Après cinq ans sous la diplomate guinéenne Bintou Keita, la MONUSCO change de cap : James Swan prend les rênes pour soutenir le fragile cessez-le-feu dans l’Est.
La nomination de James Swan à la tête de la MONUSCO ouvre une nouvelle séquence pour la mission des Nations unies en République démocratique du Congo. L’Américain, ancien ambassadeur en RDC sous Barack Obama et ex-chef de la mission onusienne en Somalie succède à la diplomate guinéenne Bintou Keita, dont le mandat aura été marqué par des relations de plus en plus tendues avec les autorités congolaises. Alors que l’ONU doit d’urgence réorganiser sa plus importante opération de maintien de la paix, l’insécurité persiste dans l’est du pays. Le nouveau chef de mission devra composer avec cette équation délicate.
Un diplomate rompu aux crises africaines
Malgré les réticences de Pékin, membre permanent du Conseil de sécurité, qui a longtemps refusé de voir ce poste stratégique revenir à un ressortissant américain, le profil de James Swan reflète la volonté de l’ONU de confier la mission à un négociateur expérimenté.
Diplomate de carrière parlant couramment français, il cumule plus de trente ans d’expérience sur le continent africain. Au sein de la diplomatie américaine, il a été ambassadeur à Djibouti entre 2008 et 2011, puis en République démocratique du Congo de 2013 à 2016. Il a également occupé les fonctions de secrétaire d’État adjoint aux affaires africaines.
Depuis plusieurs années, il évoluait dans le système onusien. Entre 2019 et 2024, il a dirigé la mission des Nations unies en Somalie, l’un des terrains les plus complexes de la diplomatie internationale.
Son arrivée à Kinshasa intervient dans un contexte géopolitique sensible. Les États-Unis se sont fortement impliqués dans les efforts diplomatiques autour du conflit dans l’est de la RDC, notamment dans l’accord de paix signé en décembre dernier entre Kinshasa et Kigali.
Mais les tensions restent vives. Washington a récemment sanctionné plusieurs officiers supérieurs rwandais accusés de soutenir la rébellion du M23, accusée d’avoir violé le cessez-le-feu.
Dans ce contexte, James Swan devra naviguer entre médiation régionale, rivalités diplomatiques et réduction progressive de la présence onusienne.
Avant sa nomination, la mission onusienne, composée de plus de 13 000 agents chargés de protéger les civils et de stabiliser et renforcer les institutions était dirigée par une équipe intérimaire.
Du 1ᵉʳ au 28 décembre 2025, Bruno Lemarquis, représentant spécial adjoint du secrétaire général et coordonnateur humanitaire, avait assuré l’intérim. Puis Vivian van de Perre, chargée de la protection et des opérations, avait pris le relais.
Cette transition a été mise sur pied après le départ anticipé de Bintou Keita, qui a quitté Kinshasa fin novembre après près de cinq années à la tête de la mission.
La fin de l’ère Bintou Keita
Cinq années passées à tenter de stabiliser une paix insaisissable dans l’est de la République démocratique du Congo, avant un départ anticipé présenté comme une « décision personnelle », alors que la région reste plongée dans une profonde incertitude sécuritaire.
Selon les informations disponibles, la diplomate guinéenne Bintou Keita aurait choisi de se retirer après plusieurs mois de spéculations autour de son avenir à la tête de la MONUSCO. Son nom circulait déjà en février pour un possible remplacement, avant qu’elle ne soit finalement reconduite par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, dans un contexte d’urgence marqué par la chute de Goma.La diplomatie de l’urgence
Nommée en février 2021, Bintou Keita avait pris les commandes d’une machine complexe dans un contexte explosif. Première femme originaire d’Afrique subsaharienne à diriger cette mission – et seulement la seconde femme – elle a dû naviguer à vue entre les offensives armées et les colères populaires.
Son baptême du feu survient quelques jours seulement après son arrivée : l’éruption du volcan Nyiragongo. Il faut alors relocaliser près de 3 000 employés, dégager les axes et rétablir les réseaux d’eau. « Sauver des vies était la seule priorité », expliquait-elle.
Sous son mandat, la MONUSCO a affronté la résurgence brutale du M23. Bintou Keita a choisi la franchise, pointant publiquement la responsabilité supposée du Rwanda, selon plusieurs rapports onusiens, et reconnaissant l’inadaptation de la mission face à une armée régulière. Une lucidité qui lui a valu l’hostilité de Kigali et des rebelles.
Un bilan en demi-teinte et une transition vers la nouvelle ère
Si Bintou Keita revendique un rôle clé dans la logistique des élections de 2023, et que la mission a « sauvé des centaines de milliers de vies », elle reconnaît aussi que « tout n’a pas été réalisé à 100 % ». Son mandat a été marqué par une rupture violente avec une partie de la population congolaise. En juillet 2022, des manifestations éclatent à Goma, Beni et Butembo : des bases sont attaquées, des agents tués. La mission devient la cible d’une colère nourrie par la désinformation et la stigmatisation.
Dans le même temps, la diplomate guinéenne a dû orchestrer le retrait progressif de la mission du Kasaï, du Tanganyika et, plus récemment en juin 2024, du Sud-Kivu, dans le cadre d’un plan de retrait négocié avec les autorités de Kinshasa.
Alors que la cheffe sortante tire sa révérence, la MONUSCO doit maintenant tourner la page et se repositionner face à un contexte toujours instable. Le retrait supervisé par Keita laisse place désormais à une nouvelle phase, centrée sur la mise en œuvre concrète du cessez-le-feu et la préparation des mécanismes de suivi dans les zones encore sous tension.
Une équipe de la Mission des Nations unies en RDC a ainsi été déployée à Uvira, dans le Sud-Kivu, pour évaluer l’accès, la sécurité et la logistique, préparant le futur mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. L’est congolais reste néanmoins marqué par la résurgence du M23, groupe armé ayant repris les armes en 2021 et s’emparant de larges portions de territoire avec l’appui présumé de Kigali. Après l’offensive sur Uvira en décembre, les rebelles ont retiré leurs troupes en janvier, en réponse à une demande de Washington, médiateur de l’accord de paix. Malgré cela, les combats ont repris à plusieurs reprises dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, révélant la fragilité du cessez-le-feu et la difficulté de contrôler la zone. La mission exploratoire de la MONUSCO constitue donc une étape cruciale pour garantir un déploiement efficace et sécurisé du mécanisme de suivi.
Les défis de la MONUSCO sous James Swan
Avec l’arrivée de James Swan à la tête de la MONUSCO, la mission entre dans une nouvelle phase. Le diplomate américain devra avant tout faire respecter un cessez-le-feu encore fragile et garantir la protection des civils, en particulier dans l’Ituri et le Nord-Kivu, tout en pilotant la sortie progressive de la mission, exigée par Kinshasa. La réduction des budgets onusiens complique sa tâche : comment atteindre ces objectifs avec moins de ressources ?
Au-delà de la gestion opérationnelle, James Swan devra naviguer dans un contexte diplomatique complexe. Sa nomination, en tant qu’Américain, s’inscrit dans le prolongement des accords de Washington et pourrait renforcer l’influence de Washington dans l’est de la RDC. Pékin et Moscou, acteurs attentifs des enjeux régionaux et des richesses minières – coltan, tungstène, or et terres rares – surveillent chaque mouvement, prêts à peser sur les décisions onusiennes si leurs intérêts sont menacés.

Partager :