ENTRETIEN. Établi à Dubaï avec sa famille, Stéphane Boukris, cadre de la French Tech, réagit après les frappes iraniennes sur la ville émiratie et sur l’incertitude quant à l’évolution du conflit.
Stéphane Boukris est entrepreneur, investisseur et producteur basé à Dubaï. Il est président de la French Tech UAE, où il fédère la communauté des entrepreneurs et investisseurs français aux Émirats arabes unis, et producteur de la comédie musicale Once Upon a Time in Dubai, coproduite avec Universal Music.
Avant de s’installer aux Émirats arabes unis en 2023, il a fondé et développé plusieurs entreprises en France, qu’il a ensuite revendues, notamment Ametix (revendue à La Poste) et Excelsior (revendue à Alan Allman Associates). Il est également investisseur et partner au sein du fonds Side Capital. Installé à Dubaï avec sa famille, il évolue aujourd’hui au cœur de l’écosystème tech de la région. Il réagit ici aux bombardements qui ont touché la ville de Dubaï et à l’incertitude qui entoure la suite du conflit entre l’Iran et le tandem formé par Israël et les États-Unis.
Le Point : Dubaï était une ville que les nouveaux habitants vantaient comme un lieu sûr. À quoi ressemble la situation au quotidien depuis samedi ?
Stéphane Boukris : Il y a forcément beaucoup de stress. C’est une situation totalement inédite dans la région à ce niveau-là. Dans la nuit de samedi à dimanche, nous avons tous été réveillés vers minuit par une sonnerie stridente sur nos téléphones. Une alerte officielle demandant aux habitants de Dubaï de se mettre à l’abri. C’était surprenant, assez effrayant, surtout pour les familles, mais clairement destiné à protéger la population.
On entend régulièrement des bruits sourds liés aux interceptions (de missiles). C’est très impressionnant. Le son résonne dans toute la ville et marque les esprits. Mais dans les faits, cela reste sans danger pour la majorité des habitants dès lors que les consignes sont respectées. Il y a relativement peu de dommages matériels et peu de victimes.
Comment ont réagi vos enfants et vos familles ?
Les enfants sont particulièrement impressionnés. On essaie de les préserver des informations en continu, mais ils voient bien que la situation est inhabituelle. Ils ne sont pas préparés à cela, donc nous avons dû leur expliquer avec des mots simples, les rassurer et leur rappeler que des systèmes de défense existent pour protéger la population. Beaucoup de nos proches nous appellent pour nous demander de rentrer. Pour le moment, il n’en est pas question. Nous avons pleinement confiance dans les autorités de ce pays et dans son leadership.
L’accès à Internet est maintenu. En revanche, certains serveurs AWS ont été coupés, ce qui gêne fortement une partie du business, notamment les entreprises technologiques. Nous avons également constaté que certaines transactions bancaires ne passaient plus depuis ce matin dans de grandes banques, ce qui crée des perturbations supplémentaires.
Sur le fond, la confiance dans le leadership du pays est très forte.
Quelles sont les réactions des entrepreneurs français sur place et celles de ceux du monde entier ?
Malgré ce que certains influenceurs français peuvent montrer sur les réseaux sociaux, le moral reste bon. Les gens sont prudents, mais confiants et résilients, à l’image du pays. La première réaction a été très pragmatique. Sécuriser les équipes, rester chez soi, suivre les consignes de l’ambassade et du consulat – notamment rester à l’intérieur et loin des fenêtres à cause du risque de souffle et de débris.
Dans le tourisme, l’industrie parle déjà d’un ralentissement, avant une reprise anticipée au quatrième trimestre 2026. Il y a de nombreuses demandes d’annulation. En revanche, dans d’autres secteurs, le ton est plus confiant. Plusieurs entrepreneurs me disent qu’ils restent sereins. L’un m’a confié que les défenses aériennes fonctionnent, que le risque est réel mais limité. Un autre m’a dit « the show must go on ». Un autre encore m’a expliqué que les clients continuaient à travailler.
Beaucoup affichent une forme de calme et de confiance. La plupart des gens sont venus ici en quête d’espoir et de nouveaux défis. Cet état d’esprit reste très présent. Quelques personnes ont choisi de rentrer temporairement en passant par la ville d’Hatta aux Émirats arabes unis, puis en traversant la frontière vers Mascate, en Oman, où l’espace aérien reste ouvert. Cela reste marginal.
Comment voyez-vous l’avenir ? Dubaï va-t-elle rester un espace sécurisé et propice à l’entrepreneuriat ?
À court terme, la situation dépendra évidemment de l’évolution régionale. Mais sur le fond, la confiance dans le leadership du pays est très forte. On l’a vu à l’époque du Covid. Les autorités ont su réagir avec sang-froid, rapidité et efficacité pour protéger expatriés et citoyens. Beaucoup pensent que ce sera encore le cas.
Dubaï s’est construite sur la stabilité, la rapidité d’exécution et l’ambition. La plupart des entrepreneurs ici estiment que le pays restera un espace propice à l’entrepreneuriat et à l’innovation. La situation est sérieuse, personne ne la minimise. Mais l’état d’esprit dominant reste la résilience et la confiance dans la capacité du pays à absorber le choc et à rebondir.

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