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Référendum sur la justice : Giorgia Meloni perd son pari

Référendum sur la justice : Giorgia Meloni perd son pari

Le « non » l’emporte au référendum sur la justice en Italie. Un revers politique pour la présidente du Conseil, à un an des élections législatives de 2027.

Comme avec les municipales françaises, le référendum des 22 et 23 mars, en Italie, avait un petit goût d’échauffement avant 2027. À un an des élections législatives, les Transalpins étaient, eux, appelés à se prononcer sur le projet de réforme constitutionnelle de la justice, porté en étendard par Giorgia Meloni et son gouvernement de centre-droit. Le « Non » l’a emporté, avec plus de 54 % des voix exprimées.

La réforme, promise comme un « tournant historique » par la majorité, devait entériner une séparation claire entre magistrats du siège et ceux du parquet, imposant à l’avenir un choix unique et irréversible tout au long de leur carrière. Autre changement majeur : la division du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en deux entités – l’une pour les procureurs, l’autre pour les juges – dont les membres devaient être choisis par tirage au sort dans des listes composées de magistrats en exercice et de juristes désignés par le Parlement.

Enfin le texte devait instaurer une Haute Cour comme seul organe chargé de l’action disciplinaire contre les magistrats. Alors que l’opposition dénonçait une tentative de « mise au pas de la magistrature », la droite mélonienne, elle, promettait la « dépolitisation » et la fin de « l’empiètement des toges rouges » sur la sphère publique, accusées de nuire aux actions de l’exécutif.

Des juges également taxés de laxisme en matière de sécurité, faisant dire à Giorgia Meloni qu’en cas d’échec de sa réforme constitutionnelle, l’Italie verrait « les violeurs, les assassins et les dealers remis en liberté ».

Près de 3 Italiens sur 5 sont allés voter

D’abord donnée comme acquise au camp du « oui », l’issue du scrutin s’est faite toujours plus incertaine à l’approche du week-end électoral, avec un point d’interrogation majeur : celui de la participation. Jusqu’au dernier moment, les élus de la droite ont appelé à la mobilisation, jouant même parfois avec les règles du silence électoral.

Malgré une réforme complexe, une campagne électrique et un climat géopolitique et énergétique tendu, les Italiens se sont rendus massivement dans les isoloirs, avec un taux de participation autour des 59 %, dans la veine des précédents exercices référendaires portant sur la Constitution de 2016 (65 %) et 2020 (54 %).

Si les bastions de centre-gauche d’Émilie-Romagne et Toscane se sont mobilisés en masse, il en a été de même pour les terres électorales acquises à la majorité gouvernementale, comme la Vénétie et la Lombardie. Sans surprise en revanche : une participation plus faible dans les régions méridionales de la Botte, avec un vote en deçà de la moyenne nationale, mais toujours en faveur du « non ».

Un revers indéniable pour Giorgia Meloni

Face à un tel niveau de participation, impossible pour les soutiens de la réforme de minimiser le scrutin et son poids politique. La victoire du « non » marque un revers indéniable pour la Présidente du Conseil qui, dans un premier temps assez en retrait sur le sujet, avait finalement multiplié les interventions sur les réseaux sociaux, en meetings et à la télévision au cours des derniers jours d’une campagne « blitzkrieg », note le politologue Lorenzo Castellani.

Une occasion manquée, donc, pour Meloni d’affirmer un peu plus le poids déjà hégémonique de ses Frères d’Italie sur la coalition gouvernementale quand les deux autres grandes figures de l’exécutif, Antonio Tajani pour Forza Italia et Matteo Salvini pour la Lega, s’étaient faites plus discrètes lors de la campagne.

Si aucun tremblement de terre n’est à prévoir ce soir dans les rangs de la majorité, la nouvelle n’est cependant pas de bon augure pour la Romaine et ses alliés à un an de la fin de leur mandat. Un calendrier que nombre d’électeurs italiens avaient d’ailleurs bien en tête à l’heure de se prononcer sur le référendum. « En Italie, on ne s’intéresse pas qu’à la réforme de la justice en soi, comme en France où tout ne tourne pas vraiment autour des municipales. Ici ou là, tout est un peu un antipasto de 2027 », résume un trentenaire romain croisé dans un bureau de vote de Rome qui a vu dans la forte affluence une « envie des électeurs de sanctionner Meloni et sa politique ».

Pour certains analystes, la Présidente du Conseil paierait peut-être dans les urnes sa proximité avec Donald Trump et les conséquences économiques pour l’Italie de sa guerre au Moyen-Orient. Le référendum anti-Meloni, tant craint par l’égérie de la droite radicale, semble donc bien avoir eu lieu.

La leader italienne avait pourtant pris soin de tuer le suspense d’entrée, assurant ne pas vouloir jeter l’éponge en cas de revers lors du vote de ce début printemps. « On veut être jugé à la fin de la législature sur tout ce qu’on a fait. Aujourd’hui on vote sur la justice, pas sur la politique », répétait d’ailleurs l’intéressée.

Malgré cela, les forces de centre-gauche, d’ordinaire minées par les querelles de leadership et l’absence d’un contre-projet solide, y ont vu une immanquable occasion de porter un coup sérieux à la Présidente du Conseil et d’entamer un peu le récit de la « stabilité mélonienne » qui fait florès dans le pays et au delà des frontières de la Péninsule. « La défaite signifierait la fin de cette aura d’invincibilité », prévenait-on dans les colonnes de La Stampa.

Avec l’échec de ce référendum, quelques nuages s’invitent donc dans l’horizon politique de l’exécutif qui doit ainsi renoncer à une promesse de campagne historique et à sa seule réforme majeure menée à bien au cours des quatre années passées. La chute de ce totem politique, enterre de fait toute velléité future de porter de « nouvelles réformes constitutionnelles pour la fin du mandat et même au-delà », prévient Lorenzo Castellani.

Le gouvernement transalpin, qui avait multiplié ces derniers mois les mesures aux accents très sécuritaires (sur l’immigration ou le maintien de l’ordre) espérait surfer sur l’élan référendaire pour pousser de nouveaux textes. À commencer par une refonte de la loi électorale voire, avançaient plusieurs médias, une réforme du mode d’élection du Premier ministre par suffrage universel direct, dite Premierato : « La mère de toutes les réformes » aux yeux de Giorgia Meloni.