L’annonce du sacre du Maroc à la dernière CAN au détriment du Sénégal a provoqué de très vives réactions en Algérie, pointant notamment du doigt la gouvernance du football africain.
« Hallucinant ! », titre le journal sportif algérien Compétitions à la suite de la décision de la Confédération africaine de football (CAF) de déclarer le Maroc champion d’Afrique aux dépens du Sénégal. Canal Algérie, la télévision officielle, parle de « scandale », alors que le très officiel quotidien El Moudjahid écrit ce matin : « Ainsi, l’histoire retiendra qu’il est désormais possible de perdre une finale sur le terrain… et de la gagner dans les bureaux. Un renversement des codes qui, à défaut d’être inédit, illustre une nouvelle fois la déchéance d’une Confédération africaine de football qui fait des règlements régissant le football un brouillon dont elle use et abuse comme bon lui semble. »
« La CAF vient de commettre une nouvelle bavure en pondant une décision inimaginable, s’insurge La Gazette du Fennec. La structure confédérale risque fortement de se faire débouter par le Tribunal arbitral du sport (TAS) de Lausanne. La Fédération sénégalaise de football (FSF) contestera forcément cette injustice auprès de la juridiction suprême. Cette deuxième étoile des Lions de l’Atlas a tout d’une consécration qui relève du wishful thinking (vœu pieux) pour les Marocains. »
« Ce sacre sur tapis vert offre ainsi aux Lions de l’Atlas un titre continental qu’ils n’avaient pas réussi à décrocher sportivement », fulmine le média DZFoot, alors que Le Soir d’Algérie titre : « La CAF a encore cédé devant le chantage de Lekjaâ [président de la Fédération marocaine de football] de ne pas accueillir la CAN féminine 2026 en mars ! »
La colère des supporters et des médias
Sur les réseaux sociaux, l’indignation s’est couplée à l’ironie du côté des internautes algériens, dont beaucoup republient le post Instagram du joueur du Sénégal Sadio Mané, où il a écrit : « Le monde entier sait qui est le vrai champion. » « Le Maroc est le seul pays au monde qui a eu son indépendance par une feuille, et sa Coupe d’Afrique en distribuant de l’argent », grince l’un d’eux. « C’est le cadeau de l’Aïd avant l’Aïd », persifle un autre, alors qu’une internaute algérienne estime que « toutes les équipes africaines, à commencer par l’équipe algérienne, devraient boycotter la prochaine CAN ».
« La corruption de la CAF est constituée par la corruption des fédérations par pays, tacle le journaliste Mohamed Allouache sur Facebook. Des fédérations corrompues, qui se disputent postes, privilèges et titres immérités ! »
Les enjeux politiques et financiers derrière le verdict
« De fait, ce scandale est lié à l’hyperpuissance de la Fédération marocaine au sein de la CAF, souligne au Point le spécialiste du football africain Nazim Bessol, directeur du quotidien footballistique Botola. La CAF vient de signer son acte de décès avec ce parti pris, réactivant les fractures au sein de l’instance continentale et relançant les débats sur l’éclatement de la CAF en plusieurs confédérations régionales. »
Par ailleurs, « le Maroc est en train de casser tout ce qu’il a construit : les images de la finale ont été désastreuses pour la CAF et pour le royaume, sans oublier le refus d’organiser la CAN féminine qui devait avoir lieu ce mois, cela a irrité beaucoup de monde à commencer par les équipes qualifiées », poursuit le fondateur du média de référence du football africain, Foot Afrique.
Nazim Bessol rappelle également l’affaire entre l’USM Alger et l’équipe marocaine du RS Berkane : en février 2025, le Tribunal arbitral du sport (TAS) avait donné raison à la Fédération algérienne de football dans l’affaire qui l’opposait à son homologue marocaine et à la CAF, concernant les maillots du RS Berkane. Ces maillots montraient le Sahara occidental comme faisant partie intégrante du Maroc, ce qui avait provoqué l’annulation des deux rencontres que le RS Berkane aurait dû jouer contre l’USMA en avril 2024, en demi-finales de la Coupe de la CAF.
À rappeler aussi que, suite aux incidents lors du quart de finale de la dernière CAN au Maroc, disputé entre l’Algérie et le Nigeria, le gardien de l’Algérie Luca Zidane et le défenseur Rafik Belghali ont été suspendus respectivement pour deux et quatre matchs par la CAF, alors que la fédération algérienne écopait d’une lourde amende financière. « Le pire est que tout ce scandale se déroule sous les yeux de la Fifa, qui reste aux abonnés absents », conclut Nazim Bessol.

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