Le biscuit TOM, marque emblématique du quotidien tunisien, pourrait bien disparaître des rayons. Derrière ce produit populaire se cache le groupe IFFCO, conglomérat basé à Dubaï, qui se retrouve aujourd’hui au bord du gouffre financier avec un endettement colossal avoisinant les 2 milliards de dollars. Une situation qui met directement en péril ses filiales tunisiennes et soulève des inquiétudes légitimes quant à l’avenir de centaines d’emplois dans le pays.
Un empire industriel fragilisé par une dette abyssale
Fondé il y a plusieurs décennies, le groupe IFFCO s’est imposé comme l’un des acteurs majeurs de l’agroalimentaire et de la grande distribution à travers le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Asie. Présent dans plus d’une trentaine de pays, ce conglomérat aux activités diversifiées — huiles alimentaires, biscuiterie, détergents, logistique — affichait jusqu’à récemment une image de solidité rassurante. Mais la réalité financière, telle qu’elle émerge aujourd’hui, est tout autre.
Selon les informations relayées par Tuniscope, le groupe accumulerait des dettes estimées à près de 2 milliards de dollars, contractées auprès d’un ensemble de créanciers internationaux. Cette charge financière insoutenable a conduit plusieurs établissements bancaires à engager des procédures de recouvrement, tandis que des discussions de restructuration seraient en cours dans plusieurs pays où le groupe opère.
La crise n’est pas apparue du jour au lendemain. Des signaux faibles étaient perceptibles depuis quelques années : retards de paiements fournisseurs, tensions de trésorerie répétées et difficultés à honorer certains engagements contractuels. La conjoncture internationale — inflation des matières premières, perturbations logistiques post-pandémie et hausse des taux d’intérêt — a visiblement précipité une situation déjà fragilisée.
La Tunisie en première ligne : TOM et les filiales locales sous pression
En Tunisie, IFFCO opère à travers plusieurs entités dont la plus connue du grand public reste sans conteste la marque TOM, dont les biscuits et gaufrettes ont accompagné des générations de consommateurs tunisiens. Produit accessible, ancré dans les habitudes de consommation populaires, TOM représente bien plus qu’une simple ligne de production : c’est un symbole industriel local à part entière.
Or, les difficultés financières de la maison mère menacent directement la continuité de ces activités sur le sol tunisien. Des sources proches du dossier évoquent des retards de paiements envers des fournisseurs locaux, des perturbations dans les approvisionnements en matières premières et une incertitude croissante sur la capacité du groupe à maintenir ses opérations à leur rythme habituel.
Le spectre de la faillite, s’il venait à se concrétiser, aurait des répercussions sociales non négligeables. Les usines tunisiennes du groupe emploient un nombre significatif de travailleurs, dont la situation deviendrait précaire en cas de cessation d’activité ou de mise sous administration judiciaire. Dans un marché de l’emploi tunisien déjà sous tension, une telle fermeture ne serait pas sans conséquences pour les régions concernées.
Au-delà du volet social, c’est aussi la question de la souveraineté industrielle qui se pose. La Tunisie compte sur plusieurs groupes étrangers pour animer son tissu agroalimentaire, et la défaillance de l’un d’eux rappelle la vulnérabilité d’un modèle trop dépendant de décisions prises à des milliers de kilomètres, dans des sièges sociaux déconnectés des réalités locales.
Restructuration ou liquidation : les scénarios sur la table
Face à l’ampleur de la crise, plusieurs pistes seraient actuellement examinées au sein du groupe IFFCO et par ses créanciers. La restructuration de la dette apparaît comme le scénario privilégié par les dirigeants, qui cherchent à négocier des délais de remboursement et à céder certains actifs non stratégiques pour alléger le passif. Des discussions seraient engagées avec des fonds d’investissement et des repreneurs potentiels pour certaines branches d’activité.
Dans ce contexte, les filiales tunisiennes pourraient faire l’objet d’un traitement spécifique. Un repreneur local ou régional pourrait théoriquement racheter les actifs tunisiens du groupe, permettant ainsi de préserver l’outil de production et les emplois associés. Cette hypothèse reste conditionnée à la valorisation des actifs concernés et à l’appétit des investisseurs pour un secteur agroalimentaire tunisien aux marges souvent contraintes par la réglementation des prix.
L’autre scénario, moins favorable, serait celui d’une liquidation judiciaire partielle ou totale en cas d’échec des négociations. Dans ce cas, les créanciers se retrouveraient en position de force pour décider du sort des différentes entités du groupe, sans nécessairement tenir compte des impératifs sociaux et économiques locaux. C’est précisément ce risque qui inquiète les observateurs tunisiens du dossier.
Du côté des autorités tunisiennes, aucune communication officielle n’a encore été émise sur ce sujet. Le ministère de l’Industrie et les instances de régulation concernées n’ont pas encore pris position publiquement, laissant planer une incertitude qui nourrit les spéculations. Une intervention de l’État — sous forme de médiation, de facilitation d’une reprise ou d’un accompagnement social en cas de licenciements — reste possible mais non confirmée à ce stade.
La situation d’IFFCO en Tunisie s’inscrit dans un contexte plus large de fragilisation de certains groupes internationaux opérant dans des marchés émergents, confrontés simultanément à des pressions de change, à la hausse des coûts de production et à un accès plus difficile au financement. Pour les consommateurs tunisiens habitués à retrouver TOM dans leurs épiceries de quartier, l’issue de cette crise financière sera scrutée avec une attention particulière dans les semaines à venir.
