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Iran : les pays du Maghreb face à la guerre

Iran : les pays du Maghreb face à la guerre

LETTRE DU MAGHREB. Le conflit en Ukraine n’était pas le leur, l’attaque sur l’Iran n’est pas la leur mais les capitales d’Afrique du nord en subissent les saillies économiques.

24 février 2022, l’armée russe enfonce la frontière ukrainienne avec l’objectif de prendre le contrôle politique du pays. Quatre ans plus tard, le Kremlin n’a achevé aucun de ses buts de guerre. « L’opération spéciale » pour « dénazifier » l’Ukraine s’est muée en un bourbier souillé de sang et de débris. Au Maghreb, loin des terres noires et du Donetsk, on enregistre les hausses des prix, on enrage contre ce « conflit qui n’est pas le nôtre ». À l’époque, la Commission européenne avait demandé à ses délégations de faire pression sur ces pays afin qu’ils votent les résolutions de l’ONU condamnant l’invasion russe. Le Maroc et la Tunisie voteront oui, l’Algérie s’abstiendra.

28 février 2026, le premier missile israélien s’abat sur Téhéran suivi d’une nuée américaine. Huit jours plus tard, l’opération aux buts de guerre mouvant selon que Donald Trump, Marco Rubio ou Pete Hegsheth s’exprime, Ali Khamenei est mort « en martyr » selon les propos officiels iraniens et le baril de Brent a augmenté progressivement de quinze dollars, tutoyant les quatre-vingt-treize dollars vendredi 6 mars à la clôture des marchés. Au Maghreb ou le chiisme est une denrée rare on ne se réjouit pas, on s’inquiète des retombées économiques d’une guerre qui « n’est pas la leur ».

Périls sur les importations

Face à ce nouveau chaos, la fameuse « rue arabe », métaphore urbaine de l’opinion publique qui vaut ce qui vaut, ne dit rien. Elle s’inquiète de devoir subir un conflit supplémentaire. Des conséquences qui pollueront le quotidien. De Rabat à Tripoli, même si les problématiques sont différentes, des points communs expliquent cette absence de réaction. La « rue » est comme la Ligue Arabe, cette grande muette de toute éternité, qui réfléchit encore à une prise de position ou, a minima, l’once d’une opinion. Elle pense prix à la pompe, facture au supermarché, coût de l’électricité, le tout alors que le Ramadan est entré dans sa seconde moitié. Les mastodontes de l’énergie sont à l’arrêt : Venezuela, 17,5% des réserves mondiales, Arabie saoudite, 17,2%, Iran, 9,1%, Irak, 8,4%, Koweït, 5,9%, Émirats Arabes Unis, 5,6%.

Face à ce défi économique, l’Algérie et la Libye ont des avantages saillants. Leurs sous-sols sont éminemment gorgés de pétrole & gaz : 48,4 milliards de barils, 2,74% des réserves mondiales prouvées pour la Libye ; 12,2 milliards pour l’Algérie, 0,69% des réserves mondiales. On s’active beaucoup auprès de ces capitales ces jours-ci.

Si le Maghreb encaisse

La ministre de l’économie du Maroc, Nadia Fettah Alaoui, a rappelé que le budget de l’État 2026 avait été construit sur l’hypothèse d’un baril à 65 dollars. Désormais, celui-ci plane trente dollars au-dessus et pourrait crever le plafond symbolique des cent. Le ministre de l’énergie du Qatar a brandi la menace d’un baril à 150 dollars si la guerre se poursuivait. Le Maroc est un pays importateur net d’hydrocarbures. Ses réserves de pétrole sont constituées pour trente jours, les spectaculaires inondations ayant entravé son bon acheminement. Personne n’est en mesure de savoir quand le détroit d’Ormuz et les raffineries de Bahrein, Dubaï ou le terminal gazier du Qatar seront à nouveau opérationnels, sans dangers. Les importations, de médicaments (Inde, Chine), d’alimentaires & Co, sont désormais soumises a des taxes « de guerre ». Il en coûtera quatre mille dollars de plus pour assurer un conteneur sur un supertanker. Les assureurs des géants des mers, MSC, Maersk, CGA-CGM, ont répercuté les conséquences du début de chaos dans la logistique du Moyen-Orient.

Il avait fallu quatre ans pour dompter l’inflation née de la guerre russe en Ukraine : 5% en Tunisie (février 2026, année glissante), 1,3% au Maroc, 1,5% en Algérie (Nov 2025, année glissante). Si le Maghreb encaisse, comme l’UE, les conséquences des guerres en Ukraine et maintenant en Iran, sa stabilité politique, la parenthèse du Printemps arabe a été refermée brutalement en 2019, rassure, en fait de plus en plus un plan de substitution au pétrole russe. Et les drones Shahed lancés à tout va par les Iraniens sur les hubs logistiques et les champs de pétrole et de gaz des monarchies du Golfe ont montré la fragilité de ce nœud commercial.