trump.

Un « dysfonctionnement institutionnel »

Mais les Clinton sont des politiques redoutables, qui se sont sortis de toutes les crises. En 2015, les républicains pensaient pouvoir faire tomber Hillary Clinton, en l’assignant après l’attaque de l’ambassade américaine en Libye de 2012. Mais elle était sortie sereine de onze heures d’interrogatoire télévisé, sans avoir révélé grand-chose.

Ce jeudi, calme devant les médias, elle a répété : « Je ne suis jamais allée sur l’île [de Jeffrey Epstein], je ne suis jamais allée chez lui, je ne suis jamais allée dans ses bureaux, je l’ai déclaré officiellement, de nombreuses fois. » Elle a trouvé les questions répétitives et d’une utilité douteuse, et a esquissé un sourire narquois en confiant que les républicains l’avaient interrogée sur les ovnis et le « pizzagate », théorie complotiste selon laquelle un cercle pédophile était installé dans une pizzeria de Washington.

La déposition a été interrompue lorsque Lauren Boebert, représentante républicaine du Colorado, a envoyé une photo de Hillary Clinton dans la salle à Benny Johnson, qui l’a publiée – une infraction aux règles de la commission. Les démocrates en ont profité pour répéter l’importance d’un compte rendu public, y compris vidéo, de la déposition.

Hillary Clinton a aussi accusé James Comer de mener une enquête partiale, qui épargne Donald Trump et d’autres figures républicaines « Ce dysfonctionnement institutionnel vise à protéger un seul parti politique et un seul élu », a-t-elle lancé. Les dossiers Epstein publiés ont révélé que Howard Lutnick, secrétaire au Commerce qui avait juré avoir coupé les ponts avec Jeffrey Epstein en 2005 tant il avait trouvé le personnage « dégoûtant », avait en fait gardé contact des années plus tard. James Comer a déclaré qu’il était « très possible » que Howard Lutnick soit interrogé.

Hillary Clinton a rappelé que lors de l’audition de Les Wexner, aucun républicain de la commission n’avait fait le déplacement jusqu’en Ohio. Elle a en revanche salué les questions de James Comer à Bill Barr lors de son audition d’août 2025 à propos de son enquête sur les éventuelles ingérences russes dans l’élection de 2016. « Je veux que la vérité sorte », a-t-elle affirmé.

Donald Trump « ennuyé qu’on s’en prenne à Bill Clinton »

Cela fait des mois que Donald Trump échoue à se débarrasser de l’affaire Epstein. Son département de la Justice a été forcé de rendre publics plus de 3 millions de dossiers sur son site Internet, après un vote à la quasi-unanimité de la Chambre des représentants en novembre 2025. Il en resterait encore plus de 3,5 millions. Récemment, des médias ont révélé que manquaient parmi les dossiers publiés une cinquantaine de pages liées à quatre interrogatoires par le FBI en 2019 d’une femme affirmant avoir été violée par Donald Trump quand elle était mineure. Interrogé, James Comer a répondu : « Nous cherchons toujours à obtenir une réponse définitive à ce sujet. »

Mais Robert Garcia (démocrate de Californie), numéro deux de la Commission de contrôle, a demandé que Donald Trump soit interrogé « immédiatement ». « Faisons venir le président Trump devant notre commission, pour répondre aux questions posées dans tout le pays par les victimes », a-t-il lancé. James Comer, lui, a dit qu’il était impossible d’assigner à comparaître un président en exercice.

Les démocrates n’ont pas l’intention d’abandonner. Lors du discours sur l’état de l’Union, mardi 24 février, plusieurs avaient invité des victimes de Jeffrey Epstein ; d’autres avaient préféré participer à un contre-rassemblement où certaines se sont exprimées.

Donald Trump a confié à NBC News qu’il était « ennuyé qu’on s’en prenne à Bill Clinton ». La comparution d’un ancien président crée un précédent qui pourrait affecter son avenir après 2028. « Vous voyez, j’aime bien Bill Clinton. J’aime toujours Bill Clinton », a-t-il ajouté. Il a même qualifié Hillary Clinton de « femme très capable ». Une autre première dame connaissait, elle, Jeffrey Epstein : Melania Trump. « Je ne devrais pas ressentir cela, mais je suis vraiment désolé qu’ils aient à traverser ça », a-t-il confié.

S’il n’est accusé d’aucun crime, Bill Clinton doit, ce vendredi 27 février, être interrogé sur des photos de lui dans un jacuzzi avec Ghislaine Maxwell chez Jeffrey Epstein à New York, incluses dans le premier lot de documents publiés. Interrogée ce jeudi par des médias, Hillary Clinton a, comme toujours, soutenu son époux : « La chronologie de ses rapports avec Epstein s’est terminée plusieurs années avant que les activités criminelles d’Epstein soient connues, a-t-elle assuré. La grande majorité des gens qui ont eu des contacts avec lui avant qu’il plaide coupable en 2008… ne savaient pas ce qu’il faisait. Et c’est exactement ce que mon mari dira dans son témoignage demain. »