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Vu des États-Unis, l’implication des Européens dans la guerre en Iran semble inévitable

Vu des États-Unis, l’implication des Européens dans la guerre en Iran semble inévitable

Des médias américains soulignent la délicate posture des leaders européens qui tentent, en vain, de se distancier du conflit au Moyen-Orient, sans pour autant froisser l’imprévisible Donald Trump.

Depuis le début de la guerre en Iran le 28 février, les leaders européens n’ont eu de cesse d’affirmer leur position : « Nous ne sommes pas en guerre », a déclaré Emmanuel Macron. « Nous ne voulons pas entrer en guerre », a renchéri la Première ministre italienne, Giorgia Meloni. « Nous ne nous joignons pas aux frappes offensives américaines et israéliennes », a affirmé le Premier ministre britannique Keir Starmer au Parlement.

La fragilité des relations transatlantiques les oblige à se contorsionner pour garder une posture neutre, sans heurter la sensibilité de Donald Trump dont ils ne connaissent que trop bien la sensibilité. Mais qu’ils le veuillent ou non, les Européens se retrouvent malgré eux de plus en plus impliqués dans cette guerre qu’ils n’ont pas voulue et pour laquelle ils n’ont pas été consultés, observent des médias américains.

« Les dirigeants européens restent unis dans leurs réticences à l’égard d’une opération qu’ils n’ont jamais demandée », mais se retrouvent en réalité « de plus en plus impliqués », écrit le New York Times.

Malgré ses réticences, Emmanuel Macron a par exemple envoyé le porte-avions Charles de Gaulle au Moyen-Orient et s’est engagé à défendre Chypre, membre de l’UE, note CNN, quand Giorgia Meloni a déployé des moyens de défense aérienne dans les pays du golfe Persique, pris pour cible par la riposte iranienne.

Ce samedi, l’Italie a également annoncé le déploiement d’une frégate de sa marine à Chypre « afin d’assurer la sécurité des frontières de l’Union européenne », dans « un acte de solidarité européenne, mais surtout de prévention », a habilement et soigneusement précisé la Première ministre italienne.

L’audace de la Maison Blanche

Car la rhétorique européenne tente d’épargner au mieux l’ego de l’imprévisible président américain. Le New York Times décrit bien cette posture délicate des leaders européens, qui « d’un côté, doivent protéger leurs citoyens bloqués dans la région, honorer les pactes de défense conclus avec les États arabes et, dans certains cas, autoriser les États-Unis à utiliser leurs bases militaires afin de ne pas s’attirer l’hostilité du président Trump ».

« L’administration du président Donald Trump a passé l’année dernière à qualifier les Européens de pathétiques et d’irrévérents, aujourd’hui […] il veut que l’Europe l’acclame », écrit de son côté le Washington Post, pointant l’audace de la Maison Blanche.

« Washington n’a pas consulté ses alliés européens avant l’attaque et ne leur a pas demandé de se joindre au bombardement de Téhéran. Mais l’administration souhaite avoir accès aux bases aériennes et aux centres logistiques stratégiques européens afin de faciliter ses frappes aériennes ».

C’est notamment le cas de Paris et Rome, mais aussi de Londres qui a fini par céder au républicain ce jour, en autorisant les forces armées américaines à utiliser ses bases militaires, dont celles de Fairford et Diego Garcia, pour mener des « opérations défensives » contre l’Iran. Aucune des trois capitales n’a cependant autorisé l’armée américaine à mener des frappes depuis leurs bases respectives.

Un exercice d’équilibriste, donc, que les dirigeants justifient par la nécessité de respecter le cadre de coopération de l’OTAN, tout en évitant de participer directement au conflit.

Une opinion publique européenne « impatiente et frustrée »

Malgré leur peu d’influence sur les États-Unis et Israël, « Macron et les leaders européens » n’ont pas d’autre choix que d’exprimer leur désaccord, au risque de créer des tensions avec Donald Trump, analysent des experts auprès du New York Times. « Prétendre n’avoir aucune maîtrise de la situation ne sera pas bien perçu par l’opinion publique européenne. Celle-ci est déjà impatiente et frustrée », affirme Mark Leonard, directeur du Conseil européen des relations étrangères.

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, résume finalement assez bien l’impact de l’initiative américano-israélienne sur l’Europe : « Ce plan n’est pas sans risque, et nous devrons, nous aussi, en subir les conséquences. »